18 juin 2009
Jean-Pierre Reginal revient!
Jean-Pierre Reginal prépare son nouvel album. Espérons une plus grande reconnaissance de son oeuvre, je ne crois pas que le mot soit trop fort. Enfin pas la reconnaissance d´un public, il l´a. Non, je parle de la reconnaissance de ses pairs et du milieu criblé de notables de la Chanson. Pas un dossier dans Chorus, la bible autoproclamée de la Chanson. Curieux quand on sait que l´artiste représente avec talent la Chanson hors de l´Europe, en Allemagne, au Danemark. Un artiste qui fit les premières parties de Cora Vaucaire, travailla avec François Rauber, bref un grand monsieur. Pour les novices :
www.jpreginal.com
www.myspace.com/jeanpierrereginal
Luc Melmont
OPFER. le film avec Jean Guidoni : courte histoire d´un projet avorté
Le film OPFER devait sortir en février 2009. OPFER signifie victime en allemand, le projet mérite son nom, c´est peu dire. Réalisé par le chanteur réalisateur Jann Halexander (Occident, J´Aimerais J´Aimerais), tourné en principe au Mans, petit film expérimental distribué par les Films de l´Ange, le projet n´a pas abouti. Jean Guidoni (photo ci-contre) jouait le personnage principal, un homme a trois moments de sa vie, Jann Halexander (photo ci-dessous) n´y faisait qu´une apparition secondaire, ainsi que le metteur en scène controversé David Noir.
Un mail a été envoyé aux intéréssés. Pas de réponse de Jean Guidoni et une courte réponse de Jann Halexander :"J´ai la réputation d´agir comme un jusqu´au boutiste. Le projet se fera mais avec quelqu ´un d´autre...lui(Jean) avait l ´air surchargé, je l´appelais, il devait me rapeler, puis plus rien, j´attendais, j´avais d´autres projets en cours. Ce n´est pas grave." .
Qui a capoté quoi ?
Le cinéaste Paul Vecchiali s´expliquait sur lalalala.org, revue sur la Chanson, la pop et le music-hall au sujet de sa collaboration avortée avec Jean Guidoni :"[...]nous avons failli faire un opéra
ensemble. Guidoni avait écrit un texte d'après M le
maudit et de ce texte-là nous avons fait un opéra avec
des personnages... chacun travaillait de son côté puis compulsait
le travail de l'autre... Roland Vincent a écrit la musique en quinze
jours. C'est immense, à pleurer. Je pleurais toutes les larmes
de mon corps. Et puis... est-ce que Guidoni a eu peur ? En tout cas il
a voulu détruire le projet. Et il y est arrivé. C'est un
grand regret, parce que c'était sublimissime."
Luc Melmont
Sous les marges du chanteur Olivier Goulet
Un étrange climat, dont on ne sait s´il est tropical ou tempéré se
dégage de l´album Sous les marges d´Olivier Goullet, chanteur
guitariste (acoustique) aux origines libanaises et centrafricaines,
dont la voix apporte sa singularité dans le paysage de la Chanson.
L´artiste, que je vous encourage vivement à découvrir en concert mais également sur sa page myspace (www.myspace.com/gouletolivier) se situe a mi-chemin entre Serge Gainsbourg et Laurent Voulzy. Le titre
de cet album représente le climat crépusculaire, aussi bien dans le
fond, les chansons, que dans la forme avec le livret noir/bleu. Un
album lunaire. La chanson A contre-courant donne le ton : "Si fille
sous ma main, tu meurs et tusouris...". Une étrangeté lourde portée par
une voix au timbre troublé, voix grave qui flirte avec les aiguës.
Une oeuvre claire/obscure qui séduit, l´artiste a foulé de nombreuses
scènes en Europe et aux Etats-Unis. Mention spéciale au musicien
Aurélien Naffrichou, aux guitares électriques, basse et batterie.
