Culture et Chanson

Claudio Zaretti : solaire et poignant

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Depuis quelques mois, le public semble (re)découvrir Claudio Zaretti (qui chante depuis des années) et on ne peut qu'approuver. Annoncé presque à la dernière minute, son passage à l'Atelier du Verbe (certes modeste mais ce n'est plus une raison) avait fait le plein. L'intérêt qu'il suscite a été renforcé par l'intégration de tout son catalogue au sein du label Vagua Song et disponible sur toutes les plates-formes de streaming. Claudio Zaretti est écouté en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Afrique du Sud et même...à Honolulu !

"Cosmos Hotel" Claudio Zaretti

Claudio Zaretti chante "Cosmos Hôtel"

Zaretti est un peu comme un cousin éloigné d'Enrico Macias et Nino Ferrer. Son style est solaire mais ne vous laissez pas avoir. Car derrière le soleil, il y a parfois cette douleur si forte propre aux gens du sud. Les choix des titres ne sont pas anodins, ne serait-ce que pour parler de ceux des albums : 'Utopia, Utopia', 'Deux diamants', 'Je sais d'où je viens', 'Puisqu'il faut un jour'. Nulle tiédeur, c'est tout un programme. Savoir d'où l'on vient n'est pas donné à tout le monde. Mais l'artiste ne fait pas de leçon. Et ceux et celles qui ne savent toujours pas d'où ils/elles viennent peuvent l'écouter et s'en retrouver apaisé(e)s. C'est la force d'une chanson, c'est la force d'un artiste dont on attend les prochains concerts, on le lui souhaite, un peu partout en France et ailleurs.

Claudio Zaretti Toi qui écoutes (Clip Officiel)

Avec 4 albums et des chansons-pépites, des vraies réussites à l'image d'une certaine variété exigeante, nous avons considéré à la rédaction qu'il était normal d'en parler et à partir de la semaine prochaine de lui consacrer une semaine spéciale à travers Culture et Chanson. Et puis nous espérons bientôt l'interviewer. 
La rédaction

CLAUDIO ZARETTI "je sais d'où je viens "à L'Espace Jemmapes (Paris) 28 avril 2015

Dans le même courant : Enrico Macias, Nino Ferrer, Herbert Pagani...

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L'affaire Médiapart : quand l'arroseur arrosé n'est pas celui que l'on croit...

 

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A la rédaction, nous avons toujours pensé que Médiapart n'était que l'équivalent politique et intellectuel de Closer. Et que la multiplicité des rubriques n'était qu'un prétexte, un leurre pour cacher les vraies intentions de ce média : c'est un organe politique dont l'essence est le buzz et il faut désormais le considérer comme tel. On aura rarement vu à ce point des journalistes sûrs de leur bon droit, sous le prétexte de vouloir défendre la république, jeter en pâture quoiqu'ils en disent un homme politique qui jusque là n'intéressait...personne. Allez, pas grand monde. Journalistes à la morgue suffisante qui appellent les responsables politiques à se remettre en question mais qui évidemment ne sauraient se remettre en question eux-même. C'est la dimension obscène de ce média. Plenel, trotskiste reconverti en père la morale doit enrager. Plus il répète qu'il n'y a pas d'affaire Médiapart, plus...il renforce l'affaire Médiapart dans l'opinion publique, consciemment et inconsciemment. Marteler une négation (il n'y a pas) renforce l'existence de la chose, de l'affaire que l'on nie. Etrange d'ailleurs qu'un journaliste ignore cela. 

