Culture et Chanson

La nonchalance de Alfred Massaï

ALfred Massa Cigare

 

On aurait pu vous parler du dernier album de Mylene Farmer (qui signe un beau retour aux sources au passage) ou du prochain concert de la chanteuse Robert au Zèbre de Belleville. Mais les médias et les réseaux sociaux en parlent suffisamment. 

On avait donc envie d'évoquer les chansons de Alfred Massaï. Alfred Massaï, de son vrai nom Frédéric Aubry, est un Auteur - Compositeur - Interprète  originaire de Besançon en Franche-Comté. Ah Besançon : ville typique de province bardée de prix et de distinctions genre 'capitale française de la biodiversité en 2018', classée 'ville fleurie' en 2007, plus petite agglomération à posséder un tramway. On murmure que Besançon by night c'est joli. Mais on s'égare. Savez-vous que c'est la ville de naissance de Victor Hugo ? Sachez aussi que c'est la ville de naissance de Alex Beaupain et de la chanteuse Claire. C'est également la ville d'adoption du chanteur Aldebert. Autant dire que cette ville contribue efficacement au dynamisme de la chanson. Et bien il faut parler aussi de sieur Massaï.

Dont le dernier album 'Nonchalant' est disponible depuis le 7 octobre. 15 titres très efficaces, avec un style plutôt identifiable en osmose totale avec le titre de l'album. Un univers musical assez cartoonesque et sombre. Décalage permanent. Le ton est donné dès l'étonnant 'Rien qui dépasse', très efficace, tubesque. Alfred Massaï a la voix  et l'insolence d'un Gavroche qui aurait survécu et dont la voix aurait mué trop vite. La voix est reconnaissable et les titres bien trouvés : 'déjeuner sur l'herbe' (allusion à 'Déjeuner en paix' de Eicher ? ), 'Liberté, gloire et beauté'. 

illustration-alfred-massai-en-concert-sortie-d-album_1-1664441679

Il chante peu en dehors de sa région et c'est dommage mais qui sait, peut-être qu'il passera par chez vous qui lisez ces lignes. Toutes les informations sur son actualité ici : https://www.alfredmassai.fr/

 

La rédaction

 

Posté par Luc_Melmont à 02:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


Témoignages de chanteurs et de poètes sur le pass sanitaire et son impact

 

FotoJet (8)

Ce 12 juillet 2022, nous publions un dossier pour commémorer (façon de parler...) la mise en place du pass sanitaire le 12 juillet 2021 par le président de la République Française. Cette mesure inédite a été considérée par une partie non-négligeable de l'opinion publique comme une sorte de boîte de Pandore et a divisé beaucoup de gens, y compris au sein des familles et des couples. 'Culture et Chanson' souhaitait recueillir  les témoignages d'artistes sur la façon dont ils ont vécu la mise en place de ce pass, quel a été l'impact de ce pass sur leurs métiers.

Les profils sont variés : des artistes de gauche, des artistes de droite (voire très à droite), des artistes qui ne votent pas ou n'expriment pas en tout cas leur positionnement politique, des chanteurs, des chanteuses, des poètes, de toutes les origines et toutes les classes sociales. Certains témoignages sont passionnants, d'autres laissent perplexe. Certains sont très brefs, d'autres lyriques, aux limites de la mégalomanie (mais on ne voit pas pourquoi un artiste s'excuserait d'être mégalo). Certains propos paraîtront radicaux. Mais que nous soyons clairs : notre volonté est ici une liberté d'expression totale, pas de censure. Au lecteurs et aux lectrices de se faire un avis (ou pas) sur ces artistes qui livrent leurs points de vues, leur ressentis, leurs colères souvent. Ce qui est sûr, c'est que le monde artistique est à l'image de la société. Et que non, tous les artistes ne sont pas naturellement anti-pass. Certains s'en sont accomodés comme la majorité des français à un moment donné. Il nous a semblé naturel de relayer le point de vue d'artistes pour qui le pass sanitaire ne posait aucun problème. Certes, nous pensons que ce pass était et reste un grave problème dans l'histoire contemporaine de la société française. Mais cette société est diverse, que cela plaise ou non, et les avis aussi. Nous sommes attachés à la libre expression et respectons et relayons les témoignages pro-pass et anti-pass. Respecter, c'est prendre acte, ce n'est pas nécessairement approuver. Mais on ne peut pas essayer de comprendre les raisonnements des anti-pass sans prendre en compte les raisonnements des pro-pass. Recueillir les témoignages ne fut pas chose aisée. C'est pourquoi nous remercions chaleureusement tous les artistes qui ont accepté de nous répondre. Certains artistes ont refusé, jugeant qu'ils n'avaient rien d'intéressant à dire. Certes venant d'un artiste qui fait de la variété fm et des chansons d'amour, on peut l'entendre, on est évidemment plus perplexe venant d'artistes autoproclamés 'engagés' qui prétendent avoir des choses à dire et à chanter. Nous interprétons ce refus comme une tentative de ne pas se mouiller. C'est ainsi. Enfin, d'autres artistes nous ont répondu qu'ils allaient réfléchir. La réflexion doit être fort longue, au moment où nous publions ce dossier, ils réfléchissent encore. Sûrement une autre façon de botter en touche. Enfin d'autres n'ont pas répondu, mais soyons honnêtes, nous nous y sommes pris assez tard et certains artistes sont (et tant mieux pour eux) en tournée et n'ont pas forcément le temps de répondre. Nous les citons toutefois car leurs actes et leurs prises de paroles ont été d'une grande importance dans ces années covid. Avant de vous laisser continuer la lecture, une petite mise au point, un peu incongrue car nous pensions dans nos dossiers précédents avoir été clairs là-dessus : un artiste (que nous apprécions par ailleurs) nous écrit en disant 'que nous sommes engagés contre le vaccin, le pass sanitaire et tout ça'. Nous sommes encore étonnés par ce genre de raccourci en juillet 2022. Nous ne sommes pas du tout engagés contre le vaccin, mais en colère contre le chantage à la vaccination. Bien évidemment nous n'approuvons pas le pass sanitaire, de même, nous n'avons pas du tout approuvé le confinement et avons longuement écrit là-dessus en 2020. Quant au 'tout ça', nous ne voyons pas de quoi il s'agit, si c'est une formule expéditive. Pour nous le tout ça, c'est aussi un gouvernement qui classifie une société en non-essentiels et essentiels, par exemple...

téléchargement

Charlotte Grenat

Le pass sanitaire...Quand j'ai vu arriver cette horreur, je me suis dit non, non, « Ils » ne vont pas oser ? Et nous, les artistes, les grands rêveurs en tous genres, les créateurs et créatrices de grandes envolées littéraires, théâtrales, cinéphiles,et tout ce qui se produit sur une scène ou devant du public en général, « On » ne va pas se laisser faire sans rien dire ? « On » ne va pas accepter pareil infamie sans descendre dans les rues, sans brandir à bout de bras, de mains, de voix, notre raison d'être, de vivre, c'est à dire donner du bonheur aux gens, leur permettre d'oublier les turpidudes et vacheries de ce monde le temps d'un spectacle qui leur aèrera les neurones et fera danser leurs zygomatiques et toute la série des émotions qui font palpiter nos cœurs et nos âmes...Déjà qu'on s'est fait taxer « d'inessentiels » à la Vie. Et que là, pareil, peu ont moufté. Comment peut-on laisser dire que l'Art est inessentiel ? Quand on trouve déjà des œuvres d'art sur les murs des grottes, des pièces de théâtre chez les grecs et les romains, des morceaux de musique et des chansons qui se passent de bouches à oreilles dans toutes les mémoires du monde, des instruments de musique bizarres pour frapper, rythmer, souffler, pincer etc. Non seulement l'art est ESSENTIEL, mais il est VITAL pour l'humain, pour le moral, et pour le cerveau ! On a gavé les gens de films durant l'enfermement, d'ailleurs, pour qu'ils aient l'impression de s'évader de leurs prisons. Et les films, même merdiques, c'est de l'art. Et de chansons et de musiques aussi, combien se sont offertes à travers les fenêtres, allant d'un immeuble à l'autre ou du bas d'une rue, d'un balcon, pour dire « on est là, tous, reliés par nos voix, nos mélodies, on est là tout près ! Réveillez-vous les frères et sœurs ! ». Et puis on est sortis, enfin, et on pouvait rêver de la fin du cauchemar... Sauf que. Non, il fallait des coupables encore, pour cette fameuse mascarade porteuse de camarde, camarades ! Et surtout pas les politiciens véreux et indignes en place qui péroraient, bichaient, taxaient, interdisaient à tour de manches, et de manchettes dans les journaux, les télés, tous et toutes lobotomisées, pire que dans une secte. Et les savants, les vrais, ceux qui savaient parce qu'ils avaient passés leur vie sur le travail des virus, et des vaccins, entre autres, ou le cerveau, ou le cancer, étaient devenus « personna non grata » des gens qu'on devait écraser comme des moustiques justement, puisqu'ils venaient en toute connaissance de cause démanger et déranger les faiseurs de fausses nouvelles et pourvoyeurs de PEURS en tous genre, lâchés dans le Paf par Jupiter et Toutatis, comme le virus l'avait été par l'opération du saint Esprit, amen (le pognon..)

Et Pif ! On nous balance le pass non pas Navigo, mais « sanitaire ». Et il fallait obéir et se taire. Et si on osait mettre en comparaison la loi du 8 Juillet 1942 qui interdisait aux Juifs de faire leurs courses avec les autres, d'aller aux spectacles, dans les jardins etc, tandis que nous étions le 12 Juillet 2021, donc 71 ans et 4 jours après, les non vax devenant de fait (dans d'autres circonstances, certes, mais tout aussi injustifiables) des sous-citoyens, sous le coup d'un décret de salopards, on se voyait insultés, traités de raciste anti-juifs, de malpropres, on nous faisait «  honte » … Je suis petite fille de résistant de la première heure, comme on dit, et c'est en pensant aussi à lui, que j'ai relevé les épaules et la tête et envoyé paître tous ces crachats. Vous l'aurez compris, je ne suis pas piquousée. Et je n'ai pas la télé. Quelle chance ! Aucune intoxication possible par la tête !

En revanche, j'ai plein d'amiEs qui le sont, et presque toute ma famille. Et alors ? Et alors, chacun fait comme il le sent. Je n'empêche personne de se faire injecter un produit expérimental qui n'empêche pas d'attraper la chose, qu'on foute la paix à ceux et celles qui ne le veulent pas, moi y comprise. Et qu'on ne vienne pas dire encore aujourd'hui que ce sont les «  non vax » qui polluent les autres. La preuve est faite depuis belle lurette.

Comment j'ai vécu cette infamie ? Mal, parce que l'injustice m'insupporte, et aussi la lâcheté. Et j'en ai vu et entendu ! Et en même temps, avec d'autres qui pensaient, réagissaient comme moi, on n'a rien lâché. On a joué chez nous, chez les copains, on a fait des concerts d'appartements, sans pub, on a réussi à rendre heureux des gens qui n'en pouvaient plus de ne pas pouvoir écouter de concert, voir des spectacles, en attendant que finisse cette folie. Je croise les doigts pour que ne recommence pas la tourmente des interdictions en tous genre. Je sors de la écœurée par certains comportements, et par la passivité et l'allégeance de tout un corps de métier. Les libraires et les écrivains, eux, se sont battus et ont fini par obtenir gain de cause. Le travail de sape de toute la population, visant à monter les uns contre les autres tant que possible, et par tous les moyens, devient une sale habitude gouvernementale. Et le pire, c'est que cela marche...

Mais restons positifs ! La Vie se vaut d'être vécue, et il y a plein de belles âmes et de belles personnes, piquées ou non, qui veulent continuer à se donner la main, et à faire vivre les Arts en dépit de tout. Citoyenne de seconde zone, mais surtout habitante de cette Terre magnifique qui elle aussi, en bave et se révolte... A vos mots, à vos pinceaux, à vos chansons, à vos passions, les Artistes ! Partagez ! Le monde à besoin de rêver. Sans les rêveurs, les faiseurs ne font pas...Ou pas grand-chose. 

Charlotte Grenat sera sur la scène du Connétable le 15 juillet à 20h30, Paris

 

Veronika Bulycheva

image_1672179_20220526_ob_b6813e_ppeo2300

 

J’exerce le métier d’artiste musicienne depuis l’âge de mes 23 ans. Je suis venue en France apres mes études musicales faite en URSS (Russie) pour vivre la liberté dans toutes ses formes que ce pays véhicule comme valeur dans le monde. Hélas, au fur et à mesure je constate durant mes 30 ans de vie à Paris que ses libertés diminuent à chaque quinquennat présidentiel. 

Et le pire, c’est la mesure du passe sanitaire qui m’a mis au plus mal de mon état physique. J’ai déjà connu cet étouffement en union soviétique. Une sorte de mal être ressenti dans la poitrine et dans le ventre. Depuis son annonce, juillet 2021, non seulement j’ai perdu l’inspiration créative mais aussi l’envie de vivre. Mon chant devenu un cri de cygne, les larmes montent tout les jours car je dois me « camisoler » moi même. 

Meme en Russie, le pays qualifié de dictature, connu pour l'absence de liberté, les gens n’ont pas subi un tel martyr ! Avec toutes les mesures qui ne cessaient de s’alterner depuis début de la "pandémie" j’ai arrêté mes prestations sur scène et je n’ai toujours pas repris pleinement par peur que cela recommence et aussi parce que je suis fatiguée de l’humiliation de perdre ma dignité pour des raisons qui échappent  à ma compréhension. 

Veronika Bulycheva sera en concert à Roanne le 22 et 23 juillet

 

 

Matthias Vincenot

téléchargement (3)

 

Le pass sanitaire m’a permis de reprendre plus tôt l’organisation de spectacles (malheureusement, la mesure étant arrivée tardivement, le festival DécOUVRIR a dû être en numérique en 2021). Pour le reste, je considère que ce pass a été une chance pour permettre aux spectateurs de sortir sans crainte et aux organisateurs de poursuivre leur activité malgré cette crise sanitaire sans précédent.

A découvrir : Anthologie « Ce n’est qu’une histoire de minutes et de vent » (éd. Unicité, 2022).