Luc Melmont
03 juin 2009
Les talents d'aujourd'hui dans la Chanson francophone
La mission de ce blog est assez globale : parler d'artistes méconnus, pas assez connus, reconnus. Ou alors connus pour quelques chansons mais pas forcément l'ensemble de leur répertoire. Ici on parle de la chanson. Je parle aussi des films, de la peinture, du rapport à l'art. A travers mon autre blog, j'aborde la question de la place des chanteurs de couleur dans la chanson à texte (voire Interview avec Yasmine Modestine sur ce blog et chansonculture.canalblog.com).
J'ai présenté il ya quelques mois les activités du label éditeur
Lalouline à travers leur superbe compilation digipack. Ici il est
question du Saule, précisément le label Le Saule. Un label à suivre,
dont l'approche musicale est originale et lucide à travers leur
présentation sur le site officiel :
"D'abord c'est un arbre, puis une chanson de Dick Annegarn, et maintenant un label associatif, autogéré par des artistes qui ont en commun d'écrire des chansons, à la main, et de les chanter, à voix nue: Léonore Boulanger (voir photo ci-dessous), Philippe Crab, Jean-Daniel Botta, Antoine Loyer et Aurélien Merle.(sur la photo de gauche)
La création d'une telle structure découle de plusieurs constats : la crise actuelle du disque induit des changements de modèle économique
profonds dans l'industrie musicale. Les phénomènes de concentration
entre maisons de disque, tourneurs, salles de spectacle, etc., rendent
encore plus difficile l'accès à la diffusion des artistes indépendants. La chute des revenus du disque entérine la mutation d'un secteur qui a vu remplacer les directeurs artistiques par des directeurs de marketing.
Parallèlement, l'autoproduction est florissante
et l'offre musicale, notamment grâce à Internet et au développement des
home studios, n'a jamais été aussi importante. S'il est aujourd'hui de
plus en plus courant que des artistes confirmés s'affranchissent du système dominant dans l'industrie musicale, il est plus rare que des artistes débutants se regroupent pour faire de même, sans attendre que le système daigne leur laisser une place.
Le label propose un catalogue regroupant les précédentes productions de ses membres. Ses premières nouveautés
à paraître fin 2008 sont « Contretemps » de Léonore Boulanger et « La
Chambre » de Philippe Crab. Devraient suivre ce printemps les albums de
Jean-Daniel Botta et Aurélien Merle. "Le Saule" se produira au complet le 2 avril 2009 au Zèbre de Belleville à Paris."
Alors la meilleure chose à faire c'est de s'intéresser à ce label et de ne
pas ressasser systématiquement l'époque dorée des chanteurs morts, vivre avec les
talents de la Chanson de son temps et ils sont là : Aurélien Merle,
Léonore Boulanger, Philippe Crab...
Le site officiel
http://www.lesaule.fr
LE SAULE - 43 RUE DU SIMPLON 75018 PARIS
CONTACT @ LESAULE.FR
09.51.82.41.90
des liens artistiques :
http://www.myspace.com/leonoreboulanger
http://www.myspace.com/aurelienmerle
http://www.myspace.com/philippecrab
Luc Melmont
28 mai 2009
Les mots qui manquent...un texte de Cyril C.Sarot

Un coup de coeur pour le texte de Cyril C.Sarot : "les mots qui manquent"
Pour vous procurer le recueil du même titre vous pouvez joindre directement l'artiste
c.sarot@yahoo.frc.sarot@yahoo.fr
, et vous rendre sur son site http://acquiparait.canalblog.com
Les mots qui manquent
C’est le nom l’épithète en
l’air
Le verbe qui joue à
cache-cache
Et l’oubli qui fait payer
cash
Les agios du vocabulaire
C’est un trou sur le compte en
banque
Les mots qui manquent
C’est celui qu’on voudrait
pas taire
Mais qu’on tait quand la
mémoir’ tangue
Et là sur le bout de la
langue
L’écho persistant du mystère
C’est le mal de têt’ qu’on
se flanque
Les mots qui manquent
C’est le choc la phras’ qui
déjante
Le blanc sous coup de
l’émotion
Bouche bée plus le moindre
son