Voilà, on se croirait dans une fable de la Fontaine. Macron a été malin en soutenant de loin de Rugy et en acceptant sans attendre sa démission. De Rugy a été malin en posant sa démission. Par cet acte, il interpelle l'opinion qui se dit : 'déjà ? Et la présomption d'innoncece, c'est fait pour qui ?'. Certes par le passé, cet homme politique n'aura pas été brillant en donnant des leçons de transparence aux autres. Mais on peut avancer que sa démission est aussi le fruit de son isolement au sein du gouvernement. Il n' a pas de réseaux, peu de soutien, la pilule fut difficile à avaler et on peut supposer qu'il s'est demandé si cela valait le coup de rester dans ce gouvernement. Il se sera protégé moralement et politiquement. Car de cette démission, il peut ressortir grandi. L'opinion publique, qui ne saurait être réductible aux aboyeurs des réseaux sociaux, se dit que 'ma foi, cet homme ne méritait pas tout ça'. Et c'est vrai. Il n'a tué personne, il n'a pas vendu des armes, il n'a pas trempé dans un trafic de drogue, il est peut-être même l'un des personnages les plus lisses de la vie politique de ces trente dernières années. Et peut-être par le discrédit qu'un média a voulu jeter sur lui, il se façonne un petit côté sulfureux qui peut plaire à de nombreuses personnes. 

Maintenant que l'enquête interne a blanchi de Rugy, la parade de Médiapart est de dire que les enquêtes internes du gouvernement ne sauraient être crédibles. Peut-être mais attention à ce genre d'argument. Le dénigrement ne mange pas de pain, certes, mais qu'on se souvienne des climato-sceptiques nous expliquant que le Giec n'était pas crédible. Il fait chaud n'est-ce pas ? D'ailleurs notre ministre démissionnaire peut dire merci à la Canicule qui occupe l'espace médiatique, incontestablement. Et si jamais les médias parlent de Rugy, ils ne parlent plus de l'affaire de Rugy mais de l'affaire Médiapart (il suffit de taper sur google, le basculement est surprenant). Clairement, Médiapart ressort affaibli de cette histoire et s'il conserve son noyau de lecteurs, pas sûr qu'il en gagne de nouveaux. Critiquer et ne pas accepter la critique est quelque qui passe mal.

 Que Plenel et ses collaborateurs balayent devant leur porte et fassent un stage d'humilité. Je citerai les paroles d'une voisine perfide et que j'adore (elle se reconnaîtra) :'' La délation maquillée par le vernis moral reste de la délation. D'ailleurs c'est une tradition bien française n'est-ce pas ?''. De Rugy avait le chic pour donner des leçons de transparence, écrivions-nous plus haut. Arroseur arrosé. Et c'est Médiapart à son tour qui devient l'arroseur arrosé. Doit-on les plaindre ? Non car ils ont l'indignation sélective. Il y aurait tant à dire sur Emmanuel Macron et son 'non-rôle'/ 'rôle' (avec Le Drian) dans le maintien en place des dictatures gabonaises et camerounaises, pour ne parler que de celle-là, son foutage de gueule quand il dit du plus grand bien de la diaspora africaine. Mais Plenel fait attention, lui qui a tout fait pour avoir l'honneur d'interviewer Macron et de lui dire, tout excité et fier de lui, que le président est un citoyen comme un autre. C'est là encore l'une des failles d'un média qui prétend défendre la démocratie et qui, en le faisant, flatte les instincts les plus bas et les plus populistes d'une partie de la société française, (y compris les anti-noms à particule) aux confins de l'extrême-droite et de l'extrême-gauche.

 Prochaine séquence : la réintégration de Ruugy au sein du gouvernement. Si on ne respecte par la présomption d'innocence pour un homme politique, pourquoi la respecter pour un citoyen lambda. En respectant la présomption d'innocence et en ne cédant pas à l'injonction des moralistes des médias et des réseaux sociaux, tout le monde en sortira gagnant. 

