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Il est loin le temps où les artistes sortaient un album tous les 4 ans. Les modes d'écoutes ont changé, nous vivons dans une forme de frénésie qu'on peut déplorer, mais qu'on ne peut nier. Le pionnier en France, c'est peut-être Jean-Louis Murat capable de sortir deux albums la même année (côté anglo-saxon, on avait déjà testé les créations compulsives de Prince ou Björk). Ou alors, référence plus underground, quoique, Jean-Louis Costes. La chanteuse plus mainstream Zazie a pris le relais en nous sortant un album chaque année quasiment ou des albums avec 40 chansons. Evidemment, certains journalistes ont fait part de leur perplexité, au même titre que les 'spécialistes' du marketing musical, mais chers amis, les artistes ..artistent, pour paraphraser Jean-Pierre Réginal. L'écrivain, le chanteur, le photographe, le peintre qui ne font que ça, ne vivent que pour ça et ne vont quand même pas s'excuser d'être prolifiques. Et puis de toute façon ils ne nous obligent pas à les suivre. Ils proposent et ensuite, on répond ou non. A la rédaction, nous avons nos têtes, que nous suivons plus ou moins. Ne boudons pas notre plaisir : grâce à nos écrits, de nombreuses personnes ont découvert Jean-Pierre Réginal par exemple (à tel point qu'il nous fut reproché, avec agressivité parfois d'être son attaché de presse, ce que nous démentons évidemment). Et puis, tout de même, à la rédaction, nous les apprécions, les chanteurs créatifs, prolifiques, sur scène, sur disque. C'est signe de vitalité artistique, on aurait tort de s'en plaindre. C'est un patrimoine dans lequel on peut se plonger, qu'on peut découvrir, redécouvrir – qu'on songe à l'extraordinaire discographie d'Elisa Point, de la chanteuse Robert.

Jann Halexander - LAURE ET FREDERIC

 

Le dernier album de Jann Halexander, 'Affidavit' remonte à l'été dernier, il justifiait le spectacle du même nom, qui somme toute, a peu tourné, comparé à d'autres tour de chant les années précédentes. Un album qui n'existe pour le moment qu'en version digitale. Il n'y a pas eu de communication là-dessus, juste un album également en version digitale uniquement, de remixes de 'Papa, Mum' sorti pour les fêtes de Noël (habile) et diffusés par de nombreuses webradios américaines, néerlandaises, françaises. Puis le passage de l'artiste au Café de la Danse, aux côtés de compatriotes gabonais, le 21 janvier dernier contre la dictature au Gabon, des concerts privés dans l'Oise et une date au cabaret le Magique. Puis plus rien. Si le chanteur est prolifique, il s'exprime peu par ailleurs, sur facebook, twitter, instagram. Une photo ici, une photo là, un lien vidéo. Et c'est tout. Chanteur indé, oui sûrement, chanteur de proximité, on aura vu mieux. Même cette période de soubresauts politiques ne l'a pas fait sortir de sa tanière quand d'autres ont pris position. Pas de commentaires, pas de participations à des débats enflammés sur les réseaux sociaux. Et cet album à contre-emploi à priori. Parce que le chanteur, on l'a déjà dit ici, est capable du pire comme du meilleur. Le meilleur c'est 'Aucune Importance'. Le pire ce sont des chansons tragico-mièvres du genre 'Apprendre à mourir'. Donc un album qui parle d'amour suscite une certaine appréhension. En général d'ailleurs. On se surprend à aimer la ballade apaisée 'Laure et Frédéric', inspirée d'une légende celte. On frissonne avec 'Sur sa peau noire', dont on ne sait si c'est adressé à un homme, une femme, peu importe. D'ailleurs de l'ambiguïté sexuelle, il en est largement question dans 'A Vous Dirais-Je' inspiré, étrangement, de 'La clairefontaine', et qui reste dans la mémoire longtemps après écoute : 'un mulâtre se jette du haut de l'échafaud'. On pensait écouter un album certifié grand public et on retrouve l'artiste et ses obsessions avec lesquelles il fascine ou emmerde (ou les deux) depuis tant d'années. Obsessions qui l'ont enfermé dans une certaine image, sans doute, qui peut-être créent un plafond de verre en notoriété (à relativiser au vu du petit succès de 'Papa, Mum'), qui ont renforcé le malentendu entre lui et les médias (quand le verra t-on sur Taratata?), mais qui lui ont assuré une place incontestable dans la chanson. Il est toujours question de mort, de sexualité, d'identité. Allez, une nouveauté quand même, notre artiste marginal nous a pondu une chanson écologique, effet sincère ou effet de mode (l'un n'empêche pas l'autre, un peu comme Macron qui réclame Hulot) : 'L'Elélphant du Destin'. Fable contre le braconnage et contre l'exploitation animale. La vraie surprise de l'album.

 

Album 'A Vous Dirais-Je'

Lalouline Editions / Label TH

Sortie le 7 juin, en vente sur Ebay, Priceminister et plates-formes de téléchargement légales