Culture et Chanson

Quand le Magique, lieu emblématique de la Chanson, ferme ses portes définitivement.

Le Magique, lieu cabaret chanson, aura bien porté son nom. Il suffit de voir les étoiles dans les yeux de tant d'artistes débutants en province, pour comprendre l'impact de ce lieu, beaucoup plus profond dans la mémoire collective qu'on ne peut le penser. Après tout ce n'est que justice pour un lieu connu de par le monde, référencé par des guides variés (Michelin, le Petit Futé), couvert par Libération. Un lieu qui existait depuis 1981, avec à sa tête Marc Havet, incroyable mélodiste aux textes acérés. Le Magique fermera ses portes le 24 juin, la nouvelle a très vite circulé. Il y a un côté brutal dans cette fermeture dont nous ignorons les tenants et les aboutissants : c'est un séisme, pas simplement pour la chanson, mais pour la culture, tout court. Nous nous consolerons en disant que si les lieux ne sont pas immortels, ils laissent des souvenirs immortels par contre dans le cœur de milliers de gens. C'est en cela que le Magique, comme le Limonaire, restent uniques.

Devanture Magique

  

N.B : à l'occasion de la sortie de son album, la chanteuse Cécile Goguely, parolière fantaisiste, lointaine héritière de Ricet Barrier et connue également pour la qualité de ses émissions où elle interviewe des personnalités de la chanson, se produira ce vendredi 23 juin, en co-plateau avec JB Notché. 

 

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Quand la ministre de la culture évoque Anne Sylvestre

Il y a bien longtemps que les chanteurs, chanteuses d'expression francophone, résidant en France, n'attendent plus rien du ministère de la culture. Ils ont appris à gérer leurs carrières, livrés à eux-mêmes, pour le meilleur et pour le pire, devant se faire une place entre des théâtres à louer toujours plus chers et des programmateurs qui programment au coup de cœur (comprendre 'petits dictateurs', on exagère à peine). Alors, cela peut sembler anecdotique, et pourtant ça ne l'est pas. La ministre de la culture, Françoise Nyssen évoque Anne Sylvestre, cite sa chanson 'Une sorcière comme les autres' comme l'une des plus belles chansons du monde – bien dit ! - et même, coup double, évoque Pauline Julien, qui popularisa cette chanson au Canada. Les ministres précédents ont été particulièrement silencieux, lénifiants sur la chanson, vue comme un parent pauvre, pas assez 'hype', 'raffiné'. Ce n'était pas la Comédie Française où de la musique pop de festival d'été. Ce n'était pas de la littérature. Pourtant la Chanson, si elle paraît comme ça, à la portée de tout le monde, dans les faits, n'est pas à la portée de tout le monde. Et c'est bien la raison pour laquelle ce milieu sévère fait le tri, il y a les artistes, qui bon vent mauvais vent, durent, et les autres...

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Est-ce que ce ministère fera quelque chose pour la chanson ? Il est trop tôt pour le savoir. Mais réjouissons-nous déjà d'avoir à la tête de ce ministère une personnalité qui semble connaître son sujet (il semble loin le temps où une autre ministre de la culture savait à peine qui était l'écrivain Patrick Modiano...on frissonne encore quand on y repense). D'ailleurs espérons que ce ministère de la culture soit à la hauteur justement de la culture, et pas simplement la chanson.

 

Source : http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/francoise-nyssen-la-ministre-de-la-culture-veut-reenchanter-notre-pays-20-06-2017-7069245.php#xtor=AD-1481423551

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Bertrand Ferrier ou l'artiste indomptable

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On pourrait vous rediriger vers sa page wikipédia mais même celle-là, pourtant fort complète, est loin de montrer l'étendue incroyable des talents de Bertrand Ferrier : chanteur, conférencier, écrivain, traducteur, novélisateur (notamment pour les studios Disney), organiste, tout cela à la fois, à lui tout seul, il est une belle insulte à toutes les chapelles, les clans, les courants qui pourrissent le monde culturel. Son roman autobiographique 'L'homme qui jouait de l'orgue', paru aux éditions Max Milo en 2015, est un récit mordant sur la condition des organistes contemporains. Bertrand Ferrier aime l'Art, il aime la musique classique, il aime l'opéra, il aime la chanson, il aime la littérature, c'est un amoureux de l'art et ça transpire à travers ses mots, ses musiques, son œuvre prolifique. Cerise sur le gâteau : on ne se lasse jamais de ses petits mots corrosifs sur les tas / l'état du monde sur sa page facebook, qui parfois divisent, mais c'est bien à ça qu'on reconnaît les génies. Il est l'archétype de l'artiste clivant, indomptable et c'est vraiment un honneur pour nous qu'il ait accepté de répondre à nos questions.

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Bonjour, Bertrand Ferrier, merci de nous accorder un entretien.


Cher Luc, permettez-moi juste pour dire que je suis à la fois flatté et un brin honteux. Flatté, parce que votre travail met en valeur la chanson comme je l’aime, c’est-à-dire dans sa diversité, ses exigences, ses singularités (qui ne signifient pas forcément « ses qualités », de même que, comme vous le souli-gnez vous-même, les chansons ayant pignon sur rue ne sont pas forcément « nulles »). Un brin hon-teux, parce que je vous répondrai avec plaisir mais avec la conscience « un peu sourde » d’outrepasser mes compétences et mon importance. Nulle fausse modestie, juste un peu d’honnêteté que, je tenais à assumer d’emblée, d’autant que mes bavardages à venir pourraient laisser imaginer que « je m’y crois », alors que, oui, d’accord, je m’y crois, c’est le je(u), mais soyez sûr que j’entends toujours en fond sonore la petite mélopée de la lucidité qui relativise l’hypertrophie de mon hybris.