 

Sultana

284486050_1161916384604320_2476390517662426322_n

 

Je viens ici donner mon humble et bref témoignage en tant que chanteuse, auteure compositrice, quant à la mise en place du pass-sanitaire, puis du pass-vaccinal dans le milieu artistique. J’écris ici avant tout en tant que citoyenne, choquée par ces mesures liberticides, qui divisent et excluent une partie de la population. Je tiens à préciser qu’à l’instauration du pass en 2021, j’étais en pleine composition et production de mon 3e album avec peu d’apparitions sur scène. Au départ très en colère par la mise en place de ces mesures, j’ai vu cette annonce comme une nouvelle mesure entravant la liberté de travailler avec des conséquences économiques et psychologiques catastrophiques. Ces directives ont également empêché une partie du public de retrouver cet espace de lien social et d’émancipation qu’est le spectacle vivant. Je me suis vite rendu compte qu’il fallait transformer ma colère en une énergie créatrice et salvatrice. J’ai donc d’abord été manifester contre la mise en place de ce pass-sanitaire. J’ai pu échanger avec des personnes de milieux différents et trouvé, collectivement, des réponses à mes questions. J’avais besoin d’entendre des voix dissonantes de la parole étatique.
A l’image du confinement pendant lequel, nous avons, avec mon ami et chanteur Jann Halexander, fait des concerts « résistance », il fallait, à cette période critique du pass-sanitaire puis vaccinal, que je me mette en action, en mouvement. En tant qu’artiste, ma voix devait se faire entendre, tout mon être me le réclamait. J’ai donc rejoint le collectif Reinfo covid qui m’a permis de me mettre en réseau avec des personnes aux valeurs essentielles communes. Nous avons constitué un petit groupe de chanteurs avec lequel nous avons donné un concert au profit des soignants sans salaire. Tel un colibri, j’ai apporté ma petite goutte d’eau dans l’océan. A cette période j’ai également pu assister à des concerts chez les particuliers, découvrir de nombreux artistes, participé à des conférences, confronter mon point de vue avec des personnes très différentes, retrouver une forme de solidarité et d’échanges. Le dialogue reste primordial dans ces moments critiques où beaucoup ont été soumis à de fortes angoisses. Je crois profondément à la force du lien social et à la puissance thérapeutique de l’Art, autant pour l’artiste que pour celui qui vient le voir ou l’écouter. Je me suis ensuite mise en lien avec des collectifs artistiques comme « les essentiels » ou « arts vivants libres » afin de renforcer ce lien fédérateur, créateur.

J’ai été assez sidérée par le silence du monde artistique, finalement résigné. Avec la mise en place de ce pass-sanitaire, on a vu peu d’artistes « mainstream » défier l’autorité, on a vu les salles se vider (elles se vidaient déjà avant la crise sanitaire ceci-dit) et le public s’est mis à «surconsommer» du divertissement abrutissant à la TV. Avec la levée du pass, les salles ont eu du mal à retrouver un public. On sait tous que le retour du pass nous pend au nez. J’admire les musiciens qui n’ont chanté que dans des lieux sans-pass. Pour ma part même si celui-ci devait revenir, après deux ans de travail sur mon nouvel album « UNI VERS ELL E » qui sort à l’automne 2022, je jouerai partout où on me le demande, pour tout le monde, sans division, sans jugement. Mais j’ai bien-sûr en tête de me mettre au service des personnes empêchées : celles qui ne peuvent accéder à la culture, en allant à eux. Un titre sera dédié à cette période troublante que nous vivons, j’ai invité Jann Halexander au piano, pour accompagner un poème que j’ai écrit et qui s’intitule LIBERTÉ.

La chanteuse vient de sortir le premier extrait de son nouvel, 'Tierra Madre'

 

Ben Nodji

287706055_10221621573109697_7111444041031175352_n

 

Moi, je l'ai échappé belle. Je tournais avec un pote pour des co-plateaux. J'ai pris la décision de céder aux injonctions gouvernementales pour pouvoir sortir et rentrer où je voulais. Le gars qui tournait avec moi dans les cafes-concert, non seulement, ne comptait pas céder, mais en plus, je n'étais plus son ami. Jamais personne ne m'a pourri d'insultes comme ce type suite à ma vaccination. J'étais obligé de le bloquer sur tous mes réseaux et sur mon téléphone pour qu'il arrête de venir m'mportuner. 
Au final, j'ai appris il y a 2 mois, qu'il a buté quelqu'un et se trouve sous les barreaux actuellement. Quand je vous dis que je l'ai échappé belle!!!

 

Bertrand Ferrier 'La Robe Blanche', par Jeff Bonnenfant, 14 mai 2022

 

Le cri du clou

(Bertrand Ferrier)

 

« [La petite fille] s’est arrêtée

Elle m’a demandé :

– Dis-moi pourquoi tu cries ? »

(Mama Béa Tekielski) 

« Comment ai-je vécu la mise en place du pass ? » a-t-on la gentillesse de me demander ; et, déjà, je sens que ça gronde, que ça bouillonne, que ça escarbille dans tous les sens. Oh, je ne suis pas dupe, c’est sans doute l’un des effets attendus chez ceux qui n’ont pas été convaincus par la nécessité absolue d’arrêter d’abord, de limiter ensuite, de conditionner enfin activités culturelles en général et spectacles en particulier.

Oui, je l’avoue ! Pour un inessentiel travaillant dans un secteur qui coûte un pognon de dingue, il est tentant de profiter des cybermicros qui se tendent, à l’instar de celui de Luc et Sonia, afin de vitupérer contre la gestion politique de l’épidémie de Covid-19. Cela permettrait, d’une part, de se défouler après s’être senti, en tant qu’artiste, frappé, méprisé, mutilé par les conséquences de ces choix, et y a pas tant d’mal que ça à se faire du bien. D’autre part, cela permettrait de se prouver que l’on a survécu, et que l’on n’a pas encore été assez brisé pour ne pas lâcher les « cent clébards dans la tête » qui, avec la « locomotive » et « le barrage qui pète », concrétisent la colère telle qu’ Allain Leprest l’évoquait avec la raucité ad hoc.

Oh, certes, il conviendrait de relativiser la souffrance culturelle – toute professionnelle fût-elle – ressentie, en la mettant en relation avec la souffrance physique de ceux qui ont vécu la maladie dans leur chair, non pas pour opposer ces deux versants, complémentaires, mais pour opposer la réalité du virus, qui fut parfois terrible, et son odieuse instrumentalisation par les gouvernants cherchant, entre autres, à occulter leurs responsabilités dans le délabrement du système public de soins et à donner libre cours à leur désir d’étouffer les voix dissonantes. Il n’empêche, vitupérer est ô combien tentant ! Tant de raisons poussent même à lâcher la bonde à la colère qu’en citer seulement cinq peut paraître réducteur – je m’y contraindrai néanmoins pour clarifier mon propos autant que faire se peut. 

Une grappe de raisons

Avant le pass, que j’inclurai ici – tant il me semble être un maillon d’une chaîne difficile à tronçonner – dans l’ensemble des restrictions qui ont accompagné la politisation du plus célèbre virus du moment, l’interruption des tournées et des projets par les confinements a pu révolter quelques insoumis, surtout ceux qui ne bénéficient ni de subventions, ni d’indemnités censées les amadouer et leur faire bien fermer leur museau (1). L’impossibilité de se projeter donc de préparer l’après-arrêt des spectacles a alimenté ce mélange de rage et d’impuissance (2).

S’y est ajoutée l’incroyable acceptation, silencieuse, benoîte, contrite ou enthousiaste, de la plupart des célébrités culturelles validées par l’État et de pairs ressortissant pourtant comme moi d’une catégorie putative rassemblant les « minuscules acteurs de la culture » (3). Même quand on n’est qu’un microacteur, l’art ne devrait, pardon pour la banalité, jamais être conçu comme un loisir, un passe-temps, une activité superfétatoire.

Donc, si tu as l’habitude de te produire en public et que, soudain, l’on t’interdit de le faire, par quel accès de zénitude immaîtrisé, au nom de quel pseudo « sens citoyen et supérieur de la responsabilité » cette interdiction te semble-t-elle normale ? Toi qui n’as pas les rentes d’une superstar, toi qui n’as pas les revenus YouTube d’une vedette donnant des concerts à la maison pour des centaines de milliers de viewers, comment peux-tu renoncer à vibrer avec ton public sans piper mot… puis retrouver ce qu’il reste de tes habitués comme si de rien n’était, puisque, visiblement, pour toi, cette séparation n’avait rien de dramatique ? Ou alors, t’en veux-tu a posteriori de n’avoir pas contrôlé le carnet de vaccination de tes spectateurs avant le Covid – ben quoi ? La diphtérie, le tétanos et la poliomyélite ne sont pas des risques à prendre à la légère non plus !

Aussi difficilement compréhensibles que ces silences certains nous sont apparus les hourrahs accompagnant l’hypocrite réouverture des salles de spectacles, conditionnée par la présentation d’un pass dont il est admis que, même authentique, il n’empêche ses détenteurs ni de contracter le virus honni, ni de le transmettre à autrui, même masqué en sus (4). Enfin, comment ne pas s’emporter devant la foi béate – évidemment démentie par la réalité – dans un « retour à la normale » immédiat, accompagné de chantages et de menaces pour que persiste l’indécrottable peur préparant le retour aux restrictions (5) ?

 Les fruits du mal

Vitupérer est donc tentant. Réducteur, schématique, mais, sinon justifié – on pourrait en discuter –, a minima tentant. Et vivifiant, en sus, pour qui apprécie l’exercice.

Toutefois, ces considérations génériques, générales et prétendument généreuses ne sauraient masquer la réalité plus limitée d’où je m’exprime – ma réalité, celle qui ne m’a pas souvent pardonné. Appliquons donc ces conditions globales à un sujet particulier que les spécialistes-professeurs maîtrisent, je l’espère, un peu moins que moi : moi.

Concrètement, les restrictions sanitaires ont rayé moult projets de ma vie d’artiste. Pour l’organiste que je suis, elles ont suspendu – verbe pudique masquant souvent l’annulation derrière l’espoir foufou d’un report – des récitals, des projets, des festivals. Pour l’accompagnateur et le chanteur, elles ont arrêté une série de dates autour du spectacle de reprises de Michel Bühler que je venais de commencer (s’en souviennent ceux qui étaient à la première et dernière, épique, au Théâtre du Gouvernail, tandis que les Parisiens bon teint fuyaient la capitale en pagaye pour gagner leur province chérie juste avant « le couvre-feu ») ; elle m’a empêché de donner des concerts, l’idée d’exiger un passeport vaccinal du public ou de mes compagnons de scène et de régie m’insupportant ; elle a rendu vaine toute esquisse de nouveau projet.

On peut toujours se goberger des alternatives bricolées pour l’occasion. Ainsi des concerts clandestins, chez l’habitant ou dans des parkings d’immeuble (!), bien loin du parking des anges où rien ne dérange les partenaires. Ainsi du partage spontané de nouvelles chansons pour ne pas laisser le silence obligatoire nous assourdir. Ainsi du lancement du récital « À tout hasard » sur YouTube, en financement participatif et vidéo à la demande. Soit, gobergeons-nous de ces astuces modestes pour rester chanteur – un chanteur qui ne chante pas reste-t-il un chanteur ? –, mais rappelons que ce ne sont que des pis-aller, des faute-de-mieux, de piètres médius préalablement humectés puis tendus bien hauts face aux restrictions culturelles, et non des « petits plus » sympathiques illustrant l’aimable débrouillardise de certains microchanteurs franchouillards.

On peut – et même on doit – surtout rendre grâces aux fans et aux curieux pour leurs messages, pour leur soutien digital concret (via les visionnages YT, les pouces levés, les commentaires avisés et les partages prosélytes, par exemple) ainsi que pour leur apport sonnant et trébuchant lors des crowdfundings ou des achats de disques. Reste, indécrottable, cette frustration de savoir que « le temps perdu ne se rattrape guère, ne se rattrape plus », ne se rattrape jamais ; et reste aussi l’inquiétude planant sur ce qui suivra les « vacances d’été » qui,elles, semblent curieusement sacrées. Car, enfin, les menaces sur la restriction des libertés publiques que le gouvernement laisse planer sur la rentrée 2022 ne sont pas de nature, je le constate chaque jour, à fertiliser le terreau artistique sur lesquels les microacteurs de la culture essayent sinon de pousser, du moins de rester enracinés. 

Les clous du spectacle

Alors, oui, sur le principe et dans les faits, il serait sans doute sain de profiter de ce témoignage pour crier la colère que devrait inspirer à chacun un gouvernement qui, après avoir entrepris de détruire avec une violence inouïe (pas de « détricoter » : de détruire avec une violence inouïe) le Code du travail, n’a de cesse de fracasser les libertés publiques donc les conditions sine qua non de la création artistique. Mais la France dans laquelle nous vivons est devenu un pays rance, pétri de haines bien habillés, de discours fascistes, totalitaires, exclusivistes, visant, après validation par des « cabinets de conseil », à dresser les Français les uns contre les autres, à laisser des nantis désigner de supposés profiteurs à la vindicte médiatico-publique, à dénoncer des castes d’ennemis sans susciter empathie ou révolte (la russopohobie a ainsi déferlé sur la culture sans émouvoir davantage que le racisme injustifiable et hypocrite venant de sévir à Wimbledon). Dès lors, dans le cadre de ce bref griffonnage, ajouter un courroux débridé au mépris recuit dont nous sommes saturés ne me paraît pas plus jouissif que pertinent.

En lieu et place, peut-être cet espace que m’offrent Luc et Sonia sera-t-il mieux utilisé en remerciant, avec une solennité aussi pompeuse que sincère, le public qui continue de venir au spectacle, d’acheter des disques, d’encourager et de découvrir des artistes – ce même public auquel Jann Halexander, l’un des rares chanteurs à ne pas s’être laissé clouer le bec, conseille à chaque concert de « rester chez [lui] », tant aller au spectacle est censé être dangereux. Oui, peut-être est-il plus judicieux de saluer la résistance et l’espérance des amateurs de chanson que de stipendier les vils gredins qui nous épuisent. Grâce à leurs actes, chacun de ces audacieux militants devient ce que Paul Valet appelait « un clou, un clou rouillé, un clou sauvage, un clou de sabotage engagé volontaire de la chambre à air » de l’indifférence, de la médiocrité et de la soumission aux puissants qui nous gouvernent et maltraitent, euphémisme, la culture et ses forces vives.

Puisse Jean Sommer avoir raison quand il chante que « les mots les plus beaux sont des fleurs / En roses, en bouquets, dans le vent » ! C’est dans cet esprit que je veux écrire : merci et bravo aux clous qui me lisent ; et peut-être à bientôt sur les planches de la musique, du partage et de la révolte que nous agencerons ensemble… le temps d’une chanson, au moins.

 « … alors elle m’a dit :

– Je sais pourquoi tu cries,

S’il-te-plaît, criiiiiiie pour moi ! »

(Mama Béa Tekielski)

 


FHOM

291548214_3119378431657082_4808948019144000904_n

 

Symphonie du nouveau monde ? Requiem pour l’ancien monde ? 12 juillet 21 pass sanitaire officiel et obligatoire Des images aussitôt de films en noir et blanc où le laisser-passer était exigé à chaque carrefour ; Des pensées où s’entremêlent sidération, peur, rage, tristesse Puis des questions : Comment continuer à vivre ? à écrire ? à chanter ? à faire des rencontres ? à passer du temps avec ma famille, avec mes amis, avec… ? Comment ressentir à nouveau « la -soutenable- légèreté de l’être » détournement du livre de Kundera, chez lui « insoutenable » ? Les jours qui se sont succédé m’ont apporté des réponses éparses mais efficaces : construire des routines d’écriture, de chant, de convivialité, de concerts ; Chaque jour avec obstination, je réinvente mon présent aux horizons si incertains, si flous, si contradictoires Chaque jour je continue d’avancer dans mon œuvre et dans mon existence ; j’ai créé 2 spectacles en regard l’un de l’autre : « Lignes de Vie qui donnent toutes leurs places aux rencontres et « Félicita » qui proposent des chemins dansants vers la nécessaire joie de vivre Composons-nous une messe requiem pour l’ancien monde à la présence encore illusoire ? Composons-nous la symphonie d’un nouveau monde inconnaissable ou trop prévisible ? Nous le saurons ensemble !

