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Ce 12 juillet 2022, nous publions un dossier pour commémorer (façon de parler...) la mise en place du pass sanitaire le 12 juillet 2021 par le président de la République Française. Cette mesure inédite a été considérée par une partie non-négligeable de l'opinion publique comme une sorte de boîte de Pandore et a divisé beaucoup de gens, y compris au sein des familles et des couples. 'Culture et Chanson' souhaitait recueillir  les témoignages d'artistes sur la façon dont ils ont vécu la mise en place de ce pass, quel a été l'impact de ce pass sur leurs métiers.

Les profils sont variés : des artistes de gauche, des artistes de droite (voire très à droite), des artistes qui ne votent pas ou n'expriment pas en tout cas leur positionnement politique, des chanteurs, des chanteuses, des poètes, de toutes les origines et toutes les classes sociales. Certains témoignages sont passionnants, d'autres laissent perplexe. Certains sont très brefs, d'autres lyriques, aux limites de la mégalomanie (mais on ne voit pas pourquoi un artiste s'excuserait d'être mégalo). Certains propos paraîtront radicaux. Mais que nous soyons clairs : notre volonté est ici une liberté d'expression totale, pas de censure. Au lecteurs et aux lectrices de se faire un avis (ou pas) sur ces artistes qui livrent leurs points de vues, leur ressentis, leurs colères souvent. Ce qui est sûr, c'est que le monde artistique est à l'image de la société. Et que non, tous les artistes ne sont pas naturellement anti-pass. Certains s'en sont accomodés comme la majorité des français à un moment donné. Il nous a semblé naturel de relayer le point de vue d'artistes pour qui le pass sanitaire ne posait aucun problème. Certes, nous pensons que ce pass était et reste un grave problème dans l'histoire contemporaine de la société française. Mais cette société est diverse, que cela plaise ou non, et les avis aussi. Nous sommes attachés à la libre expression et respectons et relayons les témoignages pro-pass et anti-pass. Respecter, c'est prendre acte, ce n'est pas nécessairement approuver. Mais on ne peut pas essayer de comprendre les raisonnements des anti-pass sans prendre en compte les raisonnements des pro-pass. Recueillir les témoignages ne fut pas chose aisée. C'est pourquoi nous remercions chaleureusement tous les artistes qui ont accepté de nous répondre. Certains artistes ont refusé, jugeant qu'ils n'avaient rien d'intéressant à dire. Certes venant d'un artiste qui fait de la variété fm et des chansons d'amour, on peut l'entendre, on est évidemment plus perplexe venant d'artistes autoproclamés 'engagés' qui prétendent avoir des choses à dire et à chanter. Nous interprétons ce refus comme une tentative de ne pas se mouiller. C'est ainsi. Enfin, d'autres artistes nous ont répondu qu'ils allaient réfléchir. La réflexion doit être fort longue, au moment où nous publions ce dossier, ils réfléchissent encore. Sûrement une autre façon de botter en touche. Enfin d'autres n'ont pas répondu, mais soyons honnêtes, nous nous y sommes pris assez tard et certains artistes sont (et tant mieux pour eux) en tournée et n'ont pas forcément le temps de répondre. Nous les citons toutefois car leurs actes et leurs prises de paroles ont été d'une grande importance dans ces années covid. Avant de vous laisser continuer la lecture, une petite mise au point, un peu incongrue car nous pensions dans nos dossiers précédents avoir été clairs là-dessus : un artiste (que nous apprécions par ailleurs) nous écrit en disant 'que nous sommes engagés contre le vaccin, le pass sanitaire et tout ça'. Nous sommes encore étonnés par ce genre de raccourci en juillet 2022. Nous ne sommes pas du tout engagés contre le vaccin, mais en colère contre le chantage à la vaccination. Bien évidemment nous n'approuvons pas le pass sanitaire, de même, nous n'avons pas du tout approuvé le confinement et avons longuement écrit là-dessus en 2020. Quant au 'tout ça', nous ne voyons pas de quoi il s'agit, si c'est une formule expéditive. Pour nous le tout ça, c'est aussi un gouvernement qui classifie une société en non-essentiels et essentiels, par exemple...

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Charlotte Grenat

Le pass sanitaire...Quand j'ai vu arriver cette horreur, je me suis dit non, non, « Ils » ne vont pas oser ? Et nous, les artistes, les grands rêveurs en tous genres, les créateurs et créatrices de grandes envolées littéraires, théâtrales, cinéphiles,et tout ce qui se produit sur une scène ou devant du public en général, « On » ne va pas se laisser faire sans rien dire ? « On » ne va pas accepter pareil infamie sans descendre dans les rues, sans brandir à bout de bras, de mains, de voix, notre raison d'être, de vivre, c'est à dire donner du bonheur aux gens, leur permettre d'oublier les turpidudes et vacheries de ce monde le temps d'un spectacle qui leur aèrera les neurones et fera danser leurs zygomatiques et toute la série des émotions qui font palpiter nos cœurs et nos âmes...Déjà qu'on s'est fait taxer « d'inessentiels » à la Vie. Et que là, pareil, peu ont moufté. Comment peut-on laisser dire que l'Art est inessentiel ? Quand on trouve déjà des œuvres d'art sur les murs des grottes, des pièces de théâtre chez les grecs et les romains, des morceaux de musique et des chansons qui se passent de bouches à oreilles dans toutes les mémoires du monde, des instruments de musique bizarres pour frapper, rythmer, souffler, pincer etc. Non seulement l'art est ESSENTIEL, mais il est VITAL pour l'humain, pour le moral, et pour le cerveau ! On a gavé les gens de films durant l'enfermement, d'ailleurs, pour qu'ils aient l'impression de s'évader de leurs prisons. Et les films, même merdiques, c'est de l'art. Et de chansons et de musiques aussi, combien se sont offertes à travers les fenêtres, allant d'un immeuble à l'autre ou du bas d'une rue, d'un balcon, pour dire « on est là, tous, reliés par nos voix, nos mélodies, on est là tout près ! Réveillez-vous les frères et sœurs ! ». Et puis on est sortis, enfin, et on pouvait rêver de la fin du cauchemar... Sauf que. Non, il fallait des coupables encore, pour cette fameuse mascarade porteuse de camarde, camarades ! Et surtout pas les politiciens véreux et indignes en place qui péroraient, bichaient, taxaient, interdisaient à tour de manches, et de manchettes dans les journaux, les télés, tous et toutes lobotomisées, pire que dans une secte. Et les savants, les vrais, ceux qui savaient parce qu'ils avaient passés leur vie sur le travail des virus, et des vaccins, entre autres, ou le cerveau, ou le cancer, étaient devenus « personna non grata » des gens qu'on devait écraser comme des moustiques justement, puisqu'ils venaient en toute connaissance de cause démanger et déranger les faiseurs de fausses nouvelles et pourvoyeurs de PEURS en tous genre, lâchés dans le Paf par Jupiter et Toutatis, comme le virus l'avait été par l'opération du saint Esprit, amen (le pognon..)