Le vocable a pris la tangente
Sûr qu’ils sont un peu
saltimbanques
Les mots qui manquent
C’est le grand absent qu’on
remplace
Par sa doublur’ frangin
frangine
Le faux jumeau le synonyme
Lui qui tomb’ra pile à sa
place
Comme un carreau à la
pétanque
Des mots qui manquent
C’est tous les trucs qu’on
sait pas dire
Alors qu’on va dire autrement
L’outil le pinceau
l’instrument
Et leurs langues à vous fair’
frémir
C’est des œuvres à devenir
branque
Les mots qui manquent
C’est ceux qu’on condamne à
l’exil
Virés répudiés les bannis
Poils à gratter d’ordre
établi
Ils s’en vont fidèles à leur
style
Comme un insurgé qui fout
l’camp
Les mots manquants
Et c’est tous ceux qu’on
invent’ra
Pour clouer l’bec à ceux qui
causent
Qui légifèr’nt ceux qui
imposent
Et euphémisent à tour de bras
Là on les sortira d’leur
planque
Les mots qui manquent
Ils auront l’accent de
l’espoir
L’art d’en révéler
l’hypothèse
Dans nos bouches ils seront à
l’aise
Comme un œillet rouge aux
grands soirs
Un poisson dans l’eau des
calanques
Les mots qui manquent
Une comptine aussi populaire que "Au Clair de la Lune" : "J'ai une maison pleine de fenêtres"
"J'ai une maison pleine de fenêtres" peut être considérée comme une comptine enfantine populaire, qui renforce le mythe Anne Sylvestre, car il y a bien un mythe autour d'Anne Sylvestre comme il y eut un mythe autour de Barbara.
Cette bande dessinée présentant les facéties de Dingo le montre, dans la dernière vignette. Nulle mention italique au coin de l'image pour préciser qui est l'auteur de cette comptine. simplement des ouvriers qui chantonnent à tue-tête la fameuse chanson. D'ailleurs l'auteur de ces vignette le sait-il? Adamo rappelait combien les gens connaissaient ses chansons sans savoir que c'est lui qui les chantait. Est-ce la rançon de la popularité ? Ou plutôt n'est-ce pas la plus belle chose qui puisse arriver à un artiste ? Etre inséré pour de bon dans le patrimoine.
Luc Melmont
24 mai 2009
Cyril C.Sarot : la Chanson manque d'interprètes
Internet, via google, youtube, myspace, deezer, dailymotion permet des
découvertes incroyables, bonnes, moins bonnes...elle redonne du souffle
à des chanteurs peu médiatisés, y compris ceux qui chantent depuis des
années. Je songe à Yves Duteil, que j'avais totalement oublié et la
passionnante série d'entretien avec la revue en ligne Le Doigt dans
l'oeil qui lui était consacré. Internet est un outil pour les chanteurs
qui arrivent...C'est aussi grâce à internet que j'ai connu le chanteur Jean-Pierre
Réginal, agréable découverte partagée avec des proches, amis, artistes,
famille.
Ainsi j'ai découvert, grâce à internet le parolier Cyril C.Sarot. J'ai
ressenti une tristesse immense : il n'y a plus d'interprètes en
France...presque plus et ils, plutôt elles se comptent sur les doigts
de la main : Francesca Solleville, Maïk Darah, Jacqueline Dannon,
Mouron etc...côté homme, c'est vide...Dans ce contexte, on est tenté de dire que les textes construits, longs
et fluides de Cyril C.Sarot sont un immense gâchis : pourquoi écrire des
textes sans l'assurance de les entendre chantés un jour ? Parce que la
plupart des chanteurs actuels écrivent leurs propres textes, même quand
ils sont fades, insipides, peu profonds. Il y a malaise en la demeure
Chanson.
La Passion guide l'auteur qui croit en lui et nous rend moins
pessimiste. Les textes qu'il publie à destinations des chanteurs sont
des bijoux qui demandent de belles voix et de belles musiques : Les
mots qui manquent, Fini les allocs, Angoisse monégasque, quand j'étais
babouin, Volem rien foutre.Un certain désabusement, beaucoup d'humour, pas de tendresse mais un
peu d'espoir. Quelque chose de tragi-cynique. Voici
le texte de Fini les Allocs, bienvenue en ces temps de crise, inutile
de l'expliquer, lisez, vous comprendrez, et si vous chantez, hâtez-vous
de chanter ce texte...salutaire...
Fini les allocs
Fini la paus’ réglementaire
Fini le temps de pas s’en faire
Le repos de l’âme est perdu
Le plaisir se fait superflu
Puis y’a plus un euro en stock :
Fini les allocs !
Fini le p’tit bout du salaire
La fin de droit s’envoie en l’air
Sur les genoux du temps qui passe
Les jours les nuits les mois s’entassent
Délicieux mais la loi s’en moque :
Fini les allocs !
Fini les sorties les cinés
Et les heur’s pleines à bouquiner
Pour qui sait lire entre les lignes
Tourner la page est la consigne
Et le constat sans équivoque :
Fini les allocs !
Fini les rencards au bistrot
La tournée r’mise à l’apéro
C’est là le pir’ de la débine
Ell’ rend la fin du mois radine
Et transform’ le demi en bock :
Fini les allocs !
Puis fini la déche à demi
V’la venu l’temps du RMI
L’temps où l’bon temps peut tourner gris
La galèr’ voguer à l’envi
Et avec des trous dans la coque :
Fini les allocs !
Fini les beaux jours bien finis
Social l’acquis n’est pas acquis
Là va falloir s’bouger les fesses
Pour l’prouver au CCAS
Mieux vaut pas foirer la convoc’ :
Fini les allocs !
Car citoyens, législateurs
Tous ceux qui se lèv’nt de bonne heure
Préfèr’nt se fair’ coupeurs de vivres
Plutôt qu’mécènes en art de vivre
Pour mieux r’ssembler à leur époque :
Fini les allocs !
Pour vous procurer ce recueil vous pouvez joindre directement l'artiste
c.sarot@yahoo.fr
, et vous rendre sur son site http://acquiparait.canalblog.com
Luc Melmont
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21 mai 2009
Les joyaux de la Chanson Française : Marc Havet, un piano fou...
...Il est des artistes qui mériteraient une reconnaissance plus large, pourquoi pas institutionnalisée. C'est le cas, sans conteste, de Jean-Pierre Réginal, par exemple, c'est aussi le cas de Marc Havet, le monsieur 100.000 volts du piano, patron du mythique café-concert le Magique depuis le début des années 80, café-concert connu jusqu'à New-York, Québec ou Amsterdam, mais superbement ignoré par les petits journalistes notables du monde de la Chanson. 
Peut-être parce qu'il s'agit d'un artiste sur lequel on ne peut avoir aucune prise ? Mention spéciale à sa femme, Martine, toujours derrière le bar, toujours à l'écoute, avec son rire rauque, et pendant longtemps, sa clope...mention spéciale au verre de vin blanc. C'est cela la chanson, aussi : musique, vin, texte, sans flonflons, sans manière, sans remise des prix, sans comptes à rendre. Et ça n'empêche pas le talent, la beauté de surgir. Beauté de la vie. 
Marc Havet EST Marc Havet. il se suffit à lui-même, n'a pas besoin de comparaisons. Son répertoire est parfois repris, jusqu'au Canada mais il n'a point de disciples. Un public fidèle, si. Ouvert à la jeunesse, il invite régulièrement des jeunes artistes à se produire au Magique, c'est ainsi que le brillant chanteur à texte Nicolas Duclos lui doit ses premiers concerts (voir article sur Nicolas Duclos et sa chanson Mon Voisin).
Marc Havet aime les poupées gonflables, chante au vitriol un monde qui tourne mal, dénonce les dérives du cyclisme ou la société polyamoureuse, l'amour étant à combinaisons multiples (et délicieuses). Le ton y est, la fusion musique/texte une réussite, ce qui est rare (Jean-Pierre Réginal et Remo Gary eux aussi réussissent cette fusion). 
Cessons de temps à autre d'admirer les morts (Brel, Brassens, Vian, J-P Suc, Louki, Riffard) ou ceux qui ne font plus grand chose (Escudero), cessons une bonne fois pour toutes de pleurnicher que tout était mieux avant, vivons dans le présent, fêtons le présent en allant voir un grand Monsieur de la Chanson à son fidèle piano, nous aurions tort de nous en priver, j'ai nommé : Marc Havet! 
www.marchavet.com
www.aumagique.com (toutes les dates de ses spectacles et ceux des autres au Magique)
Luc Melmont
08 mai 2009
La phrase philosophique du vendredi
Peut-on ne pas aimer Souchon ?
Oui
Et on n´est pas tenu de dire pourquoi
Luc Melmont
27 avril 2009
Entretien sans tabous avec la chanteuse Yasmine Modestine
Entretien avec la chanteuse Yasmine Modestine
Bonjour, Yasmine Modestine, pouvez-vous vous présenter ?
me
présenter? Je suis comédienne, auteure, compositrice, interprète, j'ai
fait la Grande Ecole du Théâtre, le Conservatoire, j'ai tourné avec des
réalisateurs comme Michel Deville Jean Pierre Mocky, Jacques Fansten,
j'ai joué au théâtre...je donne des concerts régulièrement à paris, en
province, seule au piano ou accompagnée par des musiciens.. depuis
plusieurs années...
Pourquoi chantez-vous ? Quel fut l'évènement déclencheur ?
il n'y a pas d'évenement déclencheur. j'ai toujours chanté. je suis née dans la musique.
Jouez-vous d'un instrument ? Depuis quand ?
ben quand-même vous le savez que je joue du piano! j'ai aussi quelques chansons à la guitare, en fait j'ai commencé par la guitare, mon père jouait de la guitare, il y en a toujours eu chez moi, et puis vers 16 ans, il y a eu un piano. j'avais déjà commencé à apprendre avec deux amies, et j'ai continué, et je joue de la darbouka pour une chanson que je joue aussi mains frappées : Indira, une chanson sur le travail des enfants..
En vous écoutant, on a le sentiment d'écouter une voiux blessée, avez-vous pris des cours de chant ? D'où viennent ces blessures que je ressens, profondes, violentes à travers la fêlure de la voix mais également une certaine mélancolie trop rapidement qualifiée de "soul"?
ah "soul?" qui qualifie de "soul" ? en général on me parle de barbara de véronique sanson de kate bush, tori amos...pour ceux qui ont une culture jazz il y a quelques repères de voix mais "soul" non jamais d'ailleurs on me l'a reproché... Je suis difficile à identifier... Tina Turner a dû se battre pour pouvoir faire du rock on voulait absolument qu'elle fasse de la soul et elle voulait faire du rock...et elle a fait du rock et de la pop... Pour les cours de chant, non, pas vraiment, je suis née dans la musique... j'ai toujours chanté, mon frère chante aussi, Samuel, vous pouvez aller l'écouter sur my space, on a d'ailleurs joué ensemble au début où je me produisais sur scène, il joue du saxo, de la clarinette... on est tombé dedans quand on était petit.
L'influence de Véronique Sanson est évidente, cela ne vous gêne pas ? Et quelles sont vos influences en générale ? Et partant du principe qu'on peut aimer un artiste sons forcément être influencé par lui, quels sont vos goûts (musique, cinéma, peinture)?
évidente? c'est curieux ça. La plus grande influence serait sans doute les Beatles mais comme je suis une femme française au piano, on me renvoie aux femmes françaises au piano... je peux aussi vous dire qu'il y a beaucoup d'artistes que j'ai écoutés et que j'admire . véronique sanson, dont j'aime la sensibilité, a elle même été influencée, à commencer par michel berger alors .. de quoi on parle? Dylan l'était par Woody Guthrie... Et ma voix c'est ma voix ... ca ne vous arrive jamais d'entendre une voix qui vous rappelle une autre, même parlée? Vous savez les 4 bases azotés qui composent l'ADN sont les mêmes pour tout le monde alors forcément malgré les differents combinaisons possible il y a tout de même des ressemblances entre tous les individus du monde. Cela dit je préfère ressembler à véronique sanson qu'à mistinguette.