Entrons dans le vif du sujet. Si je devais parler de vous, ce serait comment : chanteur, écrivain, journaliste, organiste ? Le fait d'être tout cela à la fois dans un pays encore très à cheval sur les étiquettes, comment le vivez-vous ?


Je reconnais que c’est compliqué. D’un côté, l’étiquette, c’est ce qui vous donne du prix ; de l’autre, c’est ce qui permet de vous identifier – du coup, quand vous en avez plusieurs, c’est gênant ! Vous êtes obligé de demander au mec du rayon quel est le vrai prix… Je connais quelques semblables qui se présentent comme « artistes » ce qui, appliqué à ma p’tite personne, serait très prétentieux. Moi, j’ai du mal à me considérer comme un « chanteur », vu que je gagne peu d’argent en chantant, comme un « écrivain » vu que je n’existe pas dans le monde des Marc Levy ou Guillaume Musso, etc. C’est flatteur d’être kaléidoscopé ainsi, mais je comprends la difficulté pour ceux qui cherchent à vous présenter avec bienveillance. J’imagine la question : faut-il rappeler que le mec se frotte à plusieurs activités publiques, ce qui risque de le dévaloriser (s’il exerce différentes activités, c’est sans doute qu’il n’excelle dans au-cune), ou juste se focaliser sur l’activité du jour ? J’imagine que la réponse n’est pas tranchée. Elle ne l’est même pas pour moi ! Partant, permettez-moi de prendre deux exemples contrastés pour illustrer le dilemme que vous pointez justement. Il y a peu, je suis allé au concert d’un pianiste virtuose, également auteur d’ouvrages d’herméneutique ésotérique et passionné de politique internationale ; et j’ai trouvé dommage que, dans sa présentation, il ne soit pas fait mention de ses diverses facettes, comme s’il fallait jeter un slip pudique sur les aspects « non conventionnels » de sa vie. Cependant, lors de mon dernier récital d’orgue en date, pas à une contradiction près, j’ai proposé une « autobiographie » en un paragraphe ne parlant que de musique classique… et l’organisateur l’a retouchée pour y parler du reste, ce qui était à la fois flatteur et vexant (personne ou presque ne précise dans un programme que Baptiste-Florian Marle-Ouvrard, titulaire de Saint-Eustache est aussi un pilote de haute volée : vus ses titres de gloire musicaux, y a pas la place !). Bref, être un slasher bardé d’étiquettes peut certes compli-quer la perception que l’on donne ou que l’on a de moi ; mais si c’est la seule raison de la modestie de mon succès, youpi ! j’en serai flatté…

Vos textes sont incisifs, mordants, risqués même pour les gens adeptes des lectures au premier degré, et servis par des musiques virtuoses. Pourtant, en comparaison d'autres artistes, on vous voit peu sur les scènes, notamment les scènes chanson, que ce soit à Paris ou en province. Est-ce un choix ?


J’aimerais vous dire que oui, et affirmer que je recherche la rareté et l’exceptionnel. La réalité est plus contrastée. Comme beaucoup de petits chanteurs parisiens, j’ai commencé en chantant partout où je pouvais. Dès que je croisais un troquet, je sollicitais le patron pour qu’il m’autorise à m’y produire – et je continue, mais cela reste entre nous, à me réjouir quand je vois qu’un bistro m’ayant rejeté est vide le samedi soir ! Petit à petit, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour de ce que j’avais à apprendre de ces conditions de concert. En dépit du plaisir qu’il y a à chanter sans grand stress (quand on chante une à deux fois par semaine pendant deux-trois ans, il en faut beaucoup pour être déstabilisé), j’ai ralenti le rythme, renoncé à traîner mon matériel dans le métro des heures de pointe pour m’entendre tancer parce que je n’ai « ramené qu’une personne », abandonné les endroits où fredonner des chansons avec du texte dedans n’a aucun sens car, comme l’a bien souligné François Marzynski, « on te dit que, dans les bars, les chanteurs font des rencontres – à part des mecs schlass qui te demandent de chan-ter du Johnny, j’en ai pas fait beaucoup ». En même temps, je n’avais ni les moyens ni l’envie réelle de payer pour jouer, c’est-à-dire de louer des petites salles en espérant rameuter assez de monde pour ne pas être trop à découvert en début de mois. Du coup, en 2016, je n’ai chanté que deux fois en solo. Ce n’est bien sûr ni une fierté (je l’admets : ne plus chanter est un échec), ni l’idéal, car la scène est comme un ring de boxe : tu peux t’entraîner autant que tu veux, rien ne te prépare mieux à l’affrontement que l’affrontement. Néanmoins, autant que mon souci, disons, d’un minimum de dignité artistique, mon faible sens diplomatique et ma relative incapacité à fédérer et élargir un public monétisable ont pu con-tribuer à limiter le nombre de mes concerts. D’où le plaisir incrédule quand on m’invite à donner, dans de bonnes conditions, un récital pour des gens « qui ne connaissent rien à la chanson », encore moins à Bertrand Ferrier, et qui repartent avec le smile après m’avoir écouté. Grâce à Pascale Locquin, j’ai pu éprouver cela il y a quelques jours, en co-plateau avec Vincent Ahn, et j’imagine que l’avantage de chanter moins est que l’on évite d’en être blasé. Même si l’inconvénient est, faut bien l’admettre, que l’on chante moins.


Concernant le milieu chanson, comment le voyez-vous ?