Et Pif ! On nous balance le pass non pas Navigo, mais « sanitaire ». Et il fallait obéir et se taire. Et si on osait mettre en comparaison la loi du 8 Juillet 1942 qui interdisait aux Juifs de faire leurs courses avec les autres, d'aller aux spectacles, dans les jardins etc, tandis que nous étions le 12 Juillet 2021, donc 71 ans et 4 jours après, les non vax devenant de fait (dans d'autres circonstances, certes, mais tout aussi injustifiables) des sous-citoyens, sous le coup d'un décret de salopards, on se voyait insultés, traités de raciste anti-juifs, de malpropres, on nous faisait «  honte » … Je suis petite fille de résistant de la première heure, comme on dit, et c'est en pensant aussi à lui, que j'ai relevé les épaules et la tête et envoyé paître tous ces crachats. Vous l'aurez compris, je ne suis pas piquousée. Et je n'ai pas la télé. Quelle chance ! Aucune intoxication possible par la tête !

En revanche, j'ai plein d'amiEs qui le sont, et presque toute ma famille. Et alors ? Et alors, chacun fait comme il le sent. Je n'empêche personne de se faire injecter un produit expérimental qui n'empêche pas d'attraper la chose, qu'on foute la paix à ceux et celles qui ne le veulent pas, moi y comprise. Et qu'on ne vienne pas dire encore aujourd'hui que ce sont les «  non vax » qui polluent les autres. La preuve est faite depuis belle lurette.

Comment j'ai vécu cette infamie ? Mal, parce que l'injustice m'insupporte, et aussi la lâcheté. Et j'en ai vu et entendu ! Et en même temps, avec d'autres qui pensaient, réagissaient comme moi, on n'a rien lâché. On a joué chez nous, chez les copains, on a fait des concerts d'appartements, sans pub, on a réussi à rendre heureux des gens qui n'en pouvaient plus de ne pas pouvoir écouter de concert, voir des spectacles, en attendant que finisse cette folie. Je croise les doigts pour que ne recommence pas la tourmente des interdictions en tous genre. Je sors de la écœurée par certains comportements, et par la passivité et l'allégeance de tout un corps de métier. Les libraires et les écrivains, eux, se sont battus et ont fini par obtenir gain de cause. Le travail de sape de toute la population, visant à monter les uns contre les autres tant que possible, et par tous les moyens, devient une sale habitude gouvernementale. Et le pire, c'est que cela marche...

Mais restons positifs ! La Vie se vaut d'être vécue, et il y a plein de belles âmes et de belles personnes, piquées ou non, qui veulent continuer à se donner la main, et à faire vivre les Arts en dépit de tout. Citoyenne de seconde zone, mais surtout habitante de cette Terre magnifique qui elle aussi, en bave et se révolte... A vos mots, à vos pinceaux, à vos chansons, à vos passions, les Artistes ! Partagez ! Le monde à besoin de rêver. Sans les rêveurs, les faiseurs ne font pas...Ou pas grand-chose. 

Charlotte Grenat sera sur la scène du Connétable le 15 juillet à 20h30, Paris

 

Veronika Bulycheva

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J’exerce le métier d’artiste musicienne depuis l’âge de mes 23 ans. Je suis venue en France apres mes études musicales faite en URSS (Russie) pour vivre la liberté dans toutes ses formes que ce pays véhicule comme valeur dans le monde. Hélas, au fur et à mesure je constate durant mes 30 ans de vie à Paris que ses libertés diminuent à chaque quinquennat présidentiel. 

Et le pire, c’est la mesure du passe sanitaire qui m’a mis au plus mal de mon état physique. J’ai déjà connu cet étouffement en union soviétique. Une sorte de mal être ressenti dans la poitrine et dans le ventre. Depuis son annonce, juillet 2021, non seulement j’ai perdu l’inspiration créative mais aussi l’envie de vivre. Mon chant devenu un cri de cygne, les larmes montent tout les jours car je dois me « camisoler » moi même. 

Meme en Russie, le pays qualifié de dictature, connu pour l'absence de liberté, les gens n’ont pas subi un tel martyr ! Avec toutes les mesures qui ne cessaient de s’alterner depuis début de la "pandémie" j’ai arrêté mes prestations sur scène et je n’ai toujours pas repris pleinement par peur que cela recommence et aussi parce que je suis fatiguée de l’humiliation de perdre ma dignité pour des raisons qui échappent  à ma compréhension. 

Veronika Bulycheva sera en concert à Roanne le 22 et 23 juillet

 

 

Matthias Vincenot

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Le pass sanitaire m’a permis de reprendre plus tôt l’organisation de spectacles (malheureusement, la mesure étant arrivée tardivement, le festival DécOUVRIR a dû être en numérique en 2021). Pour le reste, je considère que ce pass a été une chance pour permettre aux spectateurs de sortir sans crainte et aux organisateurs de poursuivre leur activité malgré cette crise sanitaire sans précédent.

A découvrir : Anthologie « Ce n’est qu’une histoire de minutes et de vent » (éd. Unicité, 2022).

 

Sultana

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Je viens ici donner mon humble et bref témoignage en tant que chanteuse, auteure compositrice, quant à la mise en place du pass-sanitaire, puis du pass-vaccinal dans le milieu artistique. J’écris ici avant tout en tant que citoyenne, choquée par ces mesures liberticides, qui divisent et excluent une partie de la population. Je tiens à préciser qu’à l’instauration du pass en 2021, j’étais en pleine composition et production de mon 3e album avec peu d’apparitions sur scène. Au départ très en colère par la mise en place de ces mesures, j’ai vu cette annonce comme une nouvelle mesure entravant la liberté de travailler avec des conséquences économiques et psychologiques catastrophiques. Ces directives ont également empêché une partie du public de retrouver cet espace de lien social et d’émancipation qu’est le spectacle vivant. Je me suis vite rendu compte qu’il fallait transformer ma colère en une énergie créatrice et salvatrice. J’ai donc d’abord été manifester contre la mise en place de ce pass-sanitaire. J’ai pu échanger avec des personnes de milieux différents et trouvé, collectivement, des réponses à mes questions. J’avais besoin d’entendre des voix dissonantes de la parole étatique.
A l’image du confinement pendant lequel, nous avons, avec mon ami et chanteur Jann Halexander, fait des concerts « résistance », il fallait, à cette période critique du pass-sanitaire puis vaccinal, que je me mette en action, en mouvement. En tant qu’artiste, ma voix devait se faire entendre, tout mon être me le réclamait. J’ai donc rejoint le collectif Reinfo covid qui m’a permis de me mettre en réseau avec des personnes aux valeurs essentielles communes. Nous avons constitué un petit groupe de chanteurs avec lequel nous avons donné un concert au profit des soignants sans salaire. Tel un colibri, j’ai apporté ma petite goutte d’eau dans l’océan. A cette période j’ai également pu assister à des concerts chez les particuliers, découvrir de nombreux artistes, participé à des conférences, confronter mon point de vue avec des personnes très différentes, retrouver une forme de solidarité et d’échanges. Le dialogue reste primordial dans ces moments critiques où beaucoup ont été soumis à de fortes angoisses. Je crois profondément à la force du lien social et à la puissance thérapeutique de l’Art, autant pour l’artiste que pour celui qui vient le voir ou l’écouter. Je me suis ensuite mise en lien avec des collectifs artistiques comme « les essentiels » ou « arts vivants libres » afin de renforcer ce lien fédérateur, créateur.

J’ai été assez sidérée par le silence du monde artistique, finalement résigné. Avec la mise en place de ce pass-sanitaire, on a vu peu d’artistes « mainstream » défier l’autorité, on a vu les salles se vider (elles se vidaient déjà avant la crise sanitaire ceci-dit) et le public s’est mis à «surconsommer» du divertissement abrutissant à la TV. Avec la levée du pass, les salles ont eu du mal à retrouver un public. On sait tous que le retour du pass nous pend au nez. J’admire les musiciens qui n’ont chanté que dans des lieux sans-pass. Pour ma part même si celui-ci devait revenir, après deux ans de travail sur mon nouvel album « UNI VERS ELL E » qui sort à l’automne 2022, je jouerai partout où on me le demande, pour tout le monde, sans division, sans jugement. Mais j’ai bien-sûr en tête de me mettre au service des personnes empêchées : celles qui ne peuvent accéder à la culture, en allant à eux. Un titre sera dédié à cette période troublante que nous vivons, j’ai invité Jann Halexander au piano, pour accompagner un poème que j’ai écrit et qui s’intitule LIBERTÉ.

La chanteuse vient de sortir le premier extrait de son nouvel, 'Tierra Madre'

 

Ben Nodji

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Moi, je l'ai échappé belle. Je tournais avec un pote pour des co-plateaux. J'ai pris la décision de céder aux injonctions gouvernementales pour pouvoir sortir et rentrer où je voulais. Le gars qui tournait avec moi dans les cafes-concert, non seulement, ne comptait pas céder, mais en plus, je n'étais plus son ami. Jamais personne ne m'a pourri d'insultes comme ce type suite à ma vaccination. J'étais obligé de le bloquer sur tous mes réseaux et sur mon téléphone pour qu'il arrête de venir m'mportuner. 
Au final, j'ai appris il y a 2 mois, qu'il a buté quelqu'un et se trouve sous les barreaux actuellement. Quand je vous dis que je l'ai échappé belle!!!

 

Bertrand Ferrier 'La Robe Blanche', par Jeff Bonnenfant, 14 mai 2022

 

Le cri du clou

(Bertrand Ferrier)

 

« [La petite fille] s’est arrêtée

Elle m’a demandé :

– Dis-moi pourquoi tu cries ? »

(Mama Béa Tekielski) 

« Comment ai-je vécu la mise en place du pass ? » a-t-on la gentillesse de me demander ; et, déjà, je sens que ça gronde, que ça bouillonne, que ça escarbille dans tous les sens. Oh, je ne suis pas dupe, c’est sans doute l’un des effets attendus chez ceux qui n’ont pas été convaincus par la nécessité absolue d’arrêter d’abord, de limiter ensuite, de conditionner enfin activités culturelles en général et spectacles en particulier.

Oui, je l’avoue ! Pour un inessentiel travaillant dans un secteur qui coûte un pognon de dingue, il est tentant de profiter des cybermicros qui se tendent, à l’instar de celui de Luc et Sonia, afin de vitupérer contre la gestion politique de l’épidémie de Covid-19. Cela permettrait, d’une part, de se défouler après s’être senti, en tant qu’artiste, frappé, méprisé, mutilé par les conséquences de ces choix, et y a pas tant d’mal que ça à se faire du bien. D’autre part, cela permettrait de se prouver que l’on a survécu, et que l’on n’a pas encore été assez brisé pour ne pas lâcher les « cent clébards dans la tête » qui, avec la « locomotive » et « le barrage qui pète », concrétisent la colère telle qu’ Allain Leprest l’évoquait avec la raucité ad hoc.

Oh, certes, il conviendrait de relativiser la souffrance culturelle – toute professionnelle fût-elle – ressentie, en la mettant en relation avec la souffrance physique de ceux qui ont vécu la maladie dans leur chair, non pas pour opposer ces deux versants, complémentaires, mais pour opposer la réalité du virus, qui fut parfois terrible, et son odieuse instrumentalisation par les gouvernants cherchant, entre autres, à occulter leurs responsabilités dans le délabrement du système public de soins et à donner libre cours à leur désir d’étouffer les voix dissonantes. Il n’empêche, vitupérer est ô combien tentant ! Tant de raisons poussent même à lâcher la bonde à la colère qu’en citer seulement cinq peut paraître réducteur – je m’y contraindrai néanmoins pour clarifier mon propos autant que faire se peut. 