N'avez -vous pas eu peur que la polémique sur les discriminations dans le monde du doublage dont vous vous êtes faite porte-parole éclipsent vos talents de chanteuse (c'est d'ailleurs à travers un reportage que j'ai entendu parler de vous mais je ne savais pas encore que vous étiez également chanteuse) ?
j'ai
peur quand on me dit que "les gens comme moi ont une voix spéciale et
ne peuvent pas doubler les Blancs" j'ai peur quand on me dit "qu'il n'y
pas de bons comédiens noirs" j'ai peur quand je vois l'injustice ne
jamais être perçue, j'ai peur devant la banalisation du racisme, j'ai
peur du déni qui est une arme redoutable, là oui j'ai peur...
J'ai toujours pensé qu'une artiste était une citoyenne.
Vous
ne me connaissiez pas mais heureusement d'autres gens me connaissaient
en tant qu'artiste soit parce qu'ils m'ont vue jouer au théâtre, au
cinéma ou à la télé, soit parce qu'ils m'ont entendue chanter.
Finalement c'est plutôt le monde du doublage qui est mis en lumière.
C'est un sujet sérieux, même si à mon sens il est exagéré : en France, des gens de "couleur" ont une carrière tout à fait intéressante et riche dans le monde du doublage (Maïk Darah) ou le monde du cinéma (les films de Claire Denis, des belles carrières, d'Edouard Montoute à Firmine Richard, en passant par Alex Descas ou encore Aïssa Maïga par exemple), avec une évolution rapide d'année en année, c'est un problème complexe avec de nombreux paramètres, n'avez- pas eu le sentiment à un moment donné de ne pas être faite pour ce métier (le doublage) ? Et que dans le fond, vous êtes davantage épanouie dans la Chanson ?
en
somme sous prétexte qu'Obama est élu président de la république, il n'y
a donc plus de racisme aux Etats Unis ... et ni dans le monde puisque
tout le monde semblait vouloir qu' Obama soit élu.
que savez
vous de ce que j'ai vécu à ce propos, étiez-vous là? Je crois qu'avant
d'avoir une "opinion" il faut savoir de quoi on parle. Et si c'est
exagéré alors d'autres y compris celle que vous citez, exagèrent dans
leurs interviews sur le doublage. Je pense qu'il faut aussi dire à la
HALDE que son enquête et ses conclusions sont fausses. Et finalement
laisser les choses en l'état.
J'aimerais bien comprendre
pourquoi si cela c'était passé aux USA tout le monde aurait trouvé cela
lamentable et que c'était évidement encore une preuve du racisme de ces
méchants américains mais quand cela arrive à deux comédiens français
noir et métis, alors là....
le doublage serait donc un îlot
déconnecté du reste du monde du travail français où le plafond de verre
existe indéniablement Ou bien tous ceux qui souffrent du racisme sont
de grands paranoïaques.
Quant à "rapidement" vous devriez
demander aux gens concernés s'ils trouvent que c'est rapide. Cela fait
un bout de temps que je suis au monde vous savez, peut-être que si je
naissais aujourd'hui... souhaitons le....
et comme dit
Souria Adèle, la comédienne qui joue Négresse de France, s'il y des
"gens de couleur" alors il y a des gens "sans couleur"
Le
doublage n'est pas un métier à part. Comme le dit Mathieu Taieb,
directeur commercial de dubbing, la seule chose qu'on demande à un
comédien de doublage c'est d'être comédien -on peut se demander qui est
comédien, qu'est ce qu'être comédien, etc... mais bon c'est un autre
débat. Et comme certaines personnes qui ont l' estime et l'admiration
de la profession- que ce soit au conservatoire, théâtre, à la radio,
au cinéma, à la télé, et même dans le doublage puisque j'ai quand même
doublé des rôles importants - ont estimé que j'étais à ma place, je ne
dois pas m'être tant trompée que cela.
A travers le blog très visité Culture et Chanson mais également le blog Artistes noirs et métis dans la chanson à texte (les deux blogs semblent assez visités d'après les messages que je reçois) , il s'agit de mettre en valeur des talents dont on ne parle pas assez ou de façon trop redondante. La place des artistes noirs et métis dans la chanson à texte est un sujet tabou, encore trop tabou, compte tenu de leur rareté et du fait qu'on touche là en plein coeur la question de l'universalité de la musique, sujette à débat. Votre apparition dans ce monde de la chanson dite à textes est récente, il y a une influence "noire" évidente : mais que retenez-vous des parcours d'artistes confirmés comme Jann Halexander, Maïk Darah ou encore Bruno Rodriguez-Haney qui oeuvrent depuis des années dans la chanson classique à textes, avec leurs publics respectifs et qui, dans le fond, vous ont un peu déminé un terrain semé d'embûches ? Les suivez-vous, vous vous intéressez à eux ?
vous savez
je pourrais vous dire qu'à mon sens ce que vous dîtes est exagéré. il y
a des artistes noirs et métis dans la chanson à texte : Abdal Malik,
Joe Starr, Princess Erica, corneille, doc gyneco, yannick noah, I am
il y a eu les natives, tonton david, bibi, henri salvador... et j'en
oublie.
avec une évolution rapide d'année en année, c'est un
problème complexe avec de nombreux paramètres.
N'avez-vous pas le
sentiment de ne pas être fait pour ce métier ?
Fichtre... vous savez "de mémoire de rose, on n'a jamais vu mourir un jardinier". je chante sur scène depuis que je suis sortie du conservatoire, dans les années 90! Et je suis désolée mais je ne connais pas le travail des personnes que vous me citez à part celui de Maik Darah pour les raisons dont vous avez parlé. Mais je vais écouter. Cela dit je connais plein d'autres gens formidables et j'ai tendance à aimer les voix, c'est d'abord ce qui m'attire et la mélodie.
J'ai été particulièrement ému par La Lettre de Camille : racontez-nous un peu l'histoire de cette chanson...
C'est une lettre imaginaire de Camille Claudel à Auguste Rodin. L'histoire je pense que vous la connaissez. Cela me fait plaisir que vous aimiez cette chanson, je suis toujours touchée quand un garçon aime cette chanson. Elle est longue, d'une structure classique musicalement, et particulièrement sombre alors je suis toujours surprise d'entendre que les gens l'aiment beaucoup et m'en parlent. Et en fait, beaucoup de gens l'aiment et beaucoup d'hommes, alors il faudrait que j'arrête d'être surprise... mais je suis toujours surprise. Le film avec Isabelle Adjani m'avait marqué. Et quand vous regardez les statues de Camille, le visage de l'adoration , l'élan de la valse, vous êtes devant une telle quantité de vie...c'est tellement absurde toute cette vie, toute cette compréhension de la vie qui part en folie, en oubli, en abandon... c'est tellement horrible et injuste, c'est une tragédie d'opprimés, Camille, j'ai lu un livre sur son rapport avec sa mère... je crois que c'est dans Les filles et leurs mères , ou bien dans mère fille un ravage.. Ravage c'est le mot .
En général, dans quelles conditions écrivez-vous textes et musiques?
Il n'y a pas vraiment de général. Tous les cas de figures sont possibles. Je peux avoir l'idée de ce que je voudrais dire, ou bien une mélodie, souvent c'est en marchant que cela me vient, mais je peux aussi m'asseoir au piano et me dire "bon il faut que tu termines cette chanson"... Je ne sais pas tellement à vrai dire; parfois cela vient d'un coup. la lettre de camille par exemple est venu d'un coup je ne me souviens même plus comment j'ai trouvé cet accompagnement; et j'écris les textes un peu comme en état d'écriture automatique en fait j'ai une idée enfin je ne sais pas si c'est le mot juste j'ai un truc dans la tête, dans le corps et je cours après... je suis dans l'urgence alors... je peux mettre cinq minutes pour écrire une chanson ou un an quand je bute.. après il faut que je la joue, mais parfois je ne sais bien jouer ce que j'écris, alors cela met du temps.
Imaginez que vous devez partir sur une île déserte, quelle chanson emporteriez-vous avec vous ?
ça franchement ce n'est pas possible de répondre. je veux dire là en ce moment je suis avec Bashung alors je vais vous dire "mes bras" qui est sublime sublime et j'ai eu beaucoup de peine à sa mort et j'en ai encore, je lui ai d'ailleurs dédié un concert, mais il y aussi comme un légo il y a résident de la république il y a la nuit je mens et aussi je ne peux pas me dire que je vais partir sans john lennon, ni leonard cohen ni billie holiday, ella fitzgerald.... et comme ce n'est pas demain que je pars je ne vais me faire de mal tout de suite. Enfin si je pars bientôt dans une île mais elle ne sera pas déserte.
Quel est votre regard sur la crise du disque, la crise en général, et l'avenir des artistes indépendants ?
je ne me sens pas concernée par la crise du disque car en fait ce qui est rassurant c'est que les gens sortent davantage. La crise du disque ça embête surtout les majors et comme les majors ne me signent pas, je m'en moque. je me sens en revanche très concernée par la crise en générale. quant à l'avenir... il m'arrive de faire l'autruche pour pouvoir dormir.
Etes-vous mue par l'ambition dans votre rapport à l'art ? Qu'attendez-vous de la musique ?
ouh là... mue par l'ambition... ben je ne sais pas si c'est négatif je dis non, si c'est positif je dis oui... qu'est ce que j'attends de la musique? je ne comprends pas la question.
Quand vous tournez la tête, que vous regardez votre passé, que voyez-vous ? Certes vos chansons ne sont pas morbides, cependant, je ressens que l'espoir y est peu présent (effet de la musicalité et du texte), chanter n'est pas une façon d'expier le passé ?
expier? fichtre je n'ai rien à expier je n'ai tué personne! vous voulez dire exorciser ? je raconte des moments de vie, comme des photos, des tableaux impressionnistes, un déjeuner sur l'herbe, ou des canotiers, la cathédrale de Rouen à différentes heures du jour... d'ailleurs ce n'est pas forcément la mienne, de vie, j'invente, je rêve, je me rêve ... en Egérie Chanel:) je regarde les autres vivre.. . maintenant, je ne suis peut être pas follement gaie, mais comme me dit une amie "les artistes ne sont pas généralement connus pour leur gaieté" cela dit trouble-moi n'est pas une chanson triste, la ballade pour bala je suis frappée que les gens disent qu'elle leur fait du bien.
" on
dit que j'suis plus gaie qu' ma musique/ en vrai (...)( C'est dans une
chanson qui s'intitule Capitaine au long cours.) Comme Robert Redford
et Woody Allen, et quelques autres, je trouve que la vie est triste, si
on a de l'empathie pour le monde, la vie est triste avec des instants
volés au grand vacarme de la vie, comme chante Jean Ferrat. J'écris
beaucoup sur ces instants volés, l'amour est un instant volé, est
l'instant volé.
Parlez-nous de votre public : qui sont les gens qui vous écoutent, que vous disent-ils ?
Je ne sais pas. je n'ai pas un public. Il y a des gens qui viennent parce que des amis leur ont parlé de moi, d'autres qui viennent parce qu'ils m'ont vue ou entendu dans une émission, il y a des gens qui passent, d'autres qui reviennent; je suis toujours étonnée que les jeunes de 20 ans aiment mes chansons. vraiment à chaque fois cela me surprend car ma musique n'est pas festive. mais c'est un préjugé, au fond à 20 ans j'écrivais certaines de mes chansons parmi les plus sombres. j'aurais tendance à être plus légère aujourd'hui... J'aime aussi quand des étrangers non anglophones aiment alors qu'ils ne comprennent pas tous les textes.
Quels sont vos projets ?
de la musique avant toute chose comme écrit Verlaine!
Je vous remercie.
Merci à vous.
LUC MELMONT