Lecteurs, lectrices, vous vous demandez pourquoi nous parlons politique sur ce site. C'est certes rare, ce n'est pas inédit et notre thématique de prédilection, la Chanson, est politique. Et si Mediapart se souciait vraiment de la démocratie et de tout ce que cela implique (transmission libre des idées, des arts), il aurait parlé des problématiques rencontrés par le milieu chanson, peut-être qu'il aurait invité Jacques Bertin, chanteur et un des meilleurs analystes de la prise en compte de la chanson par les pouvoirs publiques. Donc les responsables politiques. (Dernières nouvelles, finalement Médiapart cible Macron. L'affaire de Rugy en passe de faire pschitt tralala, peut-être le dossier Alstom avec Macron comme protagoniste pourrait être le nouveau feuilleton de l'été pour l'organe politique. Mais un peu comme la fable d'Esope, pas sûr que l'opinion publique suive)

 

Tout cela nous évoque la superbe chanson du québécois Jean-Pierre Ferland 'Les journalistes'

Les journalistes

 

Les Journalistes

Paroles

Beaucoup de mots, très peu d'humour, moitié pinson, moitié vautour
Ça dépend de l'heure et du jour, de l'édition et du tirage
Ils ont autant d'élan moral qu'ils ont de pages à leur journal
Ça fait du bien, ça fait du mal, ça dépend de leurs avantages
Ils vous habillent à leur façon, vous prêtent des déclarations
Vous coupent en deux ou trois tronçons, ils vous tuent puis ils vous éventrent
Ils racontent ce qu'ils ont su, d'un autre qui est bien connu
Un autre qui est très bien vu quand ils n'ont rien su ils inventent

Quand ils ont lu Tintin, Prévert, quand ils ont écrit quatre vers
On les consacre reporters dans la mode ou la politique
Quand ils n'ont plus assez d'idées on les met aux chiens égarés
Quand y'en a plus ils sont mutés, on les met aux rangs des critiques
As-tu vu mon papier tout frais c'est presque du papier monnaie
Est-ce que tu connais Bossuet, tout à fait moi moins la légende
C'est pas du mou, c'est du brutal et puis ça fera original
J'avais mal à mon piédestal quand on monte plus y faut descendre

Pour les comprendre il faut les voir, le moins souvent mais certains soirs
Surtout quand ils jouent l'épluchoir aux soirées des grandes premières
Le bras pendant, la plume au bout, le programme sur les genoux
Ils feignent de comprendre tout mais s'ennuient comme au cimetière
Et leurs critiques terminées, il faut les voir se corriger
Faisant toute objectivité comme s'ils avaient payé leurs places
Et le lendemain au matin vous la trouverez dans un coin
Une à la deux et deux fois rien, question de goût, question d'espace

Quand on sait tout on ne sait rien, je sais peu mais je le sais bien
J'ai appris dans un quotidien toutes les lois fondamentales
J'ai appris ce que je savais, le moins c'est faux, le plus c'est vrai
Le plus c'est gros plus c'est épais, le moins c'est blanc, le plus c'est sale
Quand vous écouterez ma chanson ne sautez pas aux conclusions
Sachez que vous faites exception et que gagner sa vie c'est triste
Ne me mettez pas aux arrêts, gardez vos rages pour après
Quand je n'aurai plus de succès, quand je deviendrai journaliste

Source : Musixmatch

Paroliers : Jean-Pierre Ferland

Paroles de Les Journalistes © Renlec Les Editions, Editorial Avenue, Avenue Editorial

 

Adieu Anne Vanderlove...

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Certes, 'La ballade de Novembre' fut un immense succès dès sa sortie en mai 1967, restant dans le haut des charts pendant trois semaines. Ce titre fit d'Anne Vanderlove une star et pas seulement en France. Mais il ne faudrait pas réduire Anne Vanderlove à une chanson, ce que ne manqueront pas de faire les nostalgiques. Elle fut l'une des premières chanteuses avec Anne Sylvestre et Dalida au début des années 70 à produire ses propres disques. Et il faut rappeler le poids de sa discographie considérable, il suffit d'aller sur spotify pour en prendre la pleine mesure (on ne saurait passer sous silence 'La Mort d'Orion de Gérard Manset, disque culte auquel elle participa) . Nous n'avions pas attendu que la Vanderlove nous quitte pour en parler sur Culture et Chanson. C'était en février 2014. Femme  à la voix douce et réconfortante, femme à l'envoûtante beauté et aux chansons hors-temps, hors-siècle, femme au regard incroyable, ses yeux brillaient comme des étoiles dans nos brumes intérieures. Puissent désormais ces étoiles briller dans la constellation majestueuse des artistes.