Une grappe de raisons

Avant le pass, que j’inclurai ici – tant il me semble être un maillon d’une chaîne difficile à tronçonner – dans l’ensemble des restrictions qui ont accompagné la politisation du plus célèbre virus du moment, l’interruption des tournées et des projets par les confinements a pu révolter quelques insoumis, surtout ceux qui ne bénéficient ni de subventions, ni d’indemnités censées les amadouer et leur faire bien fermer leur museau (1). L’impossibilité de se projeter donc de préparer l’après-arrêt des spectacles a alimenté ce mélange de rage et d’impuissance (2).

S’y est ajoutée l’incroyable acceptation, silencieuse, benoîte, contrite ou enthousiaste, de la plupart des célébrités culturelles validées par l’État et de pairs ressortissant pourtant comme moi d’une catégorie putative rassemblant les « minuscules acteurs de la culture » (3). Même quand on n’est qu’un microacteur, l’art ne devrait, pardon pour la banalité, jamais être conçu comme un loisir, un passe-temps, une activité superfétatoire.

Donc, si tu as l’habitude de te produire en public et que, soudain, l’on t’interdit de le faire, par quel accès de zénitude immaîtrisé, au nom de quel pseudo « sens citoyen et supérieur de la responsabilité » cette interdiction te semble-t-elle normale ? Toi qui n’as pas les rentes d’une superstar, toi qui n’as pas les revenus YouTube d’une vedette donnant des concerts à la maison pour des centaines de milliers de viewers, comment peux-tu renoncer à vibrer avec ton public sans piper mot… puis retrouver ce qu’il reste de tes habitués comme si de rien n’était, puisque, visiblement, pour toi, cette séparation n’avait rien de dramatique ? Ou alors, t’en veux-tu a posteriori de n’avoir pas contrôlé le carnet de vaccination de tes spectateurs avant le Covid – ben quoi ? La diphtérie, le tétanos et la poliomyélite ne sont pas des risques à prendre à la légère non plus !

Aussi difficilement compréhensibles que ces silences certains nous sont apparus les hourrahs accompagnant l’hypocrite réouverture des salles de spectacles, conditionnée par la présentation d’un pass dont il est admis que, même authentique, il n’empêche ses détenteurs ni de contracter le virus honni, ni de le transmettre à autrui, même masqué en sus (4). Enfin, comment ne pas s’emporter devant la foi béate – évidemment démentie par la réalité – dans un « retour à la normale » immédiat, accompagné de chantages et de menaces pour que persiste l’indécrottable peur préparant le retour aux restrictions (5) ?

 Les fruits du mal

Vitupérer est donc tentant. Réducteur, schématique, mais, sinon justifié – on pourrait en discuter –, a minima tentant. Et vivifiant, en sus, pour qui apprécie l’exercice.

Toutefois, ces considérations génériques, générales et prétendument généreuses ne sauraient masquer la réalité plus limitée d’où je m’exprime – ma réalité, celle qui ne m’a pas souvent pardonné. Appliquons donc ces conditions globales à un sujet particulier que les spécialistes-professeurs maîtrisent, je l’espère, un peu moins que moi : moi.

Concrètement, les restrictions sanitaires ont rayé moult projets de ma vie d’artiste. Pour l’organiste que je suis, elles ont suspendu – verbe pudique masquant souvent l’annulation derrière l’espoir foufou d’un report – des récitals, des projets, des festivals. Pour l’accompagnateur et le chanteur, elles ont arrêté une série de dates autour du spectacle de reprises de Michel Bühler que je venais de commencer (s’en souviennent ceux qui étaient à la première et dernière, épique, au Théâtre du Gouvernail, tandis que les Parisiens bon teint fuyaient la capitale en pagaye pour gagner leur province chérie juste avant « le couvre-feu ») ; elle m’a empêché de donner des concerts, l’idée d’exiger un passeport vaccinal du public ou de mes compagnons de scène et de régie m’insupportant ; elle a rendu vaine toute esquisse de nouveau projet.

On peut toujours se goberger des alternatives bricolées pour l’occasion. Ainsi des concerts clandestins, chez l’habitant ou dans des parkings d’immeuble (!), bien loin du parking des anges où rien ne dérange les partenaires. Ainsi du partage spontané de nouvelles chansons pour ne pas laisser le silence obligatoire nous assourdir. Ainsi du lancement du récital « À tout hasard » sur YouTube, en financement participatif et vidéo à la demande. Soit, gobergeons-nous de ces astuces modestes pour rester chanteur – un chanteur qui ne chante pas reste-t-il un chanteur ? –, mais rappelons que ce ne sont que des pis-aller, des faute-de-mieux, de piètres médius préalablement humectés puis tendus bien hauts face aux restrictions culturelles, et non des « petits plus » sympathiques illustrant l’aimable débrouillardise de certains microchanteurs franchouillards.

On peut – et même on doit – surtout rendre grâces aux fans et aux curieux pour leurs messages, pour leur soutien digital concret (via les visionnages YT, les pouces levés, les commentaires avisés et les partages prosélytes, par exemple) ainsi que pour leur apport sonnant et trébuchant lors des crowdfundings ou des achats de disques. Reste, indécrottable, cette frustration de savoir que « le temps perdu ne se rattrape guère, ne se rattrape plus », ne se rattrape jamais ; et reste aussi l’inquiétude planant sur ce qui suivra les « vacances d’été » qui,elles, semblent curieusement sacrées. Car, enfin, les menaces sur la restriction des libertés publiques que le gouvernement laisse planer sur la rentrée 2022 ne sont pas de nature, je le constate chaque jour, à fertiliser le terreau artistique sur lesquels les microacteurs de la culture essayent sinon de pousser, du moins de rester enracinés. 

Les clous du spectacle

Alors, oui, sur le principe et dans les faits, il serait sans doute sain de profiter de ce témoignage pour crier la colère que devrait inspirer à chacun un gouvernement qui, après avoir entrepris de détruire avec une violence inouïe (pas de « détricoter » : de détruire avec une violence inouïe) le Code du travail, n’a de cesse de fracasser les libertés publiques donc les conditions sine qua non de la création artistique. Mais la France dans laquelle nous vivons est devenu un pays rance, pétri de haines bien habillés, de discours fascistes, totalitaires, exclusivistes, visant, après validation par des « cabinets de conseil », à dresser les Français les uns contre les autres, à laisser des nantis désigner de supposés profiteurs à la vindicte médiatico-publique, à dénoncer des castes d’ennemis sans susciter empathie ou révolte (la russopohobie a ainsi déferlé sur la culture sans émouvoir davantage que le racisme injustifiable et hypocrite venant de sévir à Wimbledon). Dès lors, dans le cadre de ce bref griffonnage, ajouter un courroux débridé au mépris recuit dont nous sommes saturés ne me paraît pas plus jouissif que pertinent.