Ach! Je ne connais pas le milieu de la chanson. D’ailleurs, autant que j’en sache, il y a plusieurs « mi-lieux » de la chanson, dont pas mal de périphéries. Pour ma part, je n’ai fait qu’entr’apercevoir un petit bout des « lieux de chanson », surtout parisiens, c’est-à-dire souvent des bars où on t’autorise à venir te produire, à condition que tu rameutes ton propre et nombreux public. Quand, comme moi, tu fais de la chanson avec du texte dedans, et que tu es incapable de te glisser dans le jeu des coteries, réseau-tages et autres copinages utilitaires, j’imagine que c’est déjà une chance d’avoir pu te faufiler jusque-là !


Et le show-biz, tout simplement ? D’ailleurs, avez-vous des connaissances dans ce milieu ?


Non, à part un mec qui a été roadie de Damien Saez et affirmait donc pouvoir m’emmener au sommet, je ne connais rien du chobiz. Je me contente d’être un client sporadique des vedettes qui me plaisent.

Y a-t-il des artistes que vous estimez particulièrement ? Avez-vous des influences ?


Quelle question joyeuse et horrible, tant j’admire de chanteurs de tout sexe et de toute époque ! Des historiques (Brassens, Barbara, Serizier, Trenet, Leprest, Mayereau, Tekielski, Sylvestre, Sommer…) aux sempervirens (Belle, Bernard, Bühler, Mey, Baguian, Fersen, Didier, Pestel…) en passant par les spécialisés ès facéties (Barrier, Louki, Mey…), les bizarres comme Elisa Point, les cousins (Charlebois, Vigneault, Butler, Dufresne…), les méconnus (ils vont être vexés, mais je pense à des zozos comme l’excellent Jean Dubois, le bienveillant Claudio Zaretti, le sensible Jann Halexander, l’intègre Barthélémy Saurel même si, bref) et tous ceux qui, de la pop (ha ! Jean-Jacques Goldman) au hard rock (ha ! les meilleurs albums d’Angra ou d’Airbourne – Black Dog Barking, évidemment) en passant par le rock progressif (donc le vrai Yes, Steve Hackett et… bref), francophones (ha ! les Jambons et Philippe Chasseloup !) ou non (ah ! Joaquίn Sabina – si vous parlez espagnol et que vous aimez la chanson intelligente, vous connaissez forcément, sinon foncez férocement ! – ou feu Calvin Russell) rythment, parmi d’autres ma vie. Au point que, chez moi, parfois, j’invite à éviter l’emploi de certains mots, impli-quant trop directement une chanson qui risque de me poursuivre et de me distraire dans la suite de la conversation… Heureusement, la liste est trop longue et trop floue pour exister réellement !


Je reviens sur cette question de l'artiste polyvalent. J'ai toujours estimé que si Jacques Bertin n'avait pas eu la carrière qu'il aurait pu avoir, c'est aussi parce qu'il a trop « journalisté » – le terme est de moi, je vous remercie – et qu'il a trop été à l'ombre de Félix Leclerc, dont il tresse aussi souvent qu'il le peut les louanges. Peut-être a t-il manqué d'ego… et vous, votre ego comment se porte t-il ?


Vous le supposez à juste titre : je suis très prétentieux, c’est pour ça que je suis modeste. La preuve que je suis prétentieux, c’est que je veux chanter sur scène sans doute pour que, partout (par exemple dans la rue), l’on se jette sur moi et l’on pense à moi en m’appelant « mon loukoum ou ma fève » voire en criant « on t’aime, on t’aime Bertrand Ferrier » (au moins). Mais, quand tu chantes sur les petites scènes, tu croises rapidement une foule impressionnante de fredonneurs beaucoup plus prétentieux que toi, qui pensent être géniaux (d’ailleurs, leur entourage le leur dit, pourquoi en douteraient-ils ?) alors que, techniquement, artistiquement, scéniquement, etc., ils sont à peine pfff… Par conséquent, j’avoue être prétentieux et fragile. Que l’on m’affirme qu’une de mes chansons est géniale, je la réé-coute, je le crois ; que l’on m’explique qu’elle est nulle et très mal chantée, je la réréécoute, j’y crois aussi. Un exemple ? Lors d’un récent concert, enregistré depuis le public, j’étais très ravi, au moins, d’entendre a posteriori une spectatrice s’écrier : « C’est beau, ça ». Puis je me suis dit : « Ça veut dire que le reste, c’était moche ? » Bref, entre parano stupide et conscience du travail posé, j’essaye de tenir le syllogisme de ma prétention – si, si, ça veut dire quelque chose, enfin, je crois. Prémisse ma-jeure : je suis convaincu que ce que je propose en public se tient et peut susciter rires ou émotion. Pré-misse mineure : si quelqu’un trouve que mes chansons, c’est de la poudre de merde, je ne débats pas, c’est sa liberté, salut et bon vent. Conclusion : si personne ne veut de mes mots, qui valent ce qu’elles valent, je les remets dans ma guitare et dans mon piano en me disant que, tant que l’on n’est pas mort, il reste non pas de l’espoir mais du temps pour trouver quelqu’un que mes bourdonnements intéresse. Un peu de suspense, faut bien essayer de se convaincre que c’est pas si pire !
Comment se dit-on « je vais devenir organiste », « je vais chanter », « je vais écrire », « je vais même chanter devant des gens » ? D'où viennent ces désirs ? Peste, la question complexe ! J’aurais tendance à me dédouaner en affirmant que tout le monde ou presque, au moins dans notre forme de civilisation, a dû éprouver ce désir et s’y adonner plus ou moins, sous quelque forme que ce soit. Pour le côté organiste, j’imagine que j’ai donné des pistes pour une réponse officielle dans L’Homme qui jouait de l’orgue (Max Milo). Pour la chanson, je peux juste ajouter aux raisons de base que, dans ma famille, nous avons toujours chanté ; et cela a dû nous traumatiser puisque j’ai commencé à investir les bistros parisiens avec un trio où sévissait mon p’tit frère Damien qui, depuis, a fondé un choeur où sévissent, entre autres, heureusement ! d’autres frères et soeurs. Je subodore, parce que je peux employer des mots soi-disant compliqués si ça me chante, que le plaisir de fréquenter des grandes chansons de tout style, de constater la joie du partage musical parfois intelli-gent, et sans doute l’envie de faire partie des « gens que l’on chante », ont pu me pousser à me risquer devant curieux et gourmands.