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Anne Vanderlove - La fontaine de Dijon - 1967

 

 

 

 

 

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#specialpride YVON chante 'Une étoile solitaire'

YVON

Aujourd'hui c'est la fête à Paris. Ce 29 juin, des millions de personnes LGBT et leurs ami(e)s, leurs familles défilent dans les rues de Paris. Alors les esprits aigris, qui pinaillent vont encore dire que c'est de l'exhibition etc etc. Mais c'est important de montrer cette visibilité. C'est un pierre jetée à la honte et au silence dans lesquelles trop de personnes LGBT s'enferment ou sont enfermées. Cette année le symbole est encore plus fort puisqu'onfête les cinquante ans des émeutes de Stonewall aux Etats-Unis, où des gays et des trans se sont rebellés contre des policiers. Pour accompagner cela en chansons, nous aurions pu proposer du Juliette Gréco, du Dalida, du Donna Summer, du Diana Ross, du Mylene Farmer, du K.D Lang, du Georges Mickael, du Janet Jackson, du Emmanuel Moire voire du Anatomie Bousculaire ou du Nicolas Bacchus. Nous avons choisi sur la suggestion d'internautes la version live (au Café de la Danse le 14 janvier 2013) du titre 'Une étoile solitaire' du chanteur YVON. C'est lent, c'est beau et il faut écouter entre les lignes. 

Yvon Chateigner.Une étoile solitaire

 

 

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Souvenir : Catherine Ribeiro 'Folle Amérique'

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A l'heure où Trump fait des siennes, il est bon de se rappeler...qu'il n'a rien inventé en conservatisme outancier. Il y eut Bush, oui, certes. Puis avant Reagan. Et alors on écoute 'Folle Amérique' de la grande Ribeiro (qu'elle chanta devant François Mitterrand lors de son passage à Bobino en 1982) . Et on se dit qu'on pourrait remplacer 'Reagan' par 'Trump'. Sur la forme, ça sonnerait moyen mais sur le fond, cela aurait le même sens.

Catherine Ribeiro Folle Amérique

 

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La poésie décalée de Cécile Goguely à la Comédie Dalayrac

A la rédaction, nous apprécions les surprises. Récemment, l'annonce du nouvel album de Clémence Savelli, en souscription. Et le retour de Cécile Goguely le 28 juin à la Comédie Dalayrac. Certain-e-s la surnomment la Ricet Barrier féminine et même si les étiquettes peuvent agacer, il y a un peu de ça. Et nous lui souhaitons une aussi belle carrière.

 

Visuel Web

L'hermaphrodite en public

 

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La stupide censure de Facebook ou 'Métamorphose' de Rosie Marie

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...Facebook laisse songeur...alors voilà une plate-forme qui peine à faire le ménage dans les insanités qui y circulent, du racisme au machisme en passant par l'homophobie...mais qui n'hésite à pas à censurer la sponsorisation d' un clip sous prétexte...que c'est trop sexy, trop hot...nous apprécions Rosie Marie et son goût pour le travail acharné. Son clip est légèrement sensuel, mais pas sexy, ni hot, il est classieux, de la belle pop made in 2019. Non vraiment c'est n'importe quoi et c'est dommage car facebook fait partie des plates-formes importantes pour promouvoir le travail des artistes. Retrouvez la chanteuse sur scène au Théâtre de la Cible, à Paris jusqu'au 25 juin et le 29 août à Nîmes.

⚡️ROSIE MARIE "METAMORPHOSE"

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Wolfgang Pissors dans 'Berlin en Seine' du 1er au 29 juin au Théâtre de l'Essaïon

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Méconnu, il n'en reste pas moins que le chanteur-acteur Wolfgang Pissors possède un parcours solide : il a joué dans une bonne trentaine de films et téléfilms. Natif de Linderberg en Allemagne, il propose avec la pianiste Isabelle Serrand un spectacle intitulé 'Berlin en Seine' autour des répertoires de Prévert, Brecht, Kurt Weill, pour ne citer que ceux-là. C'est au Théâtre de l'Essaïon, un lieu de référence de la chanson francophone et il s'agit de prolongations du 1er au 29 juin, le samedi et le dimanche. Heureux comme un parisien etc etc ...