En lieu et place, peut-être cet espace que m’offrent Luc et Sonia sera-t-il mieux utilisé en remerciant, avec une solennité aussi pompeuse que sincère, le public qui continue de venir au spectacle, d’acheter des disques, d’encourager et de découvrir des artistes – ce même public auquel Jann Halexander, l’un des rares chanteurs à ne pas s’être laissé clouer le bec, conseille à chaque concert de « rester chez [lui] », tant aller au spectacle est censé être dangereux. Oui, peut-être est-il plus judicieux de saluer la résistance et l’espérance des amateurs de chanson que de stipendier les vils gredins qui nous épuisent. Grâce à leurs actes, chacun de ces audacieux militants devient ce que Paul Valet appelait « un clou, un clou rouillé, un clou sauvage, un clou de sabotage engagé volontaire de la chambre à air » de l’indifférence, de la médiocrité et de la soumission aux puissants qui nous gouvernent et maltraitent, euphémisme, la culture et ses forces vives.

Puisse Jean Sommer avoir raison quand il chante que « les mots les plus beaux sont des fleurs / En roses, en bouquets, dans le vent » ! C’est dans cet esprit que je veux écrire : merci et bravo aux clous qui me lisent ; et peut-être à bientôt sur les planches de la musique, du partage et de la révolte que nous agencerons ensemble… le temps d’une chanson, au moins.

 « … alors elle m’a dit :

– Je sais pourquoi tu cries,

S’il-te-plaît, criiiiiiie pour moi ! »

(Mama Béa Tekielski)

 


FHOM

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Symphonie du nouveau monde ? Requiem pour l’ancien monde ? 12 juillet 21 pass sanitaire officiel et obligatoire Des images aussitôt de films en noir et blanc où le laisser-passer était exigé à chaque carrefour ; Des pensées où s’entremêlent sidération, peur, rage, tristesse Puis des questions : Comment continuer à vivre ? à écrire ? à chanter ? à faire des rencontres ? à passer du temps avec ma famille, avec mes amis, avec… ? Comment ressentir à nouveau « la -soutenable- légèreté de l’être » détournement du livre de Kundera, chez lui « insoutenable » ? Les jours qui se sont succédé m’ont apporté des réponses éparses mais efficaces : construire des routines d’écriture, de chant, de convivialité, de concerts ; Chaque jour avec obstination, je réinvente mon présent aux horizons si incertains, si flous, si contradictoires Chaque jour je continue d’avancer dans mon œuvre et dans mon existence ; j’ai créé 2 spectacles en regard l’un de l’autre : « Lignes de Vie qui donnent toutes leurs places aux rencontres et « Félicita » qui proposent des chemins dansants vers la nécessaire joie de vivre Composons-nous une messe requiem pour l’ancien monde à la présence encore illusoire ? Composons-nous la symphonie d’un nouveau monde inconnaissable ou trop prévisible ? Nous le saurons ensemble !

FHOM revient au Théâtre de l'Île Saint-Louis à la rentrée.

 

Pause. Ils n'ont pas répondu mais leur détermination, leurs prises de paroles notamment dans les médias traditionnels ont été importantes. Que ces artistes qui ont contesté avec force et constance y compris sur le terrain leur opposition au pass sanitaire, pour des raisons éthiques,  soient pleinement remerciés ici : HK (Danser encore), Ingrid Courrèges, Akhenaton. 

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Furent remarquées également les prises de position  du poète slameur Stéphane Cairn, en colère contre l'apathie du monde culturel.

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Jann Halexander

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L' annonce du pass sanitaire le 12 juillet 2021, je l'ai vécue comme une enclume sur la tête. Déjà le coup de l'artiste non-essentiel, j'avais du mal. Je m'en étais ouvert au média France Soir que je respecte beaucoup, qui a été d'ailleurs le seul grand média à parler régulièrement de l'injustice faite au milieu artistique et surtout relayer les initiatives des artistes sur le terrain pendant les confinements. Certains peuvent pleurnicher en disant que France Soir est un média complotiste ou que je suis complotiste, c'est le dernier de mes soucis. J'ai fait du tri autour de moi et sans doute l'inverse aussi, des gens qui n'avaient plus envie de me côtoyer. Au moins les choses étaient claires de chaque côté. Je suis métis assumé, bisexuel assumé, j'ai aidé des migrants lgbt, j'ai soutenu les actions de Aides pour la lutte contre le vih et la stigmatisation des personnes atteintes par le vih. Alors le pass sanitaire, non merci, ce n'était pas possible. Ce n'était tout simplement pas entendable par rapport à ma grille de lecture personnelle, par rapport à mon vécu, mes principes. J'ai des proches qui étaient  et sont encore pour le pass. Cela m'échappe complètement. Et vice versa ? Quand je vois comment certains gouvernements ont traité les populations sous la crise covid, je n'ose imaginer ce qu'ils auraient fait, comment ils auraient agi si le vih faisait son apparition à notre époque. J'ai refusé le principe du contrôle du pass pour assister à mes concerts. J'ai privatisé des lieux, chanté beaucoup chez l'habitant, dans de très beaux endroits d'ailleurs (des théâtres privés, des jardins privés, à la demande de particuliers), le public était au rendez-vous, c'était tout un public demandeur d'art et qui n'avait pas envie d'entendre parler de discrimination. Beaucoup de gens vaccinés m'ont écrit gentiment, m'ont soutenu, sont venus me voir sur scène. Je tiens à le dire. Je n'ai pas absolument pas de leçon à donner sur le vaccin. Si vous voulez vous faire vacciner contre le covid, allez-y. Ce que je combats c'est l'obligation vaccinale. Je suis pour le droit des femmes à utiliser librement leurs corps (avortement) ou le droit des personnes à changer de sexe, c'est naturel pour moi. Ce n'est donc pas moi qui vais militer pour une obligation vaccinale pour une maladie qui n'est pas la peste, cela ne sera jamais assez répété. La vaccination n'empêche d'ailleurs pas la contamination.  Si encore c'était le cas...J'ai eu cette chance comme Ingrid Courrèges ou HK d'avoir un public de fidèles et aussi un nouveau public qui a suivi. Un public très mélangé, joyeux, heureux. Que de Vie ! J'en profite aussi pour dire qu'à travers le réseau reinfocovid j'ai rencontré des gens extraordinaires et que cela m'a beaucoup aidé moralement.