FHOM revient au Théâtre de l'Île Saint-Louis à la rentrée.

 

Pause. Ils n'ont pas répondu mais leur détermination, leurs prises de paroles notamment dans les médias traditionnels ont été importantes. Que ces artistes qui ont contesté avec force et constance y compris sur le terrain leur opposition au pass sanitaire, pour des raisons éthiques,  soient pleinement remerciés ici : HK (Danser encore), Ingrid Courrèges, Akhenaton. 

akhenaton-je-suis-un-vieux-con-de-46-ans-qui-ecoute-des-gamins-de-18-ans,M219897

image

kaddour-hadadi-4eab6d-0@1x

Furent remarquées également les prises de position  du poète slameur Stéphane Cairn, en colère contre l'apathie du monde culturel.

channels4_profile

 

 

 

Jann Halexander

JANN-012

 

L' annonce du pass sanitaire le 12 juillet 2021, je l'ai vécue comme une enclume sur la tête. Déjà le coup de l'artiste non-essentiel, j'avais du mal. Je m'en étais ouvert au média France Soir que je respecte beaucoup, qui a été d'ailleurs le seul grand média à parler régulièrement de l'injustice faite au milieu artistique et surtout relayer les initiatives des artistes sur le terrain pendant les confinements. Certains peuvent pleurnicher en disant que France Soir est un média complotiste ou que je suis complotiste, c'est le dernier de mes soucis. J'ai fait du tri autour de moi et sans doute l'inverse aussi, des gens qui n'avaient plus envie de me côtoyer. Au moins les choses étaient claires de chaque côté. Je suis métis assumé, bisexuel assumé, j'ai aidé des migrants lgbt, j'ai soutenu les actions de Aides pour la lutte contre le vih et la stigmatisation des personnes atteintes par le vih. Alors le pass sanitaire, non merci, ce n'était pas possible. Ce n'était tout simplement pas entendable par rapport à ma grille de lecture personnelle, par rapport à mon vécu, mes principes. J'ai des proches qui étaient  et sont encore pour le pass. Cela m'échappe complètement. Et vice versa ? Quand je vois comment certains gouvernements ont traité les populations sous la crise covid, je n'ose imaginer ce qu'ils auraient fait, comment ils auraient agi si le vih faisait son apparition à notre époque. J'ai refusé le principe du contrôle du pass pour assister à mes concerts. J'ai privatisé des lieux, chanté beaucoup chez l'habitant, dans de très beaux endroits d'ailleurs (des théâtres privés, des jardins privés, à la demande de particuliers), le public était au rendez-vous, c'était tout un public demandeur d'art et qui n'avait pas envie d'entendre parler de discrimination. Beaucoup de gens vaccinés m'ont écrit gentiment, m'ont soutenu, sont venus me voir sur scène. Je tiens à le dire. Je n'ai pas absolument pas de leçon à donner sur le vaccin. Si vous voulez vous faire vacciner contre le covid, allez-y. Ce que je combats c'est l'obligation vaccinale. Je suis pour le droit des femmes à utiliser librement leurs corps (avortement) ou le droit des personnes à changer de sexe, c'est naturel pour moi. Ce n'est donc pas moi qui vais militer pour une obligation vaccinale pour une maladie qui n'est pas la peste, cela ne sera jamais assez répété. La vaccination n'empêche d'ailleurs pas la contamination.  Si encore c'était le cas...J'ai eu cette chance comme Ingrid Courrèges ou HK d'avoir un public de fidèles et aussi un nouveau public qui a suivi. Un public très mélangé, joyeux, heureux. Que de Vie ! J'en profite aussi pour dire qu'à travers le réseau reinfocovid j'ai rencontré des gens extraordinaires et que cela m'a beaucoup aidé moralement.

Les artistes autoproclamés de gauche, le poing levé etc pour la plupart, ont accepté bien vite le pass sanitaire, certains l'ont approuvé pleinement, disant que c'était la liberté retrouvée et que ça rassurait les spectateurs. Je pense que c'était un leurre. On n'a pas noté dans l'ensemble du milieu culturel une augmentation exponentielle du nombre de spectateurs dans les lieux soumis au pass sanitaire. J'ai des collègues qui n'avaient pas chanté depuis des mois et ont accepté malgré eux ce système. Comme je n'avais pas arrêté de chanter depuis la fin du premier confinement, y compris pendant le deuxième, je n'avais pas le même état d'esprit. 
Dans des endroits privés où j'ai chanté, certains portaient des masques. C'était leur droit le plus absolu, à partir du moment où ils ne l'imposaient pas à d'autres, l'inverse est valable aussi. J'ai continué la tournée chez l'habitant après la suspension du pass vaccinal, et rajouté des dates dans des théâtres. Je suis ressorti de toute cette période lessivé, épuisé, heureux d'avoir vécu de très belles choses, heureux  grâce à des rencontres incroyables, porté par le public, mais lessivé par la noirceur globale humaine,  par la façon dont des gens qui ont peur de la mort seraient capables (au nom de la solidarité, disent-ils, chantage) d'imposer le scaphandre à toute une population. Par la façon dont le côté nocif de ce pass a été minimisé par trop de citoyens. Par la façon dont des millions de gens se sont habitués à cette horreur, car pour moi c'était une horreur. Le silence d'une large partie de la gauche, à l'exception (tardive ? ) de France Insoumise m'a troublé et encore maintenant me laisse perplexe et amer : comment on a pu laisser l'extrême-droite s'emparer de sujets comme la liberté ? J'ai été dans des manifestations anti-pass sanitaires mais pas celles menées par l'extrême-droite. La droite ultra qui lutte pour nos libertés ? Difficile d'y adhérer (pardon pour les rares personnes proches, la vie est complexe, qui évoluent dans ce camp) Nous nagions en  pleine confusion. C'est aussi ça la folie du monde. Ceux qui se prétendent être dans le camp de la raison étaient en fait complètement irrationnels car il faut être complètement irrationnel, voire cinglé, pour demander sur les plateaux tv, toujours plus de confinements, de couvres-feux, de trier les malades selon leur statut vaccinal, quand dans le même temps des personnes rendues dépressives se suicident, quand des personnes âgées isolées de force (pour leur bien) se laissent mourir dans les maisons de retraite Je ne vois pas l'ombre de la 'Raison' là-dedans. Je vois du Kafka, du Ionesco, du sordide, de l'absurde, mais non, je n'y vois pas de Raison. Il faut dire aussi que les radicaux anti-vaccination n'ont pas aidé par leurs agressivités et leurs certitudes. Leur façon de traiter de mouton toute personne qui portait le masque ou se faisait vacciner. Je déteste ça. Je regrette que les minorités ethniques ou sexuelles n'aient pas été plus nombreuses et affirmées dans la dénonciation de ce pass. Je ne suis pas sociologue, un sociologue décryptera tout cela mieux que moi. Je suis assez pessimiste pour l'avenir, j'espère me tromper. J'essaye  pour le moment de me reposer. En attendant la remise en place du pass sanitaire ? Tout est désormais possible. 

 

 

Christoff BZH

123688240_100728265187965_781229460307832956_n

 

L' impact du pass sanitaire est d'entrée de jeu une étape symbolique vers la privation de libertés.Me concernant, elle n'a eu que que peu d'impact dans la mesure où les personnes qui m'invitaient à jouer se moquaient de se pass de la honte....Outré par cette dictature qui ne dit pas son nom j'ai été naturellement amené à faire mon devoir d'artiste engagé (par personne ) en proposant un titre dénonçant cette mascarade prétendument sanitaire, avec mon titre CORONAFOLIE, mis en image par le brillant Antoine Bernard.

 

 

Michael Bond

130270084_o

 

Je m’en rappelle comme si c’était hier. La nouvelle, je ne l’ai pas apprise par la télévision, mais par ma femme. Je la revois dans notre grand salon, me regarder avec son air le plus grave. Pas besoin de parler, j’avais déjà tout compris mais elle me le dit quand même.: « ça y est, il a annoncé le pass sanitaire ».

 

Cela faisait bien longtemps que je m’étais lassé des gesticulations de celui que l’on peut qualifier d’empereur de France.Ce qui m’importait désormais dans ses déclarations longues de plus de trois quart d’heures, c’était de savoir à quelle sauce nous allions être mangés. Hélas, en ce soir du 12 juillet 2021, nous ne sommes pas mangés, nous sommes avalés tout crus.

 

Avalés tout crus les droits de l’homme, avalés tout crus des siècles de lutte pour que chacun puisse circuler librement partout et puis surtout, la sensation que nous mettons le doigt dans un engrenage dont nous ne connaissons absolument pas la finalité.

 

Entre apprentis sorciers qui font des expériences à ciel ouvert, et le modèle de société dans lequel nous fonçons tête baissée, tout le monde semble devenir complètement fou. Cela me tétanise, m’interroge, et surtout me révolte au plus haut point.

 

Moi qui jusqu’alors, n’avais jamais donné mon avis sur quoique ce soit de méta-politique: pas d’interventions sur les gilets jaunes, ni sur quelque élection que ce soit- je vous mets au défi de trouver mon avis sur la politique générale avant ce fameux jour maudit du12 juillet 2021-. Car il est vrai que le propre de l’artiste est justement d’être un artiste, pas un homme politique.

 

Chacun sa place…

 

Mais là, cela en est trop.C’est Emmanuel Macron qui a fait de moi un militant.Certains argueront que je dois l’en remercier puisqu’avant cela, celui qui lira ces lignes, n’aurait pu me connaître. Dois-je le remercier pour autant?

 

Sûrement pas.

 

Tout était tout de même plus sympa, avant tout cela.Certes j’étais un inconnu, certes j’étais souvent qualifié de ringard par mes adversaires, certes je n’étais qu’un ersatz d’Elvis et des Beatles, qui n’écrivait plus de chansons depuis un long moment, mais, j’étais heureux. Je faisais ce qui me plaisait, je chantais ce que je voulais, je faisais les spectacles dont j’avais envie et il y avait un public pour cela.

Le 17 juillet donc, j’ai rejoint les manifestations anti pass sanitaire et celle des patri-fioles en particulier.

Je m’y suis rendu la peur au ventre ne sachant pas ce qui pourrait s’y produire mais la colère et l’envie d’agir étaient plus fortes que la peur.

Arrivé sur place, il y avait du monde à perte de vue, mais bizarrement je me sentais un peu seul. La manifestation se passa sans encombre, les CRS nous entouraient, l’odeur du gaz lacrymogène s’est faite sentir à moment donné, mais tout se passa dans une quiétude étonnante. Je fus alors séduit par la forme que ces manifestations pouvaient prendre, et tout de même rassuré de ne pas être le seul révolté de Paris.

Très vite, a germé en moi l’idée de pouvoir m’exprimer à la tribune, lors de ces manifestations.,et d’y chanter ma chanson fraîchement finie « Hydroxychloroquine ».

Ce ne fut pas simple, certains de mes collaborateurs d’alors me disaient : « tu n’y arriveras jamais, tu n’es rien. »

Je découvrais par la même occasion, l’envers du décor d’un parti politique, pour m’apercevoir que beaucoup d’idées étaient tuées l’oeuf, et que les artistes étaient au mieux méprisés, au pire jetés à la poubelle.

Tout au long de l’été, j’ai vu glissé le mouvement vers quelque chose de très mercantile. D’un mouvement magnifique, emprunt des plus belles intentions, nous sommes passés à du merchandising crasse, exploitant la misère humaine pour vendre des badges et des saucisses bon marché.Et bien sûr, écouter des gourous misérabilistes qui se pavanent dans des carrées VIP où le peuple n’a pas droit de cité, et qui, accrochez-vous bien, repartent en berline tout en n’oubliant pas de taper dans le dos du pauvre gars qui a perdu son boulot en lui disant « ne vous inquiétez pas, on va changer tout cela. »

Chers lecteurs, je ne vous mentirais pas sur mon caractère humain, comme vous, j’ai des doutes, des angoisses, des rêves, des ambitions et une certaine naïveté. Il est souvent compliqué de faire cohabiter principes et ambitions.J’ai très vite vu les incohérences dont je vous parle et surtout la différence entre un discours public et un discours privé.

Alors je le confesse, j’ai fermé les yeux sur tout cela pour atteindre mon objectif qui était, je vous le rappelle de chanter ma chanson: « Hydroxychlroquine » à la tribune, ce qui- fin du suspens- fut fait, par un miracle qui s’appelle «Loulou » que le ciel m’a fait croiser.

Je ne sais pas pourquoi mais le sieur Fifi LaHoupette ne pouvait rien refuser à mon nouvel ami rencontré lors d’une énième manifestation devant un hôpital dont j’ai oublié le nom.Je ne sais pourquoi après que mes multiples requêtes aient trouvé lettre morte, il a suffi d’une fois avec Loulou pour qu’il accepte, à reculons.

« Hydroxychloroquine » parlons-en: au moment où j’avais écrit cette chanson et l’album éponyme: Michael Bond (bandcamp.com), je n’avais pas pensé en faire un outil militant contre le covidisme généralisé.Non, en réalité, l’album entier fut réalisé pendant les confinements successifs.L’idée de départ était de relater ce que nous vivions dans le style de la musique que j’aime tant: le rock des années 60-70, tout en restant divertissant et en abordant d’autres thèmes.

Je voulais juste à ce moment là, faire l’album dont j’avais envie sans autre objectif.

Jamais je n’aurais écrit/composé sans tout ce temps à mettre à profit, mais je pense que vous savez de quoi je parle.

C ‘est par la suite et au contact de mon «nouveau public» que j’ai compris qu’une oeuvre peut changer les choses, mais aussi qu’un patriote français doit faire l’effort de chanter en français même si je m’autorise le droit de chanter en anglais si j’en ai envie. C’est pour cela que mon prochain album sera en français.

Le clip (MICHAEL BOND - HYDROXYCHLOROQUINE - YouTube), aussi a été tourné avant le 12 juillet.L’univers qui y est décrit : l’hydroxychloroquine-verse est un avertissement pas une prophétie.

C’était donc à la base un pur objet de divertissement…

Le montage d’une oeuvre avec les mêmes images peut donner des résultats diamétralement opposés.

Le monteur de départ ne voyait pas les choses comme moi. Bien que présent et actif pendant le tournage, bien qu’il m’ait déjà vu en action sur un sac de frappe, il me voyait comme un type sympa, rigolo, avec qui on casse la blague.Son montage reflétant bien son parti prix entre coupe intempestive, accélération d’images kitch et le choix douteux de prises peu crédibles, me

maintenant pour des raisons que j’ignore à l’écart du montage.

Le résultat fut catastrophique.

Tel un Van Damme pour Bloodsport, c‘est moi qui ai monté le clip au final, je vous laisse vous en faire votre propre idée…

Cela fut une grande source de litige entre moi et l’équipe de départ dont j’ai du me séparer.

Nos points de vue artistique et politique étant devenus trop divergeant en très peu de temps. Ils sont -pardonnez moi le terme- des mercenaires du show bizz, qui iront toujours dans le sens du vent sans jamais prendre de risque mais moi, j’ai passé l âge et l’envie de jouer à être un autre. En participant à un projet et un clip qui s’appelaient « Hydroxychloroquine », à quoi s’attendaientils?

J’ai découvert aussi, que l’élitisme n’était pas forcément l’apanage du show-bizz ou du mainstream, appelez cela comme vous voudrez.

Très naïvement, je pensais qu’en ayant fait un album du nom d’«Hydroxychloroquine» et étant un des rares artistes à revendiquer l’anti-passisme, je pourrais avoir accès au «soit-disant» médias alternatifs, anti pass sanitaire.

(Je vous l’avais bien dit que j’étais naïf).

Je revois le visage circonspect de la présentatrice de NDTV quand je lui ai expliqué qui j’étais, ou le mépris de certains dont je tairais le nom. Seul Mike « la légende » Borowski dont l’ouverture d’esprit n’est pas un slogan, a accepté de m’interviewer.(Michael Bond :"Je dénonce les artistes qui se taisent face au Pass" - YouTube)

C’est un homme d’une grande probité, qui a toute ma considération. Dans la foulée, j’ai donné une interview à France soir?(« C'est la grande braderie du diable » Michael Bond - YouTube).

Mais à quel prix, à coup de pistons et de copinages, ce que je trouve anormal.

Aujourd’hui, ils refusent de me parler, je ne comprends pas pourquoi. C’est vrai que c’est plus intéressant d’interviewer les mêmes cinquante fois pour qu’ils disent cinq cent fois la même chose.

Suite à ces interviews, j’ai reçu quelques coups de fil: mes partenaires de travail habituel, quelques collègues qui m’ont enjoint, je cite: « d’arrêter mes conneries et de me faire vacciner sinon je ne travaillerais plus jamais avec eux, même si la situation changeait ». Donc, adieu les campings, adieu les quelques petits contrats dans les petits théâtres, et bienvenu au concert chez l’habitant.

Aidé par mon ami Jann Halexander qui pratique cet art depuis des années, je me suis lancé dans une tournée chez l’habitant:«Hydroxychloroquine tour». Bien que qualitativement inférieures, j’ai apprécié donner ces représentations.

J’ai conclu cette tournée par une date dans un théâtre le pass étant suspendu…. C’était quand même mieux.

J’ai laissé passé beaucoup de temps avant de donner ma conclusion en interview (Bilan après des mois de manifestations contre le PASS - YouTube) car je voulais laisser toutes ses chances à la résistance première génération. Cette bande de pieds nickelés me paraissait bien mal partie mais j’ai laissé faire sans jamais intervenir. Je le proclame ici la réélection dans un fauteuil de

Macron sonne leur échec, ce fiasco est le leur.

Emmanuel Macron atteint le niveau de l’empereur romain Auguste car ils n’ont pas su convaincre et encore moins faire rêver. Il est fou de se dire que celui que l’on peut appeler désormais l’empereur ait atteint un tel statut avec tant de casseroles. « ça les gars, c’est votre

responsabilité…pas la mienne.Votre temps est passé. Vous avez échoué et vous pérorez encore comme si de rien n’était ».

La sensation que j’ai c‘est que nous sommes enfermés dans une double doxa: la doxa du mainstream, bien sûr, on la connait tous, pas besoin de vous en faire l’exégèse, c’est la deuxième qui est plus problématique.Je me plais à la nommer la doxa télégram, en référence à ce réseau social, où les informations et les échanges de liens fusent tellement vite que l’on ressort de là un peu comme les manifestations de Fifi LaHoupette: trépanés, lobotomisés…un peu « gaga ». Chacun veut briller, veut montrer qu’il a tout mieux compris que les autres. D’un côté comme de l’autre, on se regarde en chien de faïence et le grand gagnant de tout cela, pas besoin de vous dire qui c’est.

Par ces mois de lutte, j’ai acquis la certitude que la résistance première génération n’a pas été à la hauteur des attentes qu’un bon nombre de gens avait placé en elle.

Entre politiciens douteux, avocats « pipos », chanteurs « has been », remplis de méthode Coué, de procédures stériles et d’éructations pathétiques, rien de tout cela ne fut probant. Bien au contraire, je pense que tous ces gens ont contribué à la radicalisation des vaccinés passistes et autres macrono-droito-gauchistes. « Avec des amis comme cela, pas besoin d’ennemis ». Tous plus boutiquiers et narcissiques les uns que les autres, si cela ne tenait qu’à moi, on en ferait une boule et on mettrait cela à la corbeille… Mais… Cela ne tient pas qu’à moi.

Je revendique aujourd’hui, le fait d’être un des visages de la résistance deuxième génération: celle qui peut et doit gagner.Celle qui veut sauver l’Humanité, pas sa boutique, celle qui parlera au coeur et à l’âme des gens, pas à leur portefeuille, celle qui, par son art, permettra à l ‘Humanité de déployer ses ailes et de s’envoler pour fondre sur tous ces dictateurs, par la puissance évocatrice d’une guerre des images qui est gagnée.

Car oui, mes chers amis, c’est la seule option qu’il nous reste. Tous les appels factieux sont à proscrire, le rapport de force est tellement inégal que jamais, je n’enverrais qui que ce soit à la mort.

Nous devons nous battre sur leur terrain: l’art, le divertissement, la beauté du geste . Qu’a fait le système quand les manifestations avaient encore un peu de sens et qu’elles battaient leur plein? Un méga concert : le «global citizen live», avec tout le monde: Lady gaga, Elton John, Black Eyes Peace , Ed Sheeran … le Pape, Von der leyen…Comment réagit Fifi : plutôt que d’accepter mon idée de faire un concert en contre attaque, il a refusé et il a ouvert un stand de saucisses… Ils ne veulent pas gagner, ils veulent briller, s’engraisser, tout en maintenant les gens dans un brouhaha insupportable empêchant toutes réflexions cohérentes. C ‘est d’ailleurs la fin de non recevoir que j’ai eue en guise de réponse: «La musique qu’on diffuse en manifestation n’a aucun but artistique, elle est là pour empêcher les gens de s’exprimer et pour leur faire crier les slogans que nous voulons qu’ils scandent.»

Le covid nous a tous changés et je n’échappe pas à la règle. Je suis passé de chanteur de camping à une entité héroïque portant sur ses épaules le poids le plus lourd qui soit: convaincre en faisant rêver telle est ma mission, maintenant et pour toujours.

Le travail doit être fait et pour l’instant je n’ai vu personne à la hauteur pour le faire…Donc, c'est moi qui m’y colle.

Pour conclure, la résistance, de mon point de vue, c’est trois choses:

  1. antipass sanitaire

  2. anti immigration incontrôlée.

  3. anti islamo-gauchisme.

Si vous ne cochez pas ces trois cases là, vous êtes volontairement ou sans le savoir, des alliés objectifs du marcronisme , covidisme, mélenchonisme …appelez cela comme vous voulez. Pour ceux que je choquerais, réalisez que vous ne rencontrerez pas de grande opposition si vous revendiquez l’inverse.Le mot résistance a un sens.

La résistance triomphe toujours, même quand elle perd. La résistance ne meurt jamais.

 

 

 

La rédaction

 

Fhom, Rémy Tarrier, Yvan Dautin : la chanson résiste !

FotoJet (3)

Il n'y a rien à faire : malgré la domination dans les charts des musiques urbaines ou de la grosse variété, malgré un nivellement par le bas depuis trop longtemps déjà des acteurs privés et publics de la culture, malgré l'absence de curiosité et de connaissances des journalistes, une certaine chanson à texte existe, résiste, se défend. Le public qui l'écoute devrait lui aussi voir ses goût davantage representé dans les médias. Mais comme chantait Anne Sylvestre dans 'Un mur pour pleurer' en 1974 : 'on écoute plus les poètes, les errants'. Et bien tant pis !

 Fhom, dont nous vous avions déjà parlé, alterne deux spectacles au beau Théâtre de l'Île Saint-Louis, Paris 4. Le 16 juin, il donnera son dernier spectacle avant l'été, 'Félicita', une ode à la Joie, celle de vivre, d'aimer. On lui doit des pépites comme 'Cils', 'Ton paradis'.

Rémy Tarrier revenu dans le milieu chanson après des années d'absence, sera sur la scène du Connétable, Paris 3, le 22 juin. On lui doit le mini-tube aigre-doux 'Il n'y aura pas de match retour' (1982).

 

Et puis enfin, Yvan Dautin (on, ne vous le présente plus, il ne faut pas exagérer) sera sur la scène de l'Epallle Théâtre, à la Ricamarie . Et c'est là aussi un événement, ce sera le 16 juin.

 

 

L'occasion de réaffirmer avec force notre mantra  : la chanson n'est pas morte !

 

La rédaction

 

 

Posté par Luc_Melmont à 17:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

Que reste t-il de Pauline Julien ?

Que reste t-il de Pauline Julien ?

[Dossier] 

 

Pauline Julien - Allez voir vous avez des ailes

 

 

...C'était bien avant les vocalises explosives de Céline Dion, native de Charlemagne (Québec). C'était avant les vocalises plaintives de Mylene Farmer, native de Pierrefonds (Québec). C'était encore avant les vocalises rock de Diane Dufresne et celles plus variétoches de Fabienne Thibeault, natives de Montréal (Québec). C'était avant la voix désespérée flanquée d'une guitare d'une Diane Tell, native de...Québec (encore), avant la voix plutôt classique d'Edith Butler, native de Paquetville (Nouveau-Brunswick), perdue dans les méandres d'une musique folk assez commerciale (dans laquelle on mettra aussi Lynda Lemay, native de Portneuf, Québec, qui nous laisse toujours un goût de je-ne-sais-quoi d'imposture). C'était longtemps avant les errances expérimentales de Klô Pelgag, native de Gaspésie. 

Avant ? 

Et bien il y avait Pauline Julien. 

Pauline Julien - Le plus beau voyage

 Elle est l'ombre qui plane sur la culture canadienne après la seconde guerre mondiale (avant elle, il y eut la Bolduc) : nous disons bien canadienne et non québécoise, car elle jouissait d'une notoriété indiscutable par son talent, la sincérité de ses engagements dans le Canada anglophone, pourtant peu enclin à reconnaître l'apport des francophones au roman national (on retiendra son passage à l'émission Three women, sur la chaîne SRC, à Toronto en 1975). Et puisque nous y sommes, l'ombre de Pauline Julien plane sur la chanson francophone. Pourtant, vous nous direz, on ne la voit plus nulle part, on ne la cite plus nulle part, en tout cas pas en France (ou si peu), aucune diffusion radio, aucun souvenir que ce soit à la presse ou à la télévision. Certes. Pauline Julien est l'éléphant dans la pièce, pour reprendre cette expression anglaise. Avant-gardiste de son vivant, avant-gardiste dans l'au-delà. Après tout, les médias et leur frénésie pathétique de buzz sont-ils adaptés à une personnalité de cette trempe ? Peuvent-ils seulement l'appréhender sans la simplifier, sans la caricaturer ? Ceux et celles qui l'ont aimé, qui s'en souviennent, qui sont encore vivants, refusent de l'oublier.

 

affiche-format-40x60-cm-pliee-en-deux-pauline-julien-annees-80-1125530304_ML

avant

 

Et si le temps faisait son œuvre ? En France on redécouvre Barbara vingt ans après sa mort (un peu plus). Le vendredi 8 juin, le Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts était plein à craquer pour applaudir le spectacle La Renarde, hommage de 14 chanteuses à Pauline Julien. Une belle ouverture pour la trentième édition des Francos de Montréal. On pense aux propos de la chanteuse comédienne Inès Talbi : « Si elle avait été un homme, elle aurait eu une rue qui n’est pas une espèce de quatre mètres avec des immeubles pareils, derrière un parc. Elle aurait eu un boulevard, un aréna et probablement une station de métro » (interview accordée à Radio Canada). Oui sans doute. Mais entre un hommage vivant, chaleureux, original et un nom plaqué à l'entrée d'une station de métro que les gens utilisent par habitude, nous nous demandons si l'hommage n'est pas mieux. Après, évidemment, l'un et l'autre ne sont pas incompatibles.

 

JulienDSC_0387

 Oeuvre du muraliste Laurent Gascon, rue Ontario, Montréal  (source: jacqueslanciault.com) 

Mais alors du côté français, que se passe t-il concernant Pauline Julien ? Pas grand chose. Mais quelques choses. Nous avons choisi de fêter les dix ans de notre blog en rappelant l'importance de la chanteuse. Mais plutôt que de dresser une litanie d'événements chronologiques, flanquée de la sempiternelle discographie, nous avons privilégié le témoignage d'artistes actuels liés d'une façon ou d'une autre à Pauline Julien. Soyons francs, ce ne fut pas chose facile, vraiment pas. Certains artistes sollicités n'ont tout simplement pas répondu. Une autre chanteuse qui a le vent en poupe au Québec a répondu via son secrétariat qu'elle n'avait pas le temps. Il ne nous appartient pas de juger. Nous savons à quel point il est délicat aux artistes de leur demander de parler d'autres artistes. L'artiste a son ego. On peut le déplorer, évoquer la solidarité, la piété, la morale et tout le reste, les artistes sont les artistes et sans cet ego, ils ne monteraient pas sur les scènes, ils ne feraient pas de disques, n'apparaîtraient pas dans les clips. Les artistes qui ont accepté d'évoquer leur rapport à Pauline Julien ont leurs propres parcours, destinées, ce sont des fortes personnalités, plutôt hors-courants, il faut bien dire, et qui sait, ce n'est peut-être pas un hasard s'ils ont chanté/chantent Pauline Julien. On ne les remerciera jamais assez.

 

 

***

 

 

FAUCHER par Norbert

 

Céline Faucher par Norbert Gabriel

 

Si les Francos de Montréal ont proposé un spectacle-hommage à Pauline Julien, rien de nouveau à l'horizon, contrairement à ce que les médias essayent de faire croire. Voilà des années que la chanteuse québecoise Céline Faucher sillonne le Québec ET la France avec ses tours de chant consacrés à la Julien. Elle est la femme interprète la plus régulière, incontestablement et on peut dire qu'elle a contribué à maintenir jusqu'à maintenant un intérêt pour la chanteuse, même quand les médias (tous supports confondus) étaient plus discrets. Son témoignage sur Pauline Julien est plein d'enseignements, nous avons choisi de le livrer tel quel.

 

 

pochetteCD

  

PAULINE JULIEN De pasionaria à oubliée…

 

(Céline Faucher) 

 

Pauline Julien était auteure, interprète et comédienne. Elle a pris parole à travers ses chansons. Les québécois, les femmes et les gens de partout se sont reconnus à travers ses mots. Elle a chanté au Québec, dans l’Ouest canadien, en France, en Suisse, en Belgique, en Russie, à Cuba... On l’a nommé, bien malgré elle, la Passionaria du Québec et pourtant, 20 ans après son décès je me fais dire régulièrement, mais voyons, qui s’intéresse à Pauline Julien, plus personne ne la connaît ! Et pourquoi une interprète chanterait une autre interprète ? 

 

Pauline Julien est née à Trois-Rivières le 23 mai 1928. Très tôt cette petite dernière d’une famille de onze enfants rêve de faire du théâtre, de chanter et de danser ! C’est en 1946, à Québec, avec les Comédiens de la Nef qu’elle fait ses débuts au théâtre. Par la suite, elle poursuit cette aventure à Montréal avec la Compagnie du Masque à Montréal. (1) À cette époque, il n’y a aucune école de théâtre au Québec. Les comédiens apprennent leur métier « sur le tas » comme on dit. C’est l’époque de la grande noirceur au Québec. En 1951, elle décide donc, à l’instar de plusieurs artistes québécois, de s’installer à Paris pour y étudier le théâtre. Et c’est le Premier-Ministre du Québec, Maurice Duplessis, qui lui offrira une petite bourse pour qu’elle puisse étudier le théâtre à Paris ! 

 

Son premier séjour à Paris durera 6 ans et c’est le théâtre qui lui offrira ses premières expériences en chanson. Le plaisir de chanter, plaisir partagé avec le public, l’incitera à suivre des cours de chant. C’est le début d’une longue carrière qui passera par les cabarets parisiens de la Rive gauche jusqu’à ses derniers concerts en France et au Québec; Gémeaux Croisées (avec Anne Sylvestre) et Voix parallèles (avec Hélène Loiselle). 

 

Bien sûr, nous nous souvenons d’elle aux « dates anniversaires de son décès »… Mais entre les 10 ans, 15 ans… 20 ans… Où se trouve-t-elle dans le panorama de la chanson ? Pourquoi dit-on que plus personne ne s’intéresse à Pauline Julien ? Avons-nous un problème de mémoire ? Est-ce parce que Pauline Julien était une femme et qu’elle osait dire tout haut ce que les autres pensaient tout bas ? Est-ce parce qu’elle est associée à l’indépendance du Québec ? Au combat pour la langue française au Québec ? Au mouvement féministe ? Est-ce parce qu’elle « n’était qu’une interprète » ? Est-ce parce que l’industrie de la musique, toujours à la recherche de succès instantanés, a mis de côté les chansons « dites à textes »… des chansons ayant du contenu à travers lesquelles les gens se reconnaissent ? Est-ce parce que le public habitué aux spectacles télévisés, aux « Star Académie », aux succès de l’heure qui tourne en boucle à la radio et que l’ont peut télécharger en un clic sur Internet n’est plus curieux ? Est-ce parce que la chanson francophone n’est plus à la mode ? Est-ce parce que son public vieillit et qu’il est moins nombreux ? 

 

Voici ce que je réponds : 

 

Pauline Julien n’était pas « qu’une interprète », en tant qu’artiste, elle a contribué à faire découvrir des auteurs, des poètes de la francophonie, à faire rayonner leur oeuvre partout où elle s’est produite; a signé plus d’une trentaine de textes sans oublier tous les auteurs qui lui ont écrit des textes dont elle est, encore à ce jour, la seule interprète et que ce répertoire, toujours d’actualité, parle autant aux jeunes qu’aux moins jeunes.. Il suffit de faire l’effort de les atteindre; 

 

Pauline Julien avait des convictions, femme intègre, entière, elle était avant-gardiste; a fait des choix…ses choix; s’est impliquée socialement pour les causes qui lui tenaient à coeur, généreusement envers les gens qui vivaient des difficultés et que par ses actions, par la chanson, elle a pris parole pour eux. 

Céline Faucher - Litanie des gens gentils

 Ce que je constate aujourd’hui, c’est que malgré tout, à chaque fois que j’ai la chance de chanter Pauline Julien, que ce soit au Québec, en France ou en Suisse, les gens viennent pour entendre à nouveau le répertoire que Pauline Julien nous a fait connaître et qu’elle a contribué à bâtir. Un répertoire qui leur manque et qu’ils ont eu plaisir à découvrir ou à redécouvrir ! Nous avons tous le devoir de nous souvenir de ceux qui nous ont tracé le chemin et Pauline Julien fait partie de ces gens.   

Qui s’intéresse à Pauline Julien ? Je vous réponds, beaucoup plus de gens que vous ne le pensez !  

Céline Faucher (2012 / mis à jour en 2018

(1) Archives Nationales du Québec  

Voici là un vibrant témoignage écrit à l'origine à la demande de feu Gérard Gorsse pour son site Chanson Rebelle (pour un dossier qui ne vit jamais le jour). Céline Faucher a beaucoup tourné avec son spectacle 'A la rencontre de Pauline Julien' au Québec, en France. On peut, n'ayons pas peur, parler de mission, c'est une mission, belle, que de faire voyager tout en mettant au goût du jour, le répertoire d'une artiste. Et ça marche, partout où Céline Faucher passe, le public vient !

Maman, ta petite fille a un cheveu blanc - Céline Faucher

 

 ***

2

 Jann Halexander par Pierre Orcel 

En France, Jann Halexander ('Papa, Mum', 'Aucune Importance', 'C'était à Port-Gentil') est à notre humble connaissance le seul homme à chanter Pauline Julien. Ses interprétations sont passionnées (trop diront certains) mais c'est à l'image du chanteur qui a souvent repris également Anne Sylvestre, Francis Lemarque. En pleine préparation au moment où nous le sollicitions, d'un concert à l'Archipel (qui affichait quasi-complet, c'était le 31 mai dernier), il a accepté de se livrer sur la chanteuse québécoise. 

'Pour moi, Pauline Julien c'est d'abord un visage qui m'a marqué, pour faire bref, lors de mon enfance à Ottawa à la fin des années 80, j'étais à une sorte de kermesse, tout petit, des gens vendaient leurs disques, et il y avai un disque avec le visage d'une femme, au port altier, sublime, j'étais captivé (par la suite, j'appris que c'était la pochette du disque 'Allez voir, vous avez des ailes').

Plus tard, je l'ai redécouverte à travers le disque live 'Gémeaux Croisés' avec Anne Sylvestre. Puis j'ai découvert peu à peu presque tout son répertoire. La chanson 'L'étranger', c'est de la haute volée. Pour un artiste aux origines africaines comme moi, cette chanson me parle. J'ai commencé par chanter régulièrement à partir de 2013, dans mes tours de chant 'l'âme à la tendresse', qui est l'une des plus belles chansons en général, pour moi. Le texte est court, puissant, profond et la musique est magnifique, l'introduction musicale à chaque fois me donne les larmes aux yeux. J'ai choisi de lui consacrer un spectacle en ce début d'année, en mélangeant mes chansons aux siennes, faire le lien, car la chanson est transmission aussi, voire surtout. A chaque fois, beaucoup de monde, on a dû refuser des spectateurs. Mon bonheur c'est que de nombreuses personnes venues voir ce tour de chant ne connaissaient pas du tout Pauline Julien et ont eu envie de la découvrir davantage après.

Jann Halexander - L' étranger (Pauline Julien)

Il y a beaucoup de similitudes entre elle et moi : le côté force de caractère, un certain entêtement farouche, une quête de liberté, de transcendance, une exigence pour cette citoyenne du monde que les hommes se respectent, avec leurs différences. Quand elle chante 'Le temps des vivants', je tremble, quand elle dit 'je préfère l'indépendance à leur existence de troupeau', j'acquiesce. C'est quelque chose hélas qu'on connaît en Afrique, dans trop de pays, où les gens sont prêts à survivre sous des dictatures et à vivre comme des zombies terrifiés, qui traitent en pestiféré celui qui se lève et dit 'ça suffit'. Pauline Julien, c'est une personne entière : chanteuse, écrivaine, militante, oui ça me parle, ça entre en résonance avec mon parcours personnel. Et son choix de textes en tant qu'interprète m'impressionne par sa diversité : Vigneault est en voisinage avec Kurt Weil, Boris Vian croise Anne Sylvestre. Et les musiques sont très travaillées, il y a des accents pop, variété de qualité, on retient les airs. Il y a quelque chose de mystérieux dans mon rapport à Pauline Julien, je le dis clairement, je me fiche éperdument de passer pour un mystique. Le fait que sa fille me donne le feu vert pour le spectacle, avec un enthousiasme incroyable, qui fait chaud au cœur, c'est un signe, je l'en remercie. Elle m'a beaucoup encouragé, des mots simples qui donnent de la force. Et puis...il faut dire que Pauline Julien était une belle femme. Il y a chez elle un certain magnétisme. Incontestablement.

Je frissonne quand j'écris sur elle, vraiment. Je voudrais faire un disque de reprises. J'ignore si et où et comment le spectacle 'A Nos Tendresses' va continuer, j'essaye de le défendre en parallèle du spectacle 'A Vous Dirais-Je', mais le disque de reprises c'est l'occasion de laisser une belle trace. Elle est un peu oubliée par beaucoup de canadiens, j'ai l'impression. Devant un cabaret, une fois, à Paris,  après un concert que j'avais donné, je discute avec un groupe de touristes québécois, un peu plus âgés que moi. Aucun ne la connaissait. J'avoue que cela m'a fait mal au coeur. C'est d'ailleurs étrange, mais je me sens blessé, je le prends pour moi, quand en face on me dit 'Pauline Julien, bôf'. Mais cela ne sert à rien de trop s'attarder sur ça. Tout passe, de toute façon, on est toujours l'inconnu de quelqu'un. Mais à mon niveau, si je peux contribuer à ce que de temps en temps son astre brille, alors je le fais, j'aime le faire.'

Jann Halexander chante Pauline Julien 'LA SOLITUDE ENCORE'

***         

Pauline

 

Il me reste un pays/Pauline Julien

         La personnalité et les chansons de Pauline Julien sont un défi lancé aux promoteurs du fédéralisme canadien, rêvant d'un pays lissé, uni, consensuel de Vancouver à la Gaspésie. Le Canada de Trudeau fils ne peut pas récupérer facilement l'héritage d'une femme, indépendantiste, qui fit de la prison pour ses idées, au même titre que son compagnon, l'homme politique Gérald Godin, une femme qui chante 'Je suis Québec mort ou vivant'. Le Canada de Trudeau fils préférera Céline Dion à une chanteuse qui refusa de chanter devant la Reine Elizabeth II en 1964 et qui fit de la prison pour ses convictions en 1970, sous le gouvernement de ...Trudeau père. A la limite le canadien post-fédéraliste consentira à évoquer avec tendresse la figure de Félix Leclerc, le mettant dans un rayon gentil folklore québécois et en omettant soigneusement son attachement à l'idée d'un Québec indépendant : que voulez-vous, on pardonne plus facilement à un homme qu'à une femme.

Pauline Julien s'exprime sur son arrestation pendant la crise d'octobre 1970

  

        D'ailleurs, parlons-en de la condition féminine : le féminisme contemporain n'évoque presque pas Pauline Julien. Peut-être parce qu'elle était consciente d'être belle, s'attachait à être belle et utilisait sa stupéfiante féminité comme une arme. Cette attitude passe mal vis à vis d'un certain courant féministe qui voudrait que le fond prime sur la forme et qui considère qu'être sexy est, pour une femme, une soumission à l'ordre masculin. Bien sûr, nous caricaturons...à peine. Pauline Julien aimait les hommes, elle chante leurs textes : Gilles Vigneault, Michel Tremblay...elle les aimait autour d'elle, elle leur chante de magnifiques déclarations d'amour ('Je vous aime', 'La solitude'), elle aime leur faire l'amour. Elle ne s'excuse pas, ne se justifie pas d'aimer les hommes. Et peut-être que ça passe mal vis à vis d'un certain courant féministe (important sans être représentatif) qui préfère le silence, gêné. Et puis la Julien invite les femmes à la sensualité, il faut écouter, savourer 'Allez voir, vous avez des ailes'. Il y a une charge érotique, soyons honnêtes, quand elle chante, une sensualité exacerbée qui explique les publics conquis et les salles pleines (quand les ventes de ses disques étaient plus modérées), lorsque la Julien débarque avec sa flamboyante crinière brune-rousse, ses seins pointés visibles sous son chandail. Certains diront qu'elle exalte la féminité et l'appel à la sensualité, d'autres crieront à la provocation.

 

Pauline Julien en scène

 

         La mémoire et l'oubli. Nous évoquions plus haut à quel point l'ombre de Pauline Julien planait sur la culture canadienne. Oui, beaucoup de gens se souviennent d'elle ici et là, son nom figure dans de nombreux ouvrages. On ne peut pas en dire autant de toutes ces chanteuses pop québécoises des années 70, complètement oubliées. A travers ce dossier, nous essayons tant bien que mal de réaffirmer l'importance incontestable de Pauline Julien. La journaliste à polémiques Denise Bombardier, dans son dictionnaire amoureux du Québec, évoque la Julien 'excessive' qui 'engueulait' ceux qui critiquaient le Québec et le mouvement indépendantiste. Le déclin relatif de Pauline Julien débute à l'aube des années 80 (qui voient le triomphe de Starmania, sur un livret du québécois Luc Plamondon, avec Louise Forestier dans le rôle de Marie-Jeanne) : l'échec du référendum pour un Québec indépendant le 20 mai 1980 donnera un coup d'arrêt aux élans lyriques indépendantistes portés par les artistes, les intellectuels, les politiques. Enfin, soyons francs, la cause indépendantiste poussée dans ses retranchements n'a pas laissé que de beaux souvenirs, en témoignent le kidnapping et l'assassinat du ministre Pierre Laporte par le Front de Libération du Québec. L'odeur de mort expliquera sans doute en partie les échecs des indépendantistes aux élections. Et l'adhésion d'une large partie de la société québécoise à l'histoire canadienne, au fédéralisme canadien.

vlcsnap-4334-11-16-04h43m55s879

 

vlcsnap-6997-04-12-09h20m13s399

 

Pauline Julien - La Manic

 

                  Et 'l'Amérique française' (raccourci facile pour désigner le Canada francophone) devint alors...l'Amérique tout court. Celle d'une culture mainstream, pas forcément mauvaise en soi, mais différente. Les chanteurs de pop anglophones affolent les top 50 au Québec, et à l'aube des années 90, Céline Dion débarque dans le paysage audiovisuel, suivie dans le sillage des vocalises galactiques de Lara Fabian, venue de sa Belgique natale faire carrière au pays de la feuille d'érable. Les québécois, plus largement les canadiens francophones, veulent qu'on leur parle d'amour gentillet et non de passions amoureuses, de tolérance universelle et de bons sentiments, pas d'élans nationalistes lyriques. Un nouvel air souffle sur la société québécoise. Autrefois 'nègres blancs' (pour faire allusion au livre de Pierre Vallières, paru en 1968), les québécois sont devenus des blancs comme les autres, de classe moyenne, de classe supérieure, ils possèdent une partie du pouvoir économique canadien (quand autrefois, au Québec, la majorité des entreprises étaient aux mains des anglophones), du pouvoir politique (si l'indépendance n'a pas eu lieu, l'autonomie a été renforcée), bref, ils mangent bien, sont de grands consommateurs et ne se font plus autant d'inquiétude sur leur place dans l'Amérique du Nord. D'ailleurs, que la langue française perde objectivement du terrain, y compris à Montréal ne semble pas trop leur poser de problème de conscience. Alors comment, dans ce contexte, des chansonniers indépendantistes pourraient susciter l'engouement comme ce fut le cas pour Gilles Vigneault , Pauline Julien, Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland dans les années 70 ? D'ailleurs, il suffit de comparer les dernières productions de Ferland aux anciennes. On perçoit une tendance à lisser, 'aseptiser' les chansons. Vigneault propose des compilation ou encore des disques de duos (avec Nana Mouskouri, Anne Sylvestre, Aznavour). Et tant pis pour les nuances, les subtilités, les audaces d'esprit. Qu'on ne vienne pas nous dire à la rédac que nos propos ne représentent que nous-mêmes. Cela aurait pu être le cas, mais certaines personnalités médiatiques actuellement sonnent quand même le tocsin sur la façon dont des pans entiers de la culture québécoise tombent dans l'oubli un peu vite, Denise Bombardier l'a dit, écrit avec les levées de bronca que cela suscite. Le déclin de tout un patrimoine qui élèverait les gens vers le haut s'accélère dans une société où seulement 11 % des Québécois sont en mesure de résumer des informations tirées de textes longs et complexes (dixit le Journal de Montréal en 2016). Et nous depuis la France, qui écrivons sur les mutations, les soubresauts du monde 'chanson', cette situation nous interpelle, nous incite à la vigilance, y compris pour l'hexagone.

Pauline Julien - Mummy extrait concert

 

Bon. Nous parlions de Pauline Julien, et nous parlons histoire, politique, sociologie. Eh, mais qu'est-ce que vous croyez ? N'écoutez-pas ceux et celles qui voudraient faire croire qu'il y a les chanteurs d'un côté et la société de l'autre : la culture EST politique. Il faut rappeler les perfidies sur Pauline Julien, soupçonnée de clamer son engagement militant pour vendre. D'ailleurs encore maintenant, elle n'échappe pas à ce sobriquet de chanteuse indépendantiste comme si elle n'avait été que ça. L'un de ses plus grands succès évoque la vie de couple et non le Québec, ou la guerre : 'As tu deux minutes' le 19 février 1972 atteint la sixième place du palmarès francophone. Ce n'est d'ailleurs pas tout à fait une chanson, mais le parlé d'une femme à son mari. La tentative de dialoguer dans un couple au bout de plusieurs années. Un titre qui marqua profondément l'enfance de l'universitaire Michel Rheault qui sort en 1993 l'ouvrage 'Les voies parallèles de Pauline Julien' chez Gallimard Montréal, qui sera réactualisé en 1998.

Pauline Julien - 8 heures 10 (As-tu 2 minutes ?)

Pauline Julien - Chu tannée Roger

 A noter par ailleurs que Michel Rheault a écrit un ouvrage tout aussi intéressant consacré à Dalida, en 2002 et réactualisé l'an dernier, 'Dalida, une œuvre en soi'. 'Les voies parallèles' sont un ouvrage plus digeste que l'imposante biographie malheureusement trop superficielle signée par Louise Desjardins, 'La vie à mort', paru en 1999. Ouvrage qui tout de même met l'accent sur une Pauline Julien chanteuse du tendre comme capable de faire la révolution quand il le faut et aussi sur une dimension plus 'dark' : la chanteuse pense souvent à la mort, c'est quelque chose de criant dans les textes, notamment 'La vie oui' sur son dernier disque 'Où peut-on vous toucher ?', paru en 1986. Mais ne nous trompons pas, elle ne se complaît pas dans l'idée de mort, elle évoque pour mieux saisir l'urgence de vivre et d'aimer. Il demeure une réelle mélancolie dans nombre de ses chansons, à l'instar de Dalida : femmes célèbres, femmes fortes, femmes voulant maîtriser leurs vies du début à la fin, femmes refusant le droit aux autres d'avoir prise sur leurs chemins de vie, et qui décident de se donner la mort (pour des raisons différentes, certes) à neuf ans d'intervalle. Aux puristes, aux claniques qui s'étonneraient que dans une même phrase, on mette Pauline Julien et Dalida : d'abord par ici, nous le rappelons encore, ces courants, les clans, les étiquettes nous ennuient profondément (pour ne pas dire nous emm...).

Pauline Julien ' Une sorcière comme les autres' extrait concert

default

DSC_0373-copy3

 

          Ensuite...Pauline Julien fut une star. Non, pas une personnalité reconnue. Pas une chanteuse intéressante. Ce qui aurait été très bien aussi, évidemment. Mais non, elle fut une star. Celle qui à la fin des années 70 porte des robes à paillettes, les cheveux longs, de beaux bracelets, de belles bagues. Qui décide d'arrêter les tours de chant au milieu des années 80 tels qu'elle les faisait habituellement. Parce qu'elle est fatiguée d'attendre le bon vouloir des directeurs de salles pour être programmée (micro-entretien dans 'Paroles et musique'). Logique, on ne fait pas attendre les stars. Après tout, elle a chanté en France, en Belgique, en Suisse, en Pologne, en Russie. Pour son dernier disque, toujours pas réédité en album cd ou en digital (mais que font les maisons de disques de leurs pépites?), relativement passé inaperçu, elle réinterprète le fameux et drôle 'Voyage à Miami' (Luc Plamondon / François Cousineau), elle livre une version martiale de 'Rien qu'une fois faire des vagues' d'Anne Sylvestre et interprète deux chansons dont la musique est signée Marie-Paule Belle : 'La peur' et 'Les sentiments'. Côté musiciens, on note la présence de ...Manu Katché à la batterie. Ses colères ressemblent aux colères de la Callas, comme le rappelle Richard Boivin dans 'Mémoire des âmes', paru en 2013, lorsqu'il évoque Pauline Julien à Antenne 2 qui envoie paître Brigitte Bardot : ''C'est pas une millionnaire qui va me dire quoi penser !''. La Bardot, déjà impliquée dans la défense animale reproche à la chanteuse de prendre la défense des chasseurs de phoques sur l'île de la Madeleine, en évoquant l'hypocrisie des français qui gavent les oies. Une telle séquence en 2018 ferait le buzz, c'est certain.

 Pauline Julien : 'Maman ta petite fille a un cheveu blanc'

  

'Jusqu'où peut-on vous toucher' passe relativement inaperçu, se vend peu. Et la Julien ne se satisfait plus des tours de chant classiques.

 

b11846da75a49a53df159e3e039e3a3e

 

Pauline Julien - Urgence d'amour

 

En 1984 (deux ans avant qu'elle annonce son intention d'arrêter les spectacles en solo), elle joue dans Grandeur et décadence de la ville de Mahogonny. Elle n'a jamais vraiment délaissé Brecht & Weill, puisqu'en 1978, elle interprète le rôle d’Anna (dansé par Sylvie Kinal-Chevalier) dans le ballet Les Sept Péchés capitaux de Weill. En 1985, infatigable, elle défend les chansons de son dernier disque au Québec, en Algérie, en Italie, en Suisse, au Luxembourg, en Belgique, en France. 

 

GO-88-89-Gémeaux-croisés-027-©-Josée-Lambert

                                         Pauline Julien, Espace Go, Gémeaux Croisées. Par Josée Lambert, 1988/1989

Anne Sylvestre et Pauline Julien (1988) "Rien qu'une fois  faire des vagues..."

Anne Sylvestre et Pauline Julien, "Télé Caroline" 1988

 La visite d'Anne Sylvestre, une amie, autre star de la chanson venue de France, de passage au Québec, va donner naissance à une belle idée bientôt concrétisée en un spectacle devenu depuis mythique : 'Gémeaux croisés' en 1988. Ce n'est pas tout à fait un concert, ce n'est pas du théâtre, mais un spectacle de chanson théâtralisé. Il n'existe pas à notre connaissance de vidéos de ce spectacle, ce qui renforce sa dimension mythique évidemment tant il marqua le public. Anne monte sur le piano, Pauline s'époumone à chanter Brecht, allusion à ses débuts, il y a de l'émotion, beaucoup d'humour, de tendresses évidemment. La première a lieu au théâtre Maxime Gorki, à Berlin. Le spectacle bénéficie d'un partenariat avec Air Canada, est présenté au Canada, à Saint-Pierre et Miquelon, en France, en Belgique, en Suisse. Rétrospectivement, la complicité Julien-Sylvestre est évidente, inévitable. Deux femmes, certes, pas tout à fait de la même génération, la canadienne étant un peu plus âgée, mais deux femmes, chanteuses, libres, féministes assumées et ne cachant pas leurs belles colères. Pauline Julien a beaucoup chanté Anne Sylvestre notamment 'Non tu n'as pas de nom', 'Une sorcière comme les autres' et a très probablement contribué au succès outre-atlantique d'Anne Sylvestre, peut-être plus vite reconnue au Canada qu'en France à cette époque (nul n'est prophète etc etc). Une autre anecdote au sujet de ce spectacle, pour l'occasion, les chanteuses furent parmi les premiers artistes à utiliser le micro sans fil, pour se mouvoir plus facilement. Il faudra attendre les années 90 pour voir la pratique se généraliser. Les années 80 sont d'ailleurs propices à une certaine forme d'audace : Barbara prend un chapiteau pour un mois en 1981, Catherine Ribeiro investit Bobino pour 3 semaines, Julien Clerc est le premier chanteur à se produire à Bercy en 1985, suivi d'Higelin, Mylene Farmer en 1989 devient la première chanteuse européenne à proposer des shows dits à l'américaine. Il règne dans de nombreux courants musicaux une forme de folie étrange qu'il faudra peut-être analyser un jour ou l'autre sans forcément idéaliser les années 80, comme trop de gens font (journalistes et programmateurs en tête).

 

GO-88-89-Gémeaux-croisés-008-©-Caroline-Rose

 Anne Sylvestre & Pauline Julien par Caroline Rose, Espace GO, 1988/1989

 

Après 'Gémeaux croisés' , Pauline Julien présente un dernier spectacle atypique lui aussi, un récital de poésie, 'Voix parallèles', avec la comédienne Hélène Loiselle, en 1990. D'ailleurs au tournant des années 90, elle retourne vers le théâtre, là où elle a commencé dans les années 50, ne l'oublions pas : Rivages à l'abandon de Heiner Müller (1990), La Maison cassée de Victor Lévy Beaulieu (1991) et Les Muses au musée au Musée d'art contemporain de Montréal (1992). Cette urgence de vivre, car c'est de cela qu'il s'agit doit être mis en parallèle aux premiers symptômes qu'elle éprouve de sa maladie.

 

29

 

Pauline Julien est nommée en 1997 chevalière de l'ordre national du Québec. Pour l'ensemble de son œuvre... et quelle œuvre ! Il y a plusieurs périodes chez la femme : d'abord comédienne dans des troupes de théâtres qui sillonnent la France au début des années 50. Puis la chanteuse, notamment de Boris Vian, Brecht. Elle commence rive gauche, aux côtés d'Anne Sylvestre, Barbara, Léo Ferré. Elle emmène le style rive gauche à Montréal dans le cabaret Saint-Germain-des-prés dès 1958. Son premier disque sort en 1962 et on reste stupéfait par la grande productivité de la chanteuse, en moyenne un disque par an ! Dès la fin des années 60, elle chante les auteurs québécois. C'est une chanteuse diseuse aux cheveux plutôt courts, en choucroute, elle porte le tailleur, impeccable de la tête aux pieds, dont le talent d'interprétation est de la même trempe que Cora Vaucaire ou Catherine Sauvage. C'est alors quelques chansons : 'Jack Monnoloy', 'Bozo les culottes', 'Le rendez-vous', 'Ne vous mariez-pas les filles', Suzanne', 'La Manic', 'Ah que l'hiver'. Il y a la chanson, il y a le cinéma aussi, elle apparaît du milieu des années 60 au milieu des années 70 dans plusieurs films québécois :  La Terre à boire (1964), Fabienne sans son Jules (1964), The Trial of the Swordfish (1969), Bulldozer (1971), Pleure donc pas Germaine(1972), et La Mort d'un bûcheron de Gilles Carle (1973). Films peu connus en France, qui répondaient à une demande de tout un public québécois de se voir à l'écran. Le début des années 70, c'est une Pauline radieuse, crinière de lionne, robes et veste en jean qui chante devant des foules lors de concerts mémorables en plein air. Musicalement, elle devient plus rock, plus country même, et pop, en témoigne la richesse visuelle incroyable des pochettes de ses disques. La diction de bonne élève (sans connotation péjorative de notre part) a fait place à une diction assurée, et c'est alors toute l'urgence de vivre qu'on ressent à travers ses disques. On ne parle plus de fulgurance, mais de grâce avec ' Chu tannée Roger', 'Le plus beau voyage', L'âme à la tendresse', 'L'étranger', 'Litanie des gens gentils', 'Mommy', 'Urgence d'amour', 'Quatorze à table'. Les années 80 furent moins prolifiques avec toutefois quelques pépites : 'Maman ta petite fille a un cheveu blanc', 'Agricole'. Et les textes plus sombres aussi. 

Pauline Julien, intime et politique

 Il devrait y avoir pas mal d'actualités autour de Pauline Julien à la rentrée notamment avec la sortie d'un documentaire dont la bande-annonce donne l'eau à la bouche, intitulé 'Pauline Julien : intime et politique'.

 

VALERIE DESCHAMPS

                                                                                           Valérie Deschamps

Nous approchons vers la fin et proposons cet entretien avec Valérie Deschamps. Étudiante au Baccalauréat en Histoire à l'Université du Québec à Trois-Rivières et travailleuse communautaire, Valérie Deschamps milite activement dans les mouvements féministes et indépendantistes québécois. C'est dès l'hiver 2019, qu'elle débutera ses recherches sur Pauline Julien pour la maîtrise en Études québécoises, toujours à l'UQTR.

 

Pourquoi s'intéresser à Pauline Julien dans le cadre universitaire en 2018 ? Quelles ont été les réactions autour de vous au sujet de votre thèse ?

 

Étant étudiante au Baccalauréat en Histoire à l’Université du Québec à Trois-Rivières en plus d’être native de Trois-Rivières, j’ai eu l’occasion de voir et d’apprendre sur l’histoire culturelle de ma région et de mon Québec. J’ai « rencontré » des artistes de tout genre, dont un qui me parlait beaucoup, Gérald Godin. Après quelques recherches, j’ai réalisé que nous parlions relativement beaucoup de Godin tant dans la région qu’au Québec, mais qu’on ne parlait pas de Pauline Julien. Lorsqu’on parle d’elle, c’est souvent par l’entremise de Gérald. La jeune féministe en moi a trouvé cela déplorable qu’on ait mis de côté cette femme non seulement de grand talent, mais de cœur et de convictions. Qu’on parle de son conjoint, qui a certes fait de bien belles choses, mais rarement d’elle, en tant qu’artiste et femme accomplie.À l’époque dans laquelle nous nous trouvons, je crois qu’il est primordial de faire une plus grande place aux artistes féminines du Québec (et de partout dans le monde) qui ont souvent été oubliées par l’Histoire. On ne parle presque pas d’elles et ça, c’est malheureux. C’est pourquoi je veux remettre en lumière Pauline Julien. Tant son art, que son engagement politique à une époque où la nation québécoise était en pleine effervescence.D’ailleurs, lorsque j’ai présenté mon projet à quelques professeurs et collègues de mon université, les réactions ont été unanimement positives. Comme je cherche à comprendre et à démontrer l’implication politique et culturelle de Pauline Julien tant dans ses prises de position que dans son art, cela a intéressé non seulement des spécialistes de l’histoire politique que de l’histoire culturelle et sociale.

Cette thèse fera t-elle l'objet d'une publication ?

Il est malheureusement encore trop tôt pour le dire.. je ne suis encore qu’en préparation pour débuter officiellement la maîtrise. Cela dit, évidemment que j’aimerais en faire une publication future dans l’objectif de redonner à Pauline Julien, la place qui lui revient.

On dit souvent que Pauline Julien est oubliée, comment le percevez-vous au Québec, voire de façon plus large (au-delà du Québec).

Je vous dirais que même ici, en ces terres natales, elle est quelque peu oubliée. Cette année par contre, comme nous soulignons tant son 90e anniversaire de naissance que les 20 ans de sa disparition, il y a comme un retour du balancier. D’ailleurs, il y a un spectacle hommage qui a été mis sur pied et qui sera présenté un peu partout au Québec. Pourquoi n’en parlons-nous pas vraiment avant 2018? J’ai quelques hypothèses. Serait-ce à cause de sa position de conjointe d’un ministre et d’un poète bien connu soit Gérald Godin? Était-ce à cause de notre difficulté à reconnaître l’apport des femmes à la société québécoise? Par exemple au Québec, une seule femme a eu droit à des funérailles nationales et c’est Claire Kirkland Casgrain.. en 2016!) Sinon, nous sommes également en droit de nous questionner sur son œuvre. Est-ce parce que son art a un peu mal vieilli ? Tant de questions, mais nous ne pouvons avoir de réponse claire et certaine. Mais il serait intéressant de s’y pencher davantage.



Comment avez-vous découvert Pauline Julien ?

Œuvrant dans le milieu de l’Histoire ainsi que dans des réseaux indépendantistes, j’ai tout d’abord fait la connaissance de Gérald Godin. À la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie, la cellule des jeunes avait fait imprimer des chandails à son effigie. Après avoir lu quelque peu sur l’homme politique et culturel, j’ai fait la découverte de Pauline Julien. Je connaissais déjà la chanson « Mommy » qui est encore bien ancrée dans les mémoires des Québécois et Québécoise, et j’ai eu envie d’y aller en profondeur. J’ai alors commencé à lire sur elle, à parcourir sa musique, ses textes tout en me questionnant sur l’époque dans laquelle elle a évolué. Va s’en dire que cette période, soit la fin des années 1950 allant jusqu’à la décennie 1990 est une de mes périodes de prédilection. Il est donc tout naturel pour moi de réfléchir sur les acteurs et actrices ayant façonné le Québec de cette époque.


Quel regard portez-vous sur ceux et celles qui interprètent la chanteuse au Canada, en France, ailleurs ?

Malheureusement, je connais peu d’artiste qui a décidé d’interpréter les œuvres de Pauline Julien. Cela dit, comme elle a davantage interprété qu’écrit et composé la grande majorité de son répertoire, il serait difficile pour des artistes d’aujourd’hui de dire que la réinterprétation qu’ils en feraient viendrait de Pauline Julien. Par contre, quelques artistes l’ont fait notamment Émile Proulx-Cloutier qui lui, a plutôt pris l’essence même de la chanson « Mommy » pour lui donner une tout autre connotation. Il transforme cette chanson pour mettre en lumière la malheureusement disparition des langues des Premières nations qui s’effectue jour après jour. Un peu dans la même veine qu’à l’époque où Pauline a interprété cette chanson, mais avec des acteurs et un contexte différent.

EMILE PROULX-CLOUTIER - Maman (adaptée de -Mommy, Daddy- de Marc Gélinas et Gilles Richer)

Ariane Moffatt, Isabelle Boulay, L'Âme à la tendresse,  Montréal, 24 juin 2012

 "Mommy" (Pauline Julien) - Marie-Jo Therio

 

 Quelles chansons de PJ vous ont particulièrement marqué ?

Oh il y en a tellement!!! Tant la féministe que l’indépendantiste en moi sont comblées et sont marquées par les chansons de Pauline Julien. Parmi celles-ci, je peux très certainement mentionner « Le Temps des vivants » ainsi que la reprise d’Anne Sylvestre « Une sorcière comme les autres ». Il y a également « L’étranger », « Je vous aime » et « Mommy ». Mais je ne pourrais passer sous silence sa chanson « L’âme à la tendresse » qu’elle a elle-même écrite.

Pauline Julien - L'âme à la tendresse

 

***

Pauline Julien mit fin à ses jours le 1er octobre 1998 à Montréal. Jusqu'au bout, elle voulut rester maîtresse de sa vie. Naturellement, ce 1er octobre, certains médias s'en souviendront, et tant mieux. Mais ce n'est peut-être cela qui compte le plus. Une fois que les médias auront fait leur bonne action, de nombreux artistes, telles Céline Faucher, continueront de la célébrer, tout ou partie pendant encore de longues années. L'ombre de la Julien demeure, il faudra faire avec : n'est-ce pas plus mal ?

 

SUHUBIETTE

 

Hervé Suhubiette écrivit en la mémoire de PJ ctte très belle chanson : 'La bicyclette'. Une chanson, lente, lancinante, belle et douloureuse à la fois. Le chanteur toulousain au répertoire original qui s'adresse aussi bien au public adulte qu'au public jeune (à travers notamment des contes musicaux) nous a livré quelques mots sur la chanteuse.

La bicyclette

 « Ramenons pas nos fraises pour la chanson française / il n’est bon bec que de Québec » chantait Anne Sylvestre dans une chanson intitulée « Dis-moi Pauline ». J’avais une quinzaine d’année et un flot d’artistes québécois faisait en effet irruption dans ma chambre d’adolescent. Au milieu des 33 tours des Vigneault, Charlebois, Louise Forestier, Diane Dufresne, Beau Dommage et bien d’autres, un album de la dite Pauline.  « Pauline Julien en scène », un récital de 1975. Une tornade ! Un choc ! J’y retrouve immédiatement un je ne sais quoi de fougue, de présence scénique, d’engagement des Catherine Sauvage, Pia Colombo et autres chanteuses de cette rive gauche parisienne que Pauline Julien a aussi fréquentée. Mais ce que j’apprécie avant tout, c’est de découvrir une chanteuse ancrée dans son époque, attachée à son pays et à ses droits.  'L’ étranger', 'C’est marqué sur le journal', 'Litanies des gens gentils', 'Poulapaix',' Mommy', 'L'âme à la tendresse', 'Le plus beau voyage',  autant de chansons fortes qui traversent cet album que je connais aujourd’hui toujours par cœur. Pauline Julien n’a pas non plus oublié la modernité dans la couleur musicale qui habillent les chansons de ce récital : batterie, guitare basse, guitare électrique participent à la force, à l’engagement, à la flamboyance. Et puis, il y a surtout la découverte d’une voix au timbre si particulier. Une voix de diseuse, de théâtreuse, on sent bien dans sa manière de porter et dire-chanter un texte le passage du côté de chez Brecht. Chaleur, sensualité, tendresse, rire, humour, ironie, mordant, incisif, colère, il y a tout ça et bien plus dans ce grain de voix unique.

Et puis comme pas mal de ses collègues, elle aura aussi contribué à me faire découvrir, rêver, fantasmer un pays que je ne visiterai que bien plus tard.

 

Je n’ai par la suite raté aucun des albums qui ont suivi. J’ai été aussi remonter le temps pour à coup de vinyls d’occasions, CD, compilations me forger une intégrale de la belle Pauline. Une tendresse particulière pour ses quatre derniers opus et comme beaucoup, j’ai été bouleversé par ses recréations des chansons d’Anne Sylvestre. Je peux rajouter à la liste, un train pris pour aller l’entendre chanter sur scène à Pau quand j’étais étudiant, la déception de ne pas avoir vu « gémeaux croisés », une guitare sur laquelle j’ai chanté ses chansons. Et puis, ce petit article lu sur Télérama annonçant sa disparition suite à une maladie dégénérative. Immense tristesse mais je sais que sa voix et ses chansons feront toujours partie de mon univers.

 

D’ailleurs, elle ne tarde pas à venir se glisser dans une chanson, « La bicyclette », que j’écris en 2000, pour un spectacle constitué de portraits. J’ai pensé à la dernière chanson de son dernier album studio : « moi j’ai choisi la vie oui ! ». Et ça me renvoyait à cette injustice folle d’être privée de parole quand on a été animé d’une telle fougue.

 

Difficile entreprise d’écrire sur une personne disparue et sur le thème de la maladie. Je décide d’esquisser un portrait où je ne la nommerai pas, où j’essaierai d’éviter le pathos. Un portrait tendre avant tout. Une photo de Pauline Julien à bicyclette avec Julos Beaucarne donne le point de départ, de fil conducteur. Je glisse discrètement au gré des couplets et refrains un titre de chanson, d’album et même quelques mots empruntés à des « entrevues ». Il m’arrivera de chanter cette chanson sans parler de Pauline Julien, parce que le portrait et le thème sont assez ouverts pour que chacun y retrouve une personne mais c’est une belle récompense et une belle émotion quand des personnes en fin de concerts viennent me confier y avoir reconnu Pauline. Autre belle récompense que de voir la chanson traverser l’océan grâce à Anne Sylvestre pour être diffusée sur Radio Canada et d’être contacté par des québécois qui souhaitent la retrouver.

 

Avec le recul, je me dis aujourd’hui que j’ai sûrement eu envie de cette chanson comme une sorte d’hommage discret. Envie d’écrire sur elle parce que comme bon nombre d’artistes, elle a contribué à me nourrir, à motiver mon envie d’être chanteur. Je suis bien incapable de mettre des mots exacts sur ce qu’elle m’a transmis et légué, mais je sais que c’est quelque chose qui relèverait du rapport passionnel au métier, à la scène, d’une énergie, d’un courant impalpable, quelque chose de mystérieux et indescriptible.''

 

***

 

Pauline Julien - L'Âme à la tendresse.flv 

player" width="480" height="270" allowfullscreen="true">

Cette conclusion nous donne l'occasion aussi de préciser, que pour les dix ans de ce modeste blog, le dossier autour de Pauline Julien est le dernier de l'année. Il n'y aura donc pas d'articles après, jusqu'en décembre 2018. Pourquoi cette décision. Plusieurs éléments nous y ont conduit. La première raison, évidente : notre refus d'évacuer l'importance de Pauline Julien dans le patrimoine chanson. Faire un dossier dessus qui nous a pris cinq mois et mettre un article ensuite sur autre chose dans les deux semaines qui suivent n'a aucun sens. Ce blog s'adresse à des gens curieux et incite les gens qui tournent en rond dans leurs goûts à découvrir. Nous n'avons pas de beaux souvenirs avec des articles consacrés à Leny Escudero, Brel, avec la désagréable surprise de voir que soit tout un public d'internautes considère qu'au delà de leurs propres goûts et parfois de leur propre génération, il n' y a rien d'intéressant, soit que tout un public d'internautes refuse de découvrir ce qu'il connaît peu, par facilité intellectuelle. Nous nous positionnons sur le temps long, et insistons haut et fort sur les vertus de l'éclectisme. Lisez, relisez, partagez cet article. Les querelles de clans n'apportent rien à la culture, qui vaut bien plus que ça. Ensuite, si vous avez suivi un minimum les informations, vous savez que le droit d'auteur et le droit d'interprète sont en danger. Dans le cadre français, la Sacem, le Spedidam, l'Adami font leur boulot du mieux possible. En paraphrasant un internaute avec qui nous discutions sur facebook, il est déplorable que bien des gens, y compris des artistes, préfèrent casser du sucre sur la sacem que sur les GAFA (dont nous ne dépendons que trop, hélas). A partir du moment où les gens ont le droit d'écouter un artiste, celui-ci a le droit d'être rémunéré et largement plus que des miettes. Pauline Julien était une chanteuse interprète qui a servi les auteurs. Elle écrivit elle-même nombre de ses textes. Et en cette période de soubresauts pour les droits basiques des artistes, sa figure est un symbole, ce symbole est un phare.

La rédaction

Pauline Julien en spectacle à l'émission Vedettes en Direct

 

Le site Encyclopédisque propose une discographie assez fournie : www.encyclopedisque.fr/artiste/6428.html

 

Faucher

Concerts

Céline Faucher chante Pauline Julien : Qui a peur de Pauline Julien 29 et 30 sptembre au Théâtre Rural de la Closerie, Etais la Sauvin. 11 novembre à l'Arthe Café, Sauterre-Manzat. 

Jann Halexander chante Pauline Julien : 'A nos tendresses' 30 novembre, l'Atelier du Verbe, Paris

L'actualité d'Hervé Suhubiette : http://www.hervesuhubiette.com

Enfin, et c'est un événement, parution le 19 octobre chez EPM MUSIQUE de 'Gémeaux Croisées', édité pour la première fois en double cd.

 

GEMEAUX

 

 

Les homosexuels sénégalais sont des sénégalais comme les autres (géopolitique)

Ce n'est plus qu'une question de temps : le Sénégal devient progressivement pour les homosexuels, les lesbiennes, les bisexuels, les transsexuels ce que l'Afghanistan est pour les femmes (et aussi les homos). Autrement dit, un Enfer. Une nation très dangereuse, où les droits d'un individu ne sont pas garantis par l'Etat. Des milices traînent à Dakar pour trouver et lyncher des homosexuels. Très peu d'intellectuels dénoncent cette situation, au contraire ils ne cessent de critiquer l'Occident de vouloir imposer des valeurs comme si l'homosexualité était une invention occidentale. Il faut relire l'ouvrage passionnant du sociologue camerounais Charles Gueboguo, 'La question homosexuelle en Afrique', paru chez 'lHarmattan en 2006 et qui montre que les relations entre personnes de même sexe existaient sur le continent africain bien avant la colonisation.

Enfin, aux autres pays d'Afrique d'être vigilants sur la tentation du Sénégal de vouloir représenter 'l'Afrique' au niveau des instances internationales. Il y a plusieurs Afriques. Le Sénégal n'est pas l'AFRIQUE pas plus que la France n'est 'l' EUROPE'. Cela pourrait donner à moyen terme une image encore plus négative de ce continent. Or les lueurs d'espoirs existent : en Angola, au Cap-Vert, au Mozambique, au Botswana, aux Seychelles, au Gabon, en Afrique du Sud, l'homosexualité est légale. D'autre part, même dans les pays où l'homosexualité reste illégale, on assiste à une certaine souplesse/hypocrisie des pouvoirs publics. Au moment où le Soudan a aboli la peine de mort pour les homosexuels (juillet 2020), la déchaînement de violences d'une partie considérable de la société sénégalaise, des classes populaires à l'élite en passant par les intellectuels, est assez inédit, même si on le retrouve dans une moindre mesure au Mali, au Cameroun. Le chemin va être long pour l'apaisement. Tout notre soutien aux homosexuels sénégalais qui sont des sénégalais comme les autres et qui ont le droit de vivre, de respirer, de manger, de boire, d'aimer et d'être aimé.

1638187156 (1)

 

N.B : S'il fallait adresser un reproche à la société française dans son lien (historique) avec le Sénégal, ce serait d'avoir idéalisé pendant trop longtemps ce pays, vanté son peuple chaleureux, ses musiciens  et d'avoir fermé les yeux sur la généralisation de cette homophobie mortifère, avec pour conséquence une augmentation des réfugiés sénégalais sur son sol pour cette raison. On soulignera le travail admirable de l'Ardhis en France, association qui aide les réfugiés LGBT. Il faudra des intellectuels africains courageux pour décrypter cette homophobie collective massive, que signifie t-elle. La question LGBT est une question géopolitique mondiale, de fait.

Posté par Luc_Melmont à 14:11 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,


Gilles Roucaute, minotaure du monde d'après

 

meta_eyJzcmNCdWNrZXQiOiJiemdsZmlsZXMifQ__-_1_

A la croisée de la chanson et de la musique folk : Gilles Roucaute. Nous avons écrit à plusieurs reprises sur ce chanteur  au regard clair et inquiétant/séduisant, à la voix  de 'chamane' des temps modernes. On l'aime quand il reprend (et il est l'un des rares, en tout cas de façon régulière) Bruce Springsteen.

 

Mais on le préfère avec son propre répertoire. 

 

Des tubes ? Non. Des classiques ? Oui. mille fois oui. et 'Le Minotaure' en fait partie. Cette chanson n'est pas nouvelle. Oui. C'est vrai. Et elle est surtout belle, avec cette tension permanente, l'air entêtant.Gilles Roucaute est le Minotaure. Faire vivre une chanson est un choix intelligent surtout en cette période folle de zapping intempestif. Si une chanson peut vivre dans la durée, c'est aussi qu'elle fonctionne en elle-même. Un clip était amplement justifié, mérité et il est à la hauteur.

 

 

Le plan d'ouverture avec ce quartier d'affaire occidental nous plonge dans le sujet directement en faisant basculer une bête fantastique de la mythologie grecque dans le monde actuel. On vous laisse découvrir la suite. 'Le Minotaure' c'est un album de 10 titres et un livret de 64 pages servi par les belles illustrations dark fantasy de Yag Van Licht. C'est du haut niveau. Ou plutôt, parlons mieux, de la belle oeuvre.

Tout savoir ici : https://roucaute.bandzoogle.com/

 

meta_eyJzcmNCdWNrZXQiOiJiemdsZmlsZXMifQ__

A lire sur Gilles Roucaute :

 

http://lucmelmont.canalblog.com/archives/2014/01/10/28916378.html

 

http://lucmelmont.canalblog.com/archives/2012/04/15/24019217.html

 

http://lucmelmont.canalblog.com/archives/2011/12/23/23035322.html

La rédaction

Posté par Luc_Melmont à 09:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

Veronika Bulycheva, une femme russe qui chante en 2022

Veronika-Bulycheva--(1)

 

Nous disions dans un article publié en mai 2019 que Veronika Bulycheva était la plus française des chanteuses russes. Ou la plus russe des chanteuses françaises. Au parcours singulier, à la croisée entre la chanson et les musiques du monde. Elle parcourt la France, la Suisse, la Belgique, seule en scène, parfois en duo avec des musiciens de talent. 

Elle chante en française, en russe, l'amour revient souvent, l'amour du point de vue d'une femme slave : il faut écouter 'Ta petite moitié', un bijou, tout simplement.

 

276168302_152507147252947_6326315531058928510_n

Sur le plateau de la chaîne IDF1, avril 2022

830

 

Et puis il y a ce spectacle étonnant né en 2019, désormais culte pour beaucoup de gens, intitulé 'Urgence de Vous, du Gabon à la Russie', où elle partage la scène avec  le franco-gabonais Jann Halexander. Elle, venue de l'Oural, lui de Libreville, deux mondes éloignés, très éloignés, les deux artistes se rencontrent et se découvrent sur scène à travers leurs chansons personnelles et communes et montrent la force du vivre ensemble. Quelque chose dont nous avons plus que jamais besoin. Enfin, ce spectacle, au même titre que le parcours de la chanteuse, est l'image d'une autre Russie, trop peu méconnue, terriblement complexe, qui ne peut pas être réduite à Moscou et au Kremlin. Il suffit d'écouter 'Ma Russie' pour le comprendre.

 

 



 

Jann Halexander et Veronika Bulycheva, show Urgence de Vous, du Gabon à la Russie, Clamart, 13 novembre 2021 (2)

Veronika Bulycheva et Jann Halexander, 13 novembre 2021, Clamart

AFFICHE TRIEL

 

Après avoir chanté à Paris, Nantes, Bruxelles, Clamart, les deux artistes seront sur la scène de la Péniche à Triel-sur-Seine dans les Yvelines le 20 mai. Montrer une autre Russie, une autre voix, et ne pas laisser le terrain uniquement aux politiques et aux militaires est un défi. Les artistes sont essentiels pour relever ce défi. On regrette profondément la censure des artistes russes en Europe, censure exercée sous la pression d'une partie de l'opinion publique, on regrette également l'autocensure des artistes russes, sans doute inquiets. Là où les plates-formes de réservations de spectacles affichaient au moins une dizaine de spectacles variés autour du monde russe chaque mois, il n'y a presque plus rien. Veronika Bulycheva fait figure de femme solitaire au courage proportionnel à sa longue expérience d'artiste de scène. On applaudit.

 

La rédaction

 

Site officiel de la chanteuse https://veronikabulycheva.com/ 

 

 

 

Posté par Luc_Melmont à 22:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

Se souvenir de Nicole Louvier (1933-2003)

artimage_47380_2961549_201010010545686

 

Posté par Luc_Melmont à 13:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

24 avril 2022 : le peuple français devra choisir entre 2 extrêmes droites

 

Le-president-Emmanuel-Macron-le-9-mars-2022-a-l-Elysee-a-Paris-1368361-overlay

24 avril 2022 : le peuple français devra choisir entre 2 extrêmes droites
Une certaine idée de la France est morte le 10 avril 2022. Bienvenue dans le monde d'après. Dimanche 24 avril, le peuple français aura à choisir entre deux extrêmes droites : une extrême droite classique qui attire des français qui ont une haute idée d'eux même et de comment la France doit être. Des français souvent blancs, mais pas que, des français des dom-toms ou des français aux origines immigrées plus royalistes que le roi. Une extrême droite habituelle, aigrie, banale, raciste, homophobe, macho et dangereuse, avec un langage séduisant pour qui ne réfléchit pas, ou séduisant pour qui a envie de foutre consciemment des personnes ciblées comme bouc-émissaires hors du bateau France.  Cette extrême droite, on la connaît depuis tellement longtemps. Avant ça s'appelait Front National. C'est devenu Rassemblement National, avec un logo-branding aisément repérable.
Et puis il y a une autre extrême droite, on ne l'avait pas vu venir, celle-là. Mea culpa. A vrai dire, nous fûmes des millions à voter pour Macron et en Marche  en 2017, convaincus de faire rempart à l'extrême droite classique. Nous étions alors très loin d'imaginer qu'il ferait presque tout ce que sa rivale aurait fait, en tout cas sur le plan national : couvrir les policiers en cas de bavures policières, bloquer des milliers de demande de renouvellement de cartes de séjours de personnes immigrées qui travaillaient (au grand dam de leurs employeurs), envoyer des forces de l'ordre matraquer, éborgner des jeunes gilets jaunes, subventionner à coup de milliards d'euros des industries polluantes, abandonner sur la scène internationale la politique des droits de l'homme où la France avait une longueur d'avance par rapport aux autres nations depuis 50 ans.
Et puis. Et puis il y eut l'un des confinements les plus liberticides d'Europe, peut-être du monde, jusqu'à l'utilisation de drones pour surveiller l'aptitude de la population à respecter cette folie qui ne fait toujours pas consensus. Un gouvernement usant jusqu'à la nausée de la distinction entre 'essentiels' et 'non-essentiels', trouvant là une aubaine géniale pour mettre au pas (et au silence) une grande partie du monde de la culture et du spectacle vivant. Non-essentiel. 

B9723051006Z

Et puis. Et puis il y eut le 12 juillet 2021, une date sombre dans l'histoire de ce pays. Où le président annonçait la mise en place du pass sanitaire. La santé avait bon dos. La santé et la peur de la mort, c'est pratique comme arguments pour tenir en laisse une société vieillissante. Nombre d'entre nous n'avons pas voulu voir la dimension purement fasciste de cette politique. Nombre d'entre nous avons préféré pointer du doigt les manifestants contre le pass sanitaire et pour cause, une partie non négligeable d'entre eux venait de l'extrême droite classique, identifiable, réconfortante pour nos repères moraux. Et comment, après tout, ne pas être dupe face à  certains manifestants contre le pass sanitaire criant 'Macron démission' mais bien silencieux sur leur idole russe Poutine qui ratifiait le pass sanitaire  le 16 décembre 2021 (avant de finalement faire marche arrière au bout de 3 semaines, il est vrai). 
Alors des intellectuels, plutôt de droite, mais pas que, sont entrés dans la danse sinistre en mettant en garde contre le cynisme de cette politique du pass sanitaire. Mais en dehors des convaincus, ils prêchaient dans le désert, car en face on leur rétorquait 'les mots ont un sens', 'la France n'est pas une dictature, ce n'est quand même pas la Corée du Nord' etc. Et les soutiens du gouvernements, députés, médias dépendant de la manne de l'Etat, directe ou indirecte, brandissaient des sondages montrant que 55, 60 pour cent des français soutenaient ce pass odieux. Majorité n'est pas Raison (en 1981, la majorité des Français soutenait la peine de mort...) et les plus lucides et inquiets réalisèrent le danger d'une société qui accepte majoritairement la ségrégation (ce n'était dans le fond rien d'autre que ça), qui accepte la main mise de l'Etat sur les corps via l'injonction vaccinale. La réalité dépassait la fiction et  des films comme 'Brazil' ou 'Bienvenue à Gattaca'  prenaient un coup de vieux. Mais de nombreux intellectuels, journalistes courageux, artistes qui avaient la décence de ne pas faire huer les non-vaccinés devant des foules survoltées, ne lâchèrent rien, droits dans leurs bottes. Alors leurs adversaires leur brandirent l'argument suprême : 'les autres pays font pareil'. On sait depuis le scandale de l'affaire Mac Kinsey pourquoi de nombreux pays firent pareil. Mais au delà du rôle de ce cabinet, il n'est pas interdit de penser que ce nouveau mouvement d'extrême-droite s'autoproclamant du centre est transnational. En 2021, nous avons alors commencé à réaliser que le mouvement En Marche était un mouvement extrémiste vêtu des oripeaux de la rationalité et de la modération, composé de technocrates imbus de leur supériorité (sociale), cherchant à affaiblir tout contre-pouvoir et prétendant nous expliquer avec pédagogie pourquoi des mesures discriminantes étaient inévitables. Ils n'avaient pas compris (on espère) que la fin ne justifie pas les moyens.

gattaca_all


Et puis. Et puis ce n'était pas assez. Alors fut mis en place la politique du pass vaccinal encore plus abjecte. Et sur les plateaux, des députés 'En Marche' expliquaient à l'universitaire Mathieu Slama que le pass était une boîte à outils. La mise en place du pass vaccinal  fut plus compliquée, les vulgarités du président de la République sur son désir d'emmerder les non-vaccinés n'aidèrent pas, même si ses adorateurs et les politologues amateurs crièrent à la 'géniale provocation'. Et la durée du pass fut limitée, il fut suspendu (suspendu) le 14 mars 2022. Désormais, donc, il y a cette boîte à outils dans l'arsenal juridique du pays. Si jamais En Marche ne gagnait pas les présidentielles ET les législatives (et oui, y avez-vous pensé ?), de toute façon, le Rassemblement National par exemple puiserait dans cette boîte à outils pour exclure d'autres catégories de populations. En attendant, depuis fin 2018, nous assistons à la montée d'un pouvoir mêlant technologie agressive (QR Code), ultra-libéralisme (forcément sauvage) et  pratique fascisante (a minima). Et si finalement les électeurs de Macron, emmurés dans leur bonne conscience, étaient des électeurs d'extrême droite qui s'ignorent ? D'une extrême droite qui s'ignore.
Certains électeurs paniquent, on les comprend, à l'idée de choisir entre deux individus blonds aux yeux clairs qui ont prouvé leur aptitude, l'un dans les actes, l'autre dans les paroles (pour le moment), à 'légaliser' l'exclusion d'une partie de nos concitoyens. L'un, c'est les non-vaccinés et les pauvres. L'autre, c'est les africains, les homos, les irréguliers. Sachant d'ailleurs qu'on peut être pauvre, noir, irrégulier et non-vacciné (et pourquoi pas unijambiste). 
A la rédaction nous resterons ce jour funeste chez nous et écouterons l'intégrale Jean Ferrat. En attendant la réinstauration du pass vaccinal. On a un peu de temps. C'est long l'intégrale Jean Ferrat...
La rédaction

81U+zczsO6L

'Les aventuriers du Potager' : le chant d'amour aux légumes des Tontons Rigolos, éternels enfants !

téléchargement

 

Si vous ne les connaissez pas, il n'est pas trop tard nous les adorons : ce sont les Tontons Rigolos, ils sont drôles, touchants, créatifs et nous proposent un univers coloré. Leur chaîne youtube compte une centaine de vidéos mais le graal c'est leur moyen-métrage 'Les aventuriers du Potager', réflexion sur les légumes et aussi le monde végan. Les légumes ont une âme, ne l'oublions pas ! A la façon d'Alice au Pays des Merveilles ou Dorothée au pays d'Oz, nos tontons deviennent tout petits et vivent des grandes aventures dans un potager, où ils feront des rencontres incroyables. 

Les Aventuriers du Potager, c'est ici, pour le plaisir des petits et des grands :

 

Posté par Luc_Melmont à 16:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,