AFFICHE BERLIN EN SEINE

 

#Teaser 1/06 - 29/06 : 'BERLIN EN SEINE' au Théâtre de l'Essaïon #prolongations

 

 

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Lumineuse Ariane Dubillard dans 'Ma Chanson de Roland' au Théâtre des Déchargeurs

Nous à la rédaction on est content. Car nous échangeons avec des artistes de talent, reconnus, aimés et aimants. Oui en ce sens qu'ils sont généreux dans leur art, généreux avec le public qu'ils respectent. Tel est le cas de la lumineuse Ariane Dubillard qui joue les prolongations avec 'Ma Chanson de Roland' au Théâtre des Déchargeurs du 28 mai au 15 juin. Elle évoque son père, la chanson, les collègues, la Chine...une interview passionnante de bout en bout. 

Ariane Dubillard par Danièle Ridereau

Ariane Dubillard, merci de nous accorder cet entretien. On va aller droit au but, le père, votre père est-il une figure mythique, indépassable pour vous ? 

Merci à vous de me donner l’occasion de préciser certaines choses. J’ai écrit tout un spectacle pour tenter de répondre à cette question. 

Non, je ne crois pas que mon père ait été pour moi une figure mythique, indépassable.

Et je n’ai pas écrit un hommage à mon père, mais plutôt à l’enfant que j’ai été. Aux enfants que nous ne cessons jamais complètement d’être. Du moins je l’espère.

Bien sûr c’était quelqu’un d’exceptionnel à bien des égards, et la petite fille que j’étais a dû être fascinée par ce père génial et magnétique, mais il ne m’a pas élevée dans le culte de lui-même, et il m’a donné très tôt confiance dans ma propre capacité de créer, car il ne croyait pas qu’on devait

« éduquer » les enfants, mais plutôt que ce sont les enfants qui nous éduquent !

Je me suis construite comme ça, en toute liberté, jusqu’à six ans environ, puisque c’est lui qui m’élevait. Pas très bien, donc, selon les critères de la société bourgeoise, mais pas trop mal non plus.

Ça a donné de drôles de choses quand j’ai commencé à aller à l’école- et posé pas mal de problèmes dont j’ai l’occasion de rire dans le spectacle-. Mais cela m’a donné aussi une faculté d’adaptation, ensuite, à toutes les situations. J’ai eu très tôt un regard distancié sur les éducations contradictoires que j’ai reçues ensuite chez mes grands-mères, par exemple, toutes deux on ne peut plus dissemblables !

Et je me souviens d’avoir pensé, toute petite, que c’était une chance dont ne bénéficiaient pas mes copines de classe, par exemple.

 Ayant été privée de mère à l’âge de 2 ans- elle était maniaco-dépressive, comme on disait à l’époque et elle s’est suicidée-  mon père fut aussi ma mère.  Alors j’éprouvais pour lui un amour trop grand. «  Un amour plus grand que la mer… » - comme je le dis dans l’avant propos du petit livre qui vient de sortir aux éditions camino verde- Un amour   merveilleux, mais aussi disproportionné, anxiogène : comme beaucoup d’enfants, je me sentais responsable de lui, j’avais peur pour lui, j’étais inquiète dès que nous n’étions plus ensemble. Et il vivait dangereusement, me semblait-il. Alors je le mettais dans mon cœur pour m’endormir. Là, il était en sécurité. Il faut avoir le génie d’un enfant pour inventer un tel rituel ! En ce sens indépassable, oui, il l’a été.

Malgré toutes les grandes et belles histoires d’amour que j’ai pu connaître ensuite, il a été la grande histoire de ma vie. Comme je l’admirais en plus en tant que poète et auteur de théâtre, -sans parler du très grand acteur qu’il était- j’ai fait de nombreux spectacles autour de ce que j’ai appelé : ma langue paternelle .

Après sa mort, j’ai voulu raconter cette histoire hors norme, en faire une aventure artistique pour la comédienne et chanteuse que je suis. Pour partager une histoire finalement très humaine, pas simple, mais belle dans sa complexité ; une histoire en tout cas universelle- c’est ce que le public me renvoie toujours- car n’éprouvons-nous pas tous, à un endroit ou un autre, un bonheur et une difficulté à grandir, à exister? 

Vous jouez les prolongations, le public vous plébiscite, combien de jours, de mois, peut-être même d'années vous a-t-il fallu pour concrétiser cette pièce ? 

J’ai écrit très vite un premier jet au printemps 2012. J’avais envie de parler de la mort de mon père, qui, contrairement à ce que j’avais toujours craint, fut  belle, apaisée, lumineuse. Et comme je traversais depuis des années une espèce d’errance, je suis partie de ce symptôme, pour écrire la suite.

Une première version a été montée à côté de Genève, dans un petit théâtre –  Le Crève-cœur, à Cologny, par Anne Vaucher- Gampert. Ce sont des gens merveilleux, je me suis toujours sentie chez moi là- bas, c’est un peu ma famille suisse. Anne m’avait invitée, il y a quelques années, à jouer la Suzanne de l’aide-mémoire, la magnifique pièce de Jean-Claude Carrière, et c’est là que j’avais compris que mon errance remontait à l’enfance.

De retour en France, j’ai éprouvé le besoin de retravailler l’écriture,- il y avait des ellipses énormes dans cette première version- et sur les conseils de mon amie Virginie Lemoine, qui avait vu la pièce à Genève, j’ai écrit les parties manquantes, et tout remis dans l’ordre chronologique ; j’avais aussi envie que les gens rient davantage- ce qui était également une obsession de mon père- et Virginie m’a donné  quelques conseils salutaires dans ce sens. Ces rendez vous où elle m’a écoutée lire m’ont aidée à aller au bout de cette seconde- et ultime- version. Enfin, Thomas Baumgartner avec qui j’avais fait une série d’émissions à France culture, a trouvé le titre. Je les remercie chaleureusement tous les deux.

 MA CHANSON DE ROLAND

 

Certains critiques (on pense à Michel Xavier-Gérard) rappellent à quel point pendant longtemps le théâtre et la chanson ne se mélangeaient pas, pourquoi ce choix de chanter dans le cadre de votre pièce, pourquoi l'accordéon ?  

C’est vrai, ce n’est pas facile de mélanger le théâtre et la chanson. Je l’ai beaucoup fait, et ça résiste parfois, mais je continue à essayer, pour je l’espère, rater mieux la prochaine fois (comme disait Beckett, je crois).

Chanter, ce n’est pas pareil que parler, c’est sûr. Il y a une fluidité particulière dans le chant, et c’est aussi tout de suite plus émotionnel.

Disons tout simplement que j’ai mis des chansons parce que je suis chanteuse et que je me sentirais trop seule sans musique sur scène ?

Ce qu’il y a surtout, c’est que les chansons qui accompagnent le spectacle, de mon père, ont l’air d’avoir été écrites exprès pour lui. Elles en accompagnent la chronologie. Une chanson pour chaque époque.- En réalité, les textes avaient été écrits pour ma mère, qui n’en avait rien fait. Je les ai découverts dans un tiroir, j’ai été subjuguée par leur beauté, et au long des années, trois compositeurs de mes amis les ont mis en musique. Il s’agit de Joël Cartigny, d’Isabelle Serrand et de Michel Arbatz. Trois styles différents mais totalement au service de l’écriture. Grâce leur en soit rendue. 

Quant à l’accordéon, d’accord c’est le piano du pauvre- et au théâtre on n’est pas riche- mais c’est très riche, quand c’est très bien joué ; et avec Sébastien Debard, c’est le cas. L’accordéon permet aussi une proximité, une intimité avec la personne qui vous accompagne ;  et puis c’est mobile, ça allait bien, avec mon histoire d’errance.

Albane Gelé, Jean Rouad, Ariane Dubillard. Des Mots de Minuit aux Langagières TNP

 Mais justement quel est votre regard sur la chanson francophone ?

 J’ai honte de le dire, mais je ne connais pas très bien la chanson francophone actuelle. Dans le temps, j’ai côtoyé Allain Leprest et Romain Didier, Claude Semal et Bruno Ruiz, -qui me font toujours beaucoup rire et pas seulement-, fait la première partie de Juliette, de Lafaille, de Gréco, de Moustaki et d’Anne Sylvestre- qui a été pour moi une rencontre très importante. J’ai aussi travaillé avec Michel Arbatz, qui a un talent prodigieux, comme chanteur, auteur, et musicien.

Je suis touchée de voir qu’il y a toute une nouvelle génération d’auteurs-compositeurs et trices qui continuent la tradition de cette chanson française-là. Pas en répétant de vieilles recettes, mais de façon très actuelle. Comme le théâtre, la chanson est un art du présent.                                            

J’ai tout récemment découvert Nicolas Duclos, dont les multiples talents m’ont absolument scotchée, Jann Halexander,  qui a une grâce tout à fait particulière, ou encore Bertrand Ferrier dont l’inventivité semble sans limites… j’aime beaucoup LouOuï, un orchestre à lui tout seul, et qui a un univers pop plein d’humour et de charme. Pardon pour tous ceux et celles que j’oublie de citer ! Je suis persuadée d’avoir encore beaucoup d’artistes surprenants à découvrir. En ce moment j’écoute en boucle Lidia Borda qui chante Atahualpa Yupanqui, hallucinant de beauté, mais vous l’aurez remarqué, ce n’est pas de la chanson française ! 

Nous n'avons pas encore vu la pièce (et nous avons l'intention de le faire), la Chine y occupe une place particulière...souhaiteriez-vous y vivre ? Qu'est-ce que ce pays vous a apporté ? 

Partir en Chine à vingt ans, pour moi c’était un peu comme rentrer au monastère, faire une retraite ! Il fallait que je parte loin de ma famille pour pouvoir me trouver. J’y ai découvert l’extraordinaire hospitalité du peuple chinois, sa rudesse, mais aussi son humour et sa sensibilité. –Pierre Ryckmans, que j’ai adoré comme professeur, à Nanterre- disait qu’en Chine, on pleure sur les quais de gare, plus que partout ailleurs; c’est vrai. La Chine, je l’ai parcourue en tous sens, et je m’y suis fait de précieux amis. J’aimerais en tous cas y retourner. 

C'est une question récurrente quand nous faisons des interviews et vous êtes libre de vous confier ou pas...quel es votre plat préféré ?

 Le couscous du Dimanche chez Mamie- coucher- 19h30.

Merci !

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Prolixe, terrible, décalé : Bertrand Ferrier !

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(c)Rozenn Douerin

44 chansons. Voici le projet fou du chanteur Bertrand Ferrier. Il s'est produit avec succès à la Comédie Dalayrac à Paris du 16 avril au 7 mai pour jeter les bases de son premier album et en justifier le financement en amont. Il est possible de souscrire sur Ulule également. Nous pensons que cela vaut le coup. Trublion surdoué, surcultivé de la chanson, solitaire bien entouré, il s'apprête donc à proposer un album de 44 chansons. Qu'en pensons-nous à la rédaction ? Mais oui, très bien. Cela nous changera des chanteurs appliqués qui nous expliquent qu'ils ont mis deux ans à proposer un cd 5 titres (des fois qu'on serait assez crédules...).

Ci-dessus des extraits.

Bertrand Ferrier chante "Les moches et moi"

 Bertrand Ferrier chante "Du gribouillage"

  

Et nous vous ramenons à cette passionnante interview de 2017 : 

http://lucmelmont.canalblog.com/archives/2017/06/08/35363671.html

Co-financer l'album : https://fr.ulule.com/bertrand-ferrier-chante-4-fois-11-fois/

La rédaction 

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