Bertrand Ferrier chante "Chocolat noir" (sooo explicit lyrics)

 

 Nous avons écouté « American Movie » le lendemain de l'élection de Trump, bien que cette chanson ait été écrite avant, et même reprise par d'autres artistes. Coller à l'actualité c'est im-portant pour vous ? Ce n'est pas une mince question car contrairement à beaucoup de chanteurs, sur les questions politiques par exemple, vous semblez n'être dupe de rien.

 

Bertrand Ferrier chante "American Movie"


Bien sûr que je suis dupe, comme le rappelle, clairvoyant, votre « semblez », mais pas assez. Je crois que j’aimerais être dupe de tout. Aller dans le sens du courant et n’en avoir cure… Vraiment, j’aimerais mais, comme je n’y arrive pas – ce qui, soyons re-clairs, n’est pas, hélas, un signe d’intelligence supé-rieure (en même temps, quand une médaille Fields se présente à la députation pour aller dans le sens du vent, ça relativise l’intelligence dite supérieure, mais bon) –, je laisse mes neurones batailler contre la mollesse et la bien-pensance, surtout quand elles vont dans mon sens. Politiquement, intellectuellement, relationnellement, le lèche-culisme, la benoîterie intéressée, la convention lisse me hérissent. Oh, j’y cède aussi par moments, et c’est tant mieux ! Cela permet de survivre, parfois ; cela nourrit ma co-lère donc mon inspiration et mes aspirations ; et cela me permet d’ironiser sur ce qui m’irrite sans don-ner de leçons, car je connais bien les charmes très justifiables du renoncement à la réflexion. Ben oui, c’est moins fatigant, ce qui n’est pas négligeable ; ça ramène plus d’amis et moins d’ennuis ; et, cerise sur le clafoutis, ça ne vous entraîne pas dans ces « discussions idiotes qui nous font perdre du temps » que chantait Frederik Mey quarante ans avant l’essor des « réseaux sociaux »…

 

Bertrand Ferrier chante "Glotte sèche"


Voilà pour le côté « duperie ». Pour le côté « chanson d’actualité » ou « de circonstance », j’en ai glissé quelques-unes à l’occasion de tel remaniement ministériel ou de telle élection. Néanmoins, c’est vrai, je suis assez nul pour « les grands sujets, les grands machins » propres aux chansons sylvestres pas dégagées, d’autant que je suis convaincu que ces grands sujets et grands machins résonnent mieux, dans une chanson, avec de petits sujets et de petits machins. Ainsi, « American Movie » est une illus-tration de ce que j’ai évoqué au cours de notre entretien – même si analyser une chanson est à la fois factice et, je l’admets derechef, très prétentieux. D’abord, c’est une chanson qui date de 2011, que j’ai rechantée parce que j’essaye de ne pas laisser mourir les « vieux » titres de mon répertoire. L’avantage de ne pas avoir un grand public de fans, c’est aussi que vous pouvez opter pour les chansons qui vous plaisent, vous amusent ou vous titillent sans guère d’obligation que votre capacité de travail ! Ensuite, c’est une chanson qui, autant que j’y comprenne quelque chose, refuse l’opposition habituelle entre « chanson française » et « culture anglophone » : la chanson accole certains stéréotypes du cinéma américain à grand spectacle, sans le moins du monde dénoncer ces boeufs que seraient les États-Uniens, plutôt pour offrir un miroir sur notre propre vision de la France et de nous-mêmes. Enfin, c’est une chanson qui laisse la place à l’imagination et à la culture de chacun, mais qui essaye quand même de ne pas laisser sur le côté les amateurs de chansons (il y a des couplets clairement définis, une chute et un riff qui, comme chante Véronique Pestel dans « La parole de l’autre », est là pour ne pas qu’on s’ennuie), car je déteste souvent les chansons poétiques où on ne bitte rien… à quelques exceptions près. Du coup, je ne sais pas si certaines de mes chansons collent à l’actualité (sauf quand j’affirme que j’ai la glotte sèche, c’est rarement inexact) ; cependant, en associant différents types de colères, d’amusements, de styles, et en les ravaudant pour faire un récital aussi cohérent et surprenant que possible, j’essaye que le résultat soit le plus stimulant, le moins ennuyeux et le plus plaisant possible.


Après le livre, peut-on espérer un album du genre Bertrand Ferrier chante ses plus beaux succès ? N'est-ce pas frustrant pour vous d'avoir autant de chansons mais rien enregistré sur disque à ce jour ?