Les artistes autoproclamés de gauche, le poing levé etc pour la plupart, ont accepté bien vite le pass sanitaire, certains l'ont approuvé pleinement, disant que c'était la liberté retrouvée et que ça rassurait les spectateurs. Je pense que c'était un leurre. On n'a pas noté dans l'ensemble du milieu culturel une augmentation exponentielle du nombre de spectateurs dans les lieux soumis au pass sanitaire. J'ai des collègues qui n'avaient pas chanté depuis des mois et ont accepté malgré eux ce système. Comme je n'avais pas arrêté de chanter depuis la fin du premier confinement, y compris pendant le deuxième, je n'avais pas le même état d'esprit. 
Dans des endroits privés où j'ai chanté, certains portaient des masques. C'était leur droit le plus absolu, à partir du moment où ils ne l'imposaient pas à d'autres, l'inverse est valable aussi. J'ai continué la tournée chez l'habitant après la suspension du pass vaccinal, et rajouté des dates dans des théâtres. Je suis ressorti de toute cette période lessivé, épuisé, heureux d'avoir vécu de très belles choses, heureux  grâce à des rencontres incroyables, porté par le public, mais lessivé par la noirceur globale humaine,  par la façon dont des gens qui ont peur de la mort seraient capables (au nom de la solidarité, disent-ils, chantage) d'imposer le scaphandre à toute une population. Par la façon dont le côté nocif de ce pass a été minimisé par trop de citoyens. Par la façon dont des millions de gens se sont habitués à cette horreur, car pour moi c'était une horreur. Le silence d'une large partie de la gauche, à l'exception (tardive ? ) de France Insoumise m'a troublé et encore maintenant me laisse perplexe et amer : comment on a pu laisser l'extrême-droite s'emparer de sujets comme la liberté ? J'ai été dans des manifestations anti-pass sanitaires mais pas celles menées par l'extrême-droite. La droite ultra qui lutte pour nos libertés ? Difficile d'y adhérer (pardon pour les rares personnes proches, la vie est complexe, qui évoluent dans ce camp) Nous nagions en  pleine confusion. C'est aussi ça la folie du monde. Ceux qui se prétendent être dans le camp de la raison étaient en fait complètement irrationnels car il faut être complètement irrationnel, voire cinglé, pour demander sur les plateaux tv, toujours plus de confinements, de couvres-feux, de trier les malades selon leur statut vaccinal, quand dans le même temps des personnes rendues dépressives se suicident, quand des personnes âgées isolées de force (pour leur bien) se laissent mourir dans les maisons de retraite Je ne vois pas l'ombre de la 'Raison' là-dedans. Je vois du Kafka, du Ionesco, du sordide, de l'absurde, mais non, je n'y vois pas de Raison. Il faut dire aussi que les radicaux anti-vaccination n'ont pas aidé par leurs agressivités et leurs certitudes. Leur façon de traiter de mouton toute personne qui portait le masque ou se faisait vacciner. Je déteste ça. Je regrette que les minorités ethniques ou sexuelles n'aient pas été plus nombreuses et affirmées dans la dénonciation de ce pass. Je ne suis pas sociologue, un sociologue décryptera tout cela mieux que moi. Je suis assez pessimiste pour l'avenir, j'espère me tromper. J'essaye  pour le moment de me reposer. En attendant la remise en place du pass sanitaire ? Tout est désormais possible. 

 

 

Christoff BZH

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L' impact du pass sanitaire est d'entrée de jeu une étape symbolique vers la privation de libertés.Me concernant, elle n'a eu que que peu d'impact dans la mesure où les personnes qui m'invitaient à jouer se moquaient de se pass de la honte....Outré par cette dictature qui ne dit pas son nom j'ai été naturellement amené à faire mon devoir d'artiste engagé (par personne ) en proposant un titre dénonçant cette mascarade prétendument sanitaire, avec mon titre CORONAFOLIE, mis en image par le brillant Antoine Bernard.

 

 

Michael Bond

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Je m’en rappelle comme si c’était hier. La nouvelle, je ne l’ai pas apprise par la télévision, mais par ma femme. Je la revois dans notre grand salon, me regarder avec son air le plus grave. Pas besoin de parler, j’avais déjà tout compris mais elle me le dit quand même.: « ça y est, il a annoncé le pass sanitaire ».

 

Cela faisait bien longtemps que je m’étais lassé des gesticulations de celui que l’on peut qualifier d’empereur de France.Ce qui m’importait désormais dans ses déclarations longues de plus de trois quart d’heures, c’était de savoir à quelle sauce nous allions être mangés. Hélas, en ce soir du 12 juillet 2021, nous ne sommes pas mangés, nous sommes avalés tout crus.

 

Avalés tout crus les droits de l’homme, avalés tout crus des siècles de lutte pour que chacun puisse circuler librement partout et puis surtout, la sensation que nous mettons le doigt dans un engrenage dont nous ne connaissons absolument pas la finalité.

 

Entre apprentis sorciers qui font des expériences à ciel ouvert, et le modèle de société dans lequel nous fonçons tête baissée, tout le monde semble devenir complètement fou. Cela me tétanise, m’interroge, et surtout me révolte au plus haut point.

 

Moi qui jusqu’alors, n’avais jamais donné mon avis sur quoique ce soit de méta-politique: pas d’interventions sur les gilets jaunes, ni sur quelque élection que ce soit- je vous mets au défi de trouver mon avis sur la politique générale avant ce fameux jour maudit du12 juillet 2021-. Car il est vrai que le propre de l’artiste est justement d’être un artiste, pas un homme politique.

 

Chacun sa place…

 

Mais là, cela en est trop.C’est Emmanuel Macron qui a fait de moi un militant.Certains argueront que je dois l’en remercier puisqu’avant cela, celui qui lira ces lignes, n’aurait pu me connaître. Dois-je le remercier pour autant?

 

Sûrement pas.

 

Tout était tout de même plus sympa, avant tout cela.Certes j’étais un inconnu, certes j’étais souvent qualifié de ringard par mes adversaires, certes je n’étais qu’un ersatz d’Elvis et des Beatles, qui n’écrivait plus de chansons depuis un long moment, mais, j’étais heureux. Je faisais ce qui me plaisait, je chantais ce que je voulais, je faisais les spectacles dont j’avais envie et il y avait un public pour cela.

Le 17 juillet donc, j’ai rejoint les manifestations anti pass sanitaire et celle des patri-fioles en particulier.

Je m’y suis rendu la peur au ventre ne sachant pas ce qui pourrait s’y produire mais la colère et l’envie d’agir étaient plus fortes que la peur.

Arrivé sur place, il y avait du monde à perte de vue, mais bizarrement je me sentais un peu seul. La manifestation se passa sans encombre, les CRS nous entouraient, l’odeur du gaz lacrymogène s’est faite sentir à moment donné, mais tout se passa dans une quiétude étonnante. Je fus alors séduit par la forme que ces manifestations pouvaient prendre, et tout de même rassuré de ne pas être le seul révolté de Paris.

Très vite, a germé en moi l’idée de pouvoir m’exprimer à la tribune, lors de ces manifestations.,et d’y chanter ma chanson fraîchement finie « Hydroxychloroquine ».

Ce ne fut pas simple, certains de mes collaborateurs d’alors me disaient : « tu n’y arriveras jamais, tu n’es rien. »

Je découvrais par la même occasion, l’envers du décor d’un parti politique, pour m’apercevoir que beaucoup d’idées étaient tuées l’oeuf, et que les artistes étaient au mieux méprisés, au pire jetés à la poubelle.

Tout au long de l’été, j’ai vu glissé le mouvement vers quelque chose de très mercantile. D’un mouvement magnifique, emprunt des plus belles intentions, nous sommes passés à du merchandising crasse, exploitant la misère humaine pour vendre des badges et des saucisses bon marché.Et bien sûr, écouter des gourous misérabilistes qui se pavanent dans des carrées VIP où le peuple n’a pas droit de cité, et qui, accrochez-vous bien, repartent en berline tout en n’oubliant pas de taper dans le dos du pauvre gars qui a perdu son boulot en lui disant « ne vous inquiétez pas, on va changer tout cela. »

Chers lecteurs, je ne vous mentirais pas sur mon caractère humain, comme vous, j’ai des doutes, des angoisses, des rêves, des ambitions et une certaine naïveté. Il est souvent compliqué de faire cohabiter principes et ambitions.J’ai très vite vu les incohérences dont je vous parle et surtout la différence entre un discours public et un discours privé.

Alors je le confesse, j’ai fermé les yeux sur tout cela pour atteindre mon objectif qui était, je vous le rappelle de chanter ma chanson: « Hydroxychlroquine » à la tribune, ce qui- fin du suspens- fut fait, par un miracle qui s’appelle «Loulou » que le ciel m’a fait croiser.

Je ne sais pas pourquoi mais le sieur Fifi LaHoupette ne pouvait rien refuser à mon nouvel ami rencontré lors d’une énième manifestation devant un hôpital dont j’ai oublié le nom.Je ne sais pourquoi après que mes multiples requêtes aient trouvé lettre morte, il a suffi d’une fois avec Loulou pour qu’il accepte, à reculons.

« Hydroxychloroquine » parlons-en: au moment où j’avais écrit cette chanson et l’album éponyme: Michael Bond (bandcamp.com), je n’avais pas pensé en faire un outil militant contre le covidisme généralisé.Non, en réalité, l’album entier fut réalisé pendant les confinements successifs.L’idée de départ était de relater ce que nous vivions dans le style de la musique que j’aime tant: le rock des années 60-70, tout en restant divertissant et en abordant d’autres thèmes.

Je voulais juste à ce moment là, faire l’album dont j’avais envie sans autre objectif.

Jamais je n’aurais écrit/composé sans tout ce temps à mettre à profit, mais je pense que vous savez de quoi je parle.

C ‘est par la suite et au contact de mon «nouveau public» que j’ai compris qu’une oeuvre peut changer les choses, mais aussi qu’un patriote français doit faire l’effort de chanter en français même si je m’autorise le droit de chanter en anglais si j’en ai envie. C’est pour cela que mon prochain album sera en français.

Le clip (MICHAEL BOND - HYDROXYCHLOROQUINE - YouTube), aussi a été tourné avant le 12 juillet.L’univers qui y est décrit : l’hydroxychloroquine-verse est un avertissement pas une prophétie.

C’était donc à la base un pur objet de divertissement…

Le montage d’une oeuvre avec les mêmes images peut donner des résultats diamétralement opposés.

Le monteur de départ ne voyait pas les choses comme moi. Bien que présent et actif pendant le tournage, bien qu’il m’ait déjà vu en action sur un sac de frappe, il me voyait comme un type sympa, rigolo, avec qui on casse la blague.Son montage reflétant bien son parti prix entre coupe intempestive, accélération d’images kitch et le choix douteux de prises peu crédibles, me

maintenant pour des raisons que j’ignore à l’écart du montage.

Le résultat fut catastrophique.

Tel un Van Damme pour Bloodsport, c‘est moi qui ai monté le clip au final, je vous laisse vous en faire votre propre idée…

Cela fut une grande source de litige entre moi et l’équipe de départ dont j’ai du me séparer.

Nos points de vue artistique et politique étant devenus trop divergeant en très peu de temps. Ils sont -pardonnez moi le terme- des mercenaires du show bizz, qui iront toujours dans le sens du vent sans jamais prendre de risque mais moi, j’ai passé l âge et l’envie de jouer à être un autre. En participant à un projet et un clip qui s’appelaient « Hydroxychloroquine », à quoi s’attendaientils?

J’ai découvert aussi, que l’élitisme n’était pas forcément l’apanage du show-bizz ou du mainstream, appelez cela comme vous voudrez.

Très naïvement, je pensais qu’en ayant fait un album du nom d’«Hydroxychloroquine» et étant un des rares artistes à revendiquer l’anti-passisme, je pourrais avoir accès au «soit-disant» médias alternatifs, anti pass sanitaire.

(Je vous l’avais bien dit que j’étais naïf).

Je revois le visage circonspect de la présentatrice de NDTV quand je lui ai expliqué qui j’étais, ou le mépris de certains dont je tairais le nom. Seul Mike « la légende » Borowski dont l’ouverture d’esprit n’est pas un slogan, a accepté de m’interviewer.(Michael Bond :"Je dénonce les artistes qui se taisent face au Pass" - YouTube)

C’est un homme d’une grande probité, qui a toute ma considération. Dans la foulée, j’ai donné une interview à France soir?(« C'est la grande braderie du diable » Michael Bond - YouTube).

Mais à quel prix, à coup de pistons et de copinages, ce que je trouve anormal.

Aujourd’hui, ils refusent de me parler, je ne comprends pas pourquoi. C’est vrai que c’est plus intéressant d’interviewer les mêmes cinquante fois pour qu’ils disent cinq cent fois la même chose.

Suite à ces interviews, j’ai reçu quelques coups de fil: mes partenaires de travail habituel, quelques collègues qui m’ont enjoint, je cite: « d’arrêter mes conneries et de me faire vacciner sinon je ne travaillerais plus jamais avec eux, même si la situation changeait ». Donc, adieu les campings, adieu les quelques petits contrats dans les petits théâtres, et bienvenu au concert chez l’habitant.

Aidé par mon ami Jann Halexander qui pratique cet art depuis des années, je me suis lancé dans une tournée chez l’habitant:«Hydroxychloroquine tour». Bien que qualitativement inférieures, j’ai apprécié donner ces représentations.

J’ai conclu cette tournée par une date dans un théâtre le pass étant suspendu…. C’était quand même mieux.

J’ai laissé passé beaucoup de temps avant de donner ma conclusion en interview (Bilan après des mois de manifestations contre le PASS - YouTube) car je voulais laisser toutes ses chances à la résistance première génération. Cette bande de pieds nickelés me paraissait bien mal partie mais j’ai laissé faire sans jamais intervenir. Je le proclame ici la réélection dans un fauteuil de

Macron sonne leur échec, ce fiasco est le leur.

Emmanuel Macron atteint le niveau de l’empereur romain Auguste car ils n’ont pas su convaincre et encore moins faire rêver. Il est fou de se dire que celui que l’on peut appeler désormais l’empereur ait atteint un tel statut avec tant de casseroles. « ça les gars, c’est votre

responsabilité…pas la mienne.Votre temps est passé. Vous avez échoué et vous pérorez encore comme si de rien n’était ».

La sensation que j’ai c‘est que nous sommes enfermés dans une double doxa: la doxa du mainstream, bien sûr, on la connait tous, pas besoin de vous en faire l’exégèse, c’est la deuxième qui est plus problématique.Je me plais à la nommer la doxa télégram, en référence à ce réseau social, où les informations et les échanges de liens fusent tellement vite que l’on ressort de là un peu comme les manifestations de Fifi LaHoupette: trépanés, lobotomisés…un peu « gaga ». Chacun veut briller, veut montrer qu’il a tout mieux compris que les autres. D’un côté comme de l’autre, on se regarde en chien de faïence et le grand gagnant de tout cela, pas besoin de vous dire qui c’est.

Par ces mois de lutte, j’ai acquis la certitude que la résistance première génération n’a pas été à la hauteur des attentes qu’un bon nombre de gens avait placé en elle.

Entre politiciens douteux, avocats « pipos », chanteurs « has been », remplis de méthode Coué, de procédures stériles et d’éructations pathétiques, rien de tout cela ne fut probant. Bien au contraire, je pense que tous ces gens ont contribué à la radicalisation des vaccinés passistes et autres macrono-droito-gauchistes. « Avec des amis comme cela, pas besoin d’ennemis ». Tous plus boutiquiers et narcissiques les uns que les autres, si cela ne tenait qu’à moi, on en ferait une boule et on mettrait cela à la corbeille… Mais… Cela ne tient pas qu’à moi.

Je revendique aujourd’hui, le fait d’être un des visages de la résistance deuxième génération: celle qui peut et doit gagner.Celle qui veut sauver l’Humanité, pas sa boutique, celle qui parlera au coeur et à l’âme des gens, pas à leur portefeuille, celle qui, par son art, permettra à l ‘Humanité de déployer ses ailes et de s’envoler pour fondre sur tous ces dictateurs, par la puissance évocatrice d’une guerre des images qui est gagnée.

Car oui, mes chers amis, c’est la seule option qu’il nous reste. Tous les appels factieux sont à proscrire, le rapport de force est tellement inégal que jamais, je n’enverrais qui que ce soit à la mort.

Nous devons nous battre sur leur terrain: l’art, le divertissement, la beauté du geste . Qu’a fait le système quand les manifestations avaient encore un peu de sens et qu’elles battaient leur plein? Un méga concert : le «global citizen live», avec tout le monde: Lady gaga, Elton John, Black Eyes Peace , Ed Sheeran … le Pape, Von der leyen…Comment réagit Fifi : plutôt que d’accepter mon idée de faire un concert en contre attaque, il a refusé et il a ouvert un stand de saucisses… Ils ne veulent pas gagner, ils veulent briller, s’engraisser, tout en maintenant les gens dans un brouhaha insupportable empêchant toutes réflexions cohérentes. C ‘est d’ailleurs la fin de non recevoir que j’ai eue en guise de réponse: «La musique qu’on diffuse en manifestation n’a aucun but artistique, elle est là pour empêcher les gens de s’exprimer et pour leur faire crier les slogans que nous voulons qu’ils scandent.»

Le covid nous a tous changés et je n’échappe pas à la règle. Je suis passé de chanteur de camping à une entité héroïque portant sur ses épaules le poids le plus lourd qui soit: convaincre en faisant rêver telle est ma mission, maintenant et pour toujours.

Le travail doit être fait et pour l’instant je n’ai vu personne à la hauteur pour le faire…Donc, c'est moi qui m’y colle.

Pour conclure, la résistance, de mon point de vue, c’est trois choses:

  1. antipass sanitaire

  2. anti immigration incontrôlée.

  3. anti islamo-gauchisme.

Si vous ne cochez pas ces trois cases là, vous êtes volontairement ou sans le savoir, des alliés objectifs du marcronisme , covidisme, mélenchonisme …appelez cela comme vous voulez. Pour ceux que je choquerais, réalisez que vous ne rencontrerez pas de grande opposition si vous revendiquez l’inverse.Le mot résistance a un sens.

La résistance triomphe toujours, même quand elle perd. La résistance ne meurt jamais.

 

 

 

La rédaction