Deux questions en une, donc deux réponses, tant pis pour vous.
D’une part, vous murmurez que j’ai commis un grand nombre de chansons, et j’avoue, j’avoue tout : j’ai écrit et chanté plusieurs centaines de chansons. Beaucoup ont fait l’objet d’enregistrements en concert de qualité, disons, artisanale, mais souvent révélatrice de la réalité de ma vie de chanteur sévissant fréquemment dans le brouhaha et l’indifférence. Pour les curieux, j’en ai recensé quelques dizaines ici. Si vous le permettez, je voudrais juste expliquer pourquoi il y en a autant. Quand je chantais beaucoup, un petit groupe de foufous revenait m’entendre très régulièrement. Même si d’aucuns me conseillaient, entre autre (c’est formidable, le nombre conseils que l’on peut recevoir, surtout si, bref), de répéter le même récital pour qu’il soit parfaitement au point, je ne voulais pas imposer aux généreux habitués les mêmes rengaines hebdomadaires. Alors, je changeais l’ordre et j’ajoutais des inédits. D’où la multiplicité des chansons. D’autre part, vous suggérez que je suis frustré de ne pas produire un disque gardant trace du travail, des chansons, du vécu. Dans de bonnes conditions, ce serait sans doute rigolo, évidemment ; mais, hic et nunc, j’avoue n’avoir pas les moyens de produire un projet un peu digne.


Alors, où en êtes-vous côté projets, concerts etc ?


Côté chansons – comme quelques-uns, je crois –, j’attends que l’on m’appelle en faisant semblant que je n’attends rien. En attendant sans attendre, donc, je créerai un récital autour des chansons religieuses de Brassens, Barrier, Debronckart, Leprest, Polo, Tekielski et alii avec un bassiste-hautboïste le 21 juin à 19 h, dans une salle du huitième arrondissement parisien.


Il y a une question à laquelle on n'échappe pas ici : votre plat préféré ?


Je vous dirais bien « la vengeance », parce que ça peut se manger froid et faire du bien par où ça passe… mais je ne suis pas rancunier, j’ai plutôt de la mémoire. Pour le reste, en famille, je crois que j’aime bien le clafoutis aux griottes chaud et pas assez cuit (avant de siroter une mirabelle en jouant à la belote avec un partenaire et des adversaires décents). Entre amis, je rêve toujours de manger une sa-lade en partageant, en terrasse mais sans suffoquer sous la fumée des clopeurs, une bouteille de rosé bien agréable, et pas que parce qu’il est bien frais ! Alors, j’ai bon ?

Entretien réalisé par L.M et associés.

http://www.bertrandferrier.fr 

Flâner dans le monde de Bertrand Ferrier...

Bertrand Ferrier au Connétable

 

On ne résiste pas à l'envie de vous faire découvrir les chansons de Bertrand Ferrier. Que dire : qu'il est un lointain descendant de Sacha Guitry flanqué d'un Pierre Dac (avec ce je-ne-sais-quoi de Didier Super, mais en plus classe, quand même). C'est caustique, virtuose...tout ça pour vous dire que s'il passe quelque part pas loin de chez vous, allez-y. Et rdv sur notre spéciale interview de l'artiste. 

Bertrand Ferrier chante "La maison la plus énervante"

 

Bertrand Ferrier chante "Le jazz, mode d'emploi"

Bertrand Ferrier chante, en bis, "Journée de merde"

 

Bertrand Ferrier improvise sur la "Pastorius Toccata" de Yannick Daguerre

 

 

 

 

 

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'A Vous Dirais-Je' ou quand Jann Halexander nous parle d'amour

 

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Il est loin le temps où les artistes sortaient un album tous les 4 ans. Les modes d'écoutes ont changé, nous vivons dans une forme de frénésie qu'on peut déplorer, mais qu'on ne peut nier. Le pionnier en France, c'est peut-être Jean-Louis Murat capable de sortir deux albums la même année (côté anglo-saxon, on avait déjà testé les créations compulsives de Prince ou Björk). Ou alors, référence plus underground, quoique, Jean-Louis Costes. La chanteuse plus mainstream Zazie a pris le relais en nous sortant un album chaque année quasiment ou des albums avec 40 chansons. Evidemment, certains journalistes ont fait part de leur perplexité, au même titre que les 'spécialistes' du marketing musical, mais chers amis, les artistes ..artistent, pour paraphraser Jean-Pierre Réginal. L'écrivain, le chanteur, le photographe, le peintre qui ne font que ça, ne vivent que pour ça et ne vont quand même pas s'excuser d'être prolifiques. Et puis de toute façon ils ne nous obligent pas à les suivre. Ils proposent et ensuite, on répond ou non. A la rédaction, nous avons nos têtes, que nous suivons plus ou moins. Ne boudons pas notre plaisir : grâce à nos écrits, de nombreuses personnes ont découvert Jean-Pierre Réginal par exemple (à tel point qu'il nous fut reproché, avec agressivité parfois d'être son attaché de presse, ce que nous démentons évidemment). Et puis, tout de même, à la rédaction, nous les apprécions, les chanteurs créatifs, prolifiques, sur scène, sur disque. C'est signe de vitalité artistique, on aurait tort de s'en plaindre. C'est un patrimoine dans lequel on peut se plonger, qu'on peut découvrir, redécouvrir – qu'on songe à l'extraordinaire discographie d'Elisa Point, de la chanteuse Robert.

Jann Halexander - LAURE ET FREDERIC

 

Le dernier album de Jann Halexander, 'Affidavit' remonte à l'été dernier, il justifiait le spectacle du même nom, qui somme toute, a peu tourné, comparé à d'autres tour de chant les années précédentes. Un album qui n'existe pour le moment qu'en version digitale. Il n'y a pas eu de communication là-dessus, juste un album également en version digitale uniquement, de remixes de 'Papa, Mum' sorti pour les fêtes de Noël (habile) et diffusés par de nombreuses webradios américaines, néerlandaises, françaises. Puis le passage de l'artiste au Café de la Danse, aux côtés de compatriotes gabonais, le 21 janvier dernier contre la dictature au Gabon, des concerts privés dans l'Oise et une date au cabaret le Magique. Puis plus rien. Si le chanteur est prolifique, il s'exprime peu par ailleurs, sur facebook, twitter, instagram. Une photo ici, une photo là, un lien vidéo. Et c'est tout. Chanteur indé, oui sûrement, chanteur de proximité, on aura vu mieux. Même cette période de soubresauts politiques ne l'a pas fait sortir de sa tanière quand d'autres ont pris position. Pas de commentaires, pas de participations à des débats enflammés sur les réseaux sociaux. Et cet album à contre-emploi à priori. Parce que le chanteur, on l'a déjà dit ici, est capable du pire comme du meilleur. Le meilleur c'est 'Aucune Importance'. Le pire ce sont des chansons tragico-mièvres du genre 'Apprendre à mourir'. Donc un album qui parle d'amour suscite une certaine appréhension. En général d'ailleurs. On se surprend à aimer la ballade apaisée 'Laure et Frédéric', inspirée d'une légende celte. On frissonne avec 'Sur sa peau noire', dont on ne sait si c'est adressé à un homme, une femme, peu importe. D'ailleurs de l'ambiguïté sexuelle, il en est largement question dans 'A Vous Dirais-Je' inspiré, étrangement, de 'La clairefontaine', et qui reste dans la mémoire longtemps après écoute : 'un mulâtre se jette du haut de l'échafaud'. On pensait écouter un album certifié grand public et on retrouve l'artiste et ses obsessions avec lesquelles il fascine ou emmerde (ou les deux) depuis tant d'années. Obsessions qui l'ont enfermé dans une certaine image, sans doute, qui peut-être créent un plafond de verre en notoriété (à relativiser au vu du petit succès de 'Papa, Mum'), qui ont renforcé le malentendu entre lui et les médias (quand le verra t-on sur Taratata?), mais qui lui ont assuré une place incontestable dans la chanson. Il est toujours question de mort, de sexualité, d'identité. Allez, une nouveauté quand même, notre artiste marginal nous a pondu une chanson écologique, effet sincère ou effet de mode (l'un n'empêche pas l'autre, un peu comme Macron qui réclame Hulot) : 'L'Elélphant du Destin'. Fable contre le braconnage et contre l'exploitation animale. La vraie surprise de l'album.

 

Album 'A Vous Dirais-Je'

Lalouline Editions / Label TH

Sortie le 7 juin, en vente sur Ebay, Priceminister et plates-formes de téléchargement légales


Par respect pour Mélenchon, nous voterons Macron - et au nom d'une certaine idée de la chanson

 

Il y a des moments fulgurants dans cette campagne. Poutou qui remet les pendules à l'heure face à Fillon et Le Pen. Macron qui abat la rumeur sur sa supposée homosexualité (comme si l'homosexualité selon ses détracteurs était un crime). Mais le moment qui nous a le plus émus, c'est la minute de silence de Mélenchon en l'honneur des migrants disparus en pleine mer. Peu importe ceux et celles qui parleront de calcul politique, nous n'y croyons pas un seul instant. A travers nos blogs 'Culture et Chanson' et 'Noirs et Métis de la Chanson', nous parcourons un éventail large de la culture francophone, d'un patrimoine francophone riche de ses diversités, complexités. Nous avons analysé les œuvres de chanteurs d'horizons très différents, parfois même de sensibilité politique très différentes (ce qui nous a été reproché) et que nous avons souvent interviewé, mais toujours avec ce souci de montrer justement la dimension universelle de la chanson en langue française, puisqu'il s'agit essentiellement de notre créneau.

Il y aurait quelque chose de profondément incohérent d'appeler à voter pour Marine Le Pen ou à s'abstenir. Ce serait incohérent, ce serait injuste. De plus, les électeurs de Mélenchon qui sont fiers de voter blanc, de s'abstenir, voire de voter contre Macron n'ont absolument pas compris le programme de Mélenchon, la pensée de Mélenchon, qu'on ne saurait mettre, contrairement à ce qu'ont voulu nous vendre la plupart des médias, au même niveau que les ténors du FN !

Nous n'estimons pas que Macron (malgré ses défauts) et Le Pen se valent. Nous ne pensons pas du tout que Macron puisse apporter quoique ce soit à la sauvegarde du patrimoine chanson en langue française (et en ce sens, ses prédécesseurs n'ont pas brillé là-dessus non plus, de Giscard à Hollande). Ce que nous savons : il est des pays y compris en Europe, où même des modestes blogs avec une relative liberté de ton sont censurés par les pouvoirs en place. En tête de liste, évidemment la Biélorussie, la Hongrie de Viktor Orban. Sur nos blogs, nous nous intéressons aussi bien aux artistes de pur divertissement (repos des neurones) qu'aux artistes plus difficiles d'accès, qui disent des choses qui ne caressent pas forcément la majorité dans le sens du poil. Cette liberté de ton, pour nos modestes blogs (j'insiste sur le mot modeste, même si nous sommes très sollicités), nous y tenons et forcément il y a là une dimension politique. Ce n'est certainement pas sous un parti d'ultra-droite/extrême-droite, appelez cela comme vous voulez, que nous la conserverons. Nous apportons donc, sans réel enthousiasme, mais sans regret, notre soutien entier à Macron. Bon. Une fois que c'est dit, à lui de se démerder.

Culture et Chanson
Noirs et Métis de la Chanson

N. B : nous ne censurerons pas les commentaires (sauf ceux à connotation raciste, homophobe, sexiste, discriminatoire ou diffamatoire) ET nous n'interviendrons pas dans les commentaires, ce qui est dit est dit.

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Nicolas Jules : ANIMAL CHANTEUR !

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 Alors comment ai-je écouté le nouvel album de Nicolas Jules ? Bien... La veille, je m'étais farci deux albums de Nick Cave, vous savez ce chanteur folk australien à la voix caverneuse, au lèvres tombantes, au front tombant (et bientôt aux cheveux tombant). J'avais emprunté ses albums dans une médiathèque (oui, je suis une espèce rare). Après avoir écouté l'album de Nicolas Jules, sombre, rugueux, caverneux, bref, puissant, je me suis demandé (naïvement, j'avoue) pourquoi les mélomanes branchés à deux balles de chez nous jouissaient sur des duplicatas de chanteurs folk anglophones qui n'ont pas plus que ça besoin du public francophone (d'autant plus que les publics anglophones en général se contrefichent, eux, de nos artistes francophones). On aimerait voir plus souvent des artistes comme Nicolas Jules dans des médias autres que les médias habituels (que ce soit sur internet, à la radio ou à la télé). Pourquoi, nous, en tant que public, n'y aurions pas droit, après tout ? 

J'ai des principes dans la vie. Tenez, voici un principe : je ne vous présenterai pas Nicolas Jules. Il ne faut quand même pas exagérer, depuis le temps qu'il chante. Si vous ne le connaissez pas, si vous êtes encore persuadés que la chansooon françaaaise s'arrête à Jacques Brel et Anne Sylvestre (immenses talents), si vous pensez que la variété francophone actuelle n'a pas d'horizon au-delà de Vianney, alors navré, à la rédaction, on ne peut rien faire pour vous, à part vous dire que vous avez foiré votre vie. Au passage si vous ne connaissez pas : Garance, Agnès Bihl, Nicolas Bacchus, Manu Galure, Gilles Roucaute, Jann Halexander, Alexis HK, Imbert Imbert, Eric Toulis, Clémence Savelli, Jorane, Klô Pelgag, Kumisolo, Nicolas Fraissinet, Gauvain Sers, Jérémy Bossone, Tomislav, Eric Frasiak, Emilie Marsh, Léonore Boulanger, Bertrand Ferrier, Delphine Coutant pour ne citer que ceux-là, alors votre cas est désespéré. Doublement. J'abandonne*. 

Revenons au nouvel opus de sieur Jules, dont la couverture montre un artiste avec son temps, celui d'une modernité étouffante, bien réelle, avec laquelle il faut composer. L'artiste, stoïque, est écrasé par une profusion de magnétos, radios etc. Ces engins de brouhaha, qui crachent leurs animateurs de bonne humeur dès 6h du matin, leurs sondages, leurs débats polémiques, leurs actus moribondes, leurs playlists calibrées. Bref, autant de crèves-silences. Il fut un temps où on a connu Nicolas Jules plus drôle. Mais le temps est-il seulement à l'humour ? Il a fait du chemin, au gré de centaines de concerts, depuis son premier album Le cœur sur la table (2004, primé par l'Académie Charles Cros), il a parcouru la France de long en large, ça marque, ça imprime, forcément, sur le processus de création.

 

L'ouverture : Ambiance. Texte magnifique servie par une mélopée rock/roadmovie, cette errance de l'artiste sur un port, non pas un port de carte postale, plutôt un port industriel, et l'artiste dans ce lieu si humain, si industriel, cherche le poisson volant, cherche l'oiseau plongeur. Cherche l'animal. L'animal qui est en lui ? Ambiance annonce l'album, le justifie même. Et puis l'amour. Au fur et à mesure qu'on progresse dans le disque, on se rend compte que l'Amour est une obsession pour l'artiste : mais ce n'est pas clair, c'est diffus, dérangeant, trouble, à l'écoute de L'eau noire. Et la voix de Nicolas Jules, identifiable entre mille, happe l'auditeur, presque incantatoire. Voix grave, blessée, ample d'un créateur qui cherche la lumière dans l'obscurité, qui cherche une vérité intérieure au milieu des chiens qui aboient, qui voudrait être fort, mais se sent aussi vulnérable qu'un faon (coup de cœur pour l'entêtant Faon, qui a tout du tube). 

C'est un immense album, produit avec les tripes, qui confirme pour la énième fois, le haut niveau des artistes francophones actuels, qui n'ont certainement rien à envier ni aux générations précédentes ni aux anglo-saxons que certains de nos critiques mettent parfois un peu vite sur un piédestal. Vu le contexte complètement foutraque du milieu musical, durer, c'est le plus compliqué pour un artiste. Un artiste ne dure pas impunément. Et quand on écoute Crève-silence, on comprend pourquoi Nicolas Jules est toujours là, devenant une référence pour certains. C'est amplement mérité. 

Album Crève-Silence

Sortie le 28 avril

Production NJ

 

http://www.nicolasjules.com

https://www.nicolasjules.com/concerts

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Jules

  

* En ces temps de vierges effarouchées, certain(e)s ici seront chagrinés par ma sévérité. J'allais dire 's'il se sentent blessés, je m'en excuse'. Mais ce serait malhonnête. Ce sera plutôt : s'ils se sentent blessés, et bien tant pis. Les artistes cités pêle-mêle ont bâti des parcours intéressants, variés, fascinants, complexes sur plusieurs années et on leur souhaite que ça dure. Ils n'ont pas snobé les médias et les médias ne les ont pas toujours snobé ( rappelons-nous du magnifique passage d'Agnès Bihl chez Drucker, invitée par Guy Bedos). Alors si tout un public continue de faire comme s'ils n'existaient pas, si tout un public préfère aller vers la facilité (celle qui tire vers le bas), on est en droit de le brusquer un peu, d'user de provocation. Même si cela reste de la chanson. 

La Journée internationale des droits des femmes en chansons...

 

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Anne Sylvestre, l'incontournable, Grande parmi les Grand(e)s

 

 

Dalida. Un Destin.

 

 

Mylene Farmer. Liberté faite femme. Clin d'oeil à Juliette Gréco.

 

 

 Damia. Une pionnière.

 

 

Mireille Mathieu. Une certaine France.

 

 

 Agnès Bihl. Une certaine idée de la Chanson. Référence. 

 

 

 Clémence Savelli. Rare donc précieuse

 

 

Et tant d'autres. A découvrir, aimer, 365 jours par an...

 

L.M

Brigitte Lecoq chante Barbara : ode au beau classicisme

 

Brigitte Lecoq chante Barbara : ode au beau classicisme

 

Les disques de reprises sont toujours difficiles à aborder surtout quand il s'agit d'artistes classiques : Brel, Brassens, Léo Ferré, Barbara, voire Allain Leprest. Barbara. On va en entendre, du Barbara cette année. Déjà 20 ans que la longue dame brune nous a quitté. Elle et dans sillage, d'autres, Moustaki, par exemple. Des fantômes, des présences, des artistes qu'on écoute avec un pointe au cœur. Et puis on peut toujours les écouter, à quoi bon, ils ne sont plus, ils partis. Barbara disait qu'il faut écouter les artistes de leur vivant. Ici, nous dirons aux lecteurs, écoutez les vivants, chantez-les. Au début un projet de reprises de Barbara : oui, bon..un de plus ? Mais...pas si vite ! 

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Bien sûr, il y a des projets de reprises intéressants et puis intéressants ou pas, les projets de reprises participent à la valorisation du patrimoine chanson. On ne dira jamais à quel point la France reste indépassable pour la diversité, la richesse de son patrimoine chanté. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que certains ont le droit de chanter Barbara et pas d'autres ; C'est une bonne chose que Bruel interprète Barbara et il mérite pas le seau de merde que lui versent dessus les apôtres du bon goût. C'est une bonne chose aussi que Brigitte Lecoq chante avec un certain classicisme, sans maniérisme aucun, Barbara. C'est précis, clair, sobre, ce n'est pas de l'imitation mais une talentueuse interprète qui s'efface derrière la chanson et met en lumière cette chanson.

 Et puis les interprètes comptent, il en faut à une époque où tout le monde veut écrire des chansons alors que savoir écrire des chansons n'est pas à la portée de tout le monde (en souvenir, cet entretien de la grande Anne Sylvestre qui disait que l'écriture d'une chanson est un don). Coup de cœur pour la reprise très bossa nova 'Le Soleil Noir'. A la rédaction, on souhaite de nombreuses dates pour son spectacle 'Avec Barbara' (avis donc aux programmateurs) et puis aussi, on souhaite car on pense que ce sera intéressant, la voir chanter d'autres artistes, même de jeunes chanteurs. Et puis, pourquoi pas ...ses propres chansons ?

 L.M

 

Des cadeaux sous le sapin 2016 : de La Réjane à Mathieu Rosaz !...

Des cadeaux sous le sapin 2016 : de La Réjane à Mathieu Rosaz !...

Que de choses se sont passées depuis la création de ce blog en 2008. Avec de nombreuses réactions. Très tôt, moi, puis des collègues par intermittence, avons assumé la dimension éclectique de Culture et Chanson, quitte à froisser certains esprits chagrins. Nous refusons le déclinisme ambiant, à la mode en France, nous le refusons encore plus dans le cas de la culture. Malmenée, bafouée, moquée, ignorée trop souvent, elle est pourtant là. Avons-nous besoin de culture ? Le cynique pur et dur, le capitaliste pour qui la vie se résume à l'argent, un bon mariage et une belle maison, vous diront à demi-mots que non. Avons-nous besoin de chansons ? Après tout, les gens ont autre chose à faire qu'écouter des chansons. 

Tatatatata : oui nous avons besoin de culture, oui nous avons besoin de chansons ! La vie des humains ne se résume pas à chercher pitance et tuer son prochain éventuellement pour être sûr d'assurer sa pitance. Donc pour cette fin d'année 2016, on a envie aussi de dire MERCI, MERCI à tous ces artistes chanteurs venus de milieux différents, que ce soit de la grosse variété, de la chanson à texte, de la pop indé, on leur dit MERCI d'être là. Après tout si on n'est pas obligé d'écouter des chansons, eux ne sont pas obligés de chanter. Non mais c'est vrai, quoi. Dans l'absolu. 

Enfin voilà, la chanson d'expression francophone continue d'exister et si vous n'avez pas d'idées pour les cadeaux de Noël, nous, on en a pour vous.

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La Réjane nous propose un album éponyme d'une très belle qualité. Une voix grave, veloutée sur des arrangements somptueux. Un de nos coups de cœur de cette fin d'année, assurément. Le titre 'Au Bois' hante encore la mémoire. Songez à la poésie de ce vers : Tous nos cris dans la clairière ont effrayé la terre...alors on s'imagine partir seul en train, les chansons de Réjane dans les oreilles, en regardant défiler les paysages, juste se laisser aller, porter, presque en état second...

La Réjane - Simone

 

www.larejane.com

 

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Haut de gamme aussi l'album 'Traverser les saisons' de Blanche : airs absolument entêtants, on songe au potentiel tube 'Ohé Ohé' (avec une délicieuse intro japonisante). Influences de Zazie, de Camille...Anne-Sophie Blanchet possède et la plume et le sens de la musique. On regrettera juste un peu l'extrême sobriété de la pochette, du livret, côté graphisme et photographies, tant certaines chansons sont flamboyantes. Blanche ou le goût du paradoxe ? Il va sans dire qu'on attend de voir ce que donne cet album sur scène. En toute logique, il devrait intégrer en attendant, sans trop de mal, les playlists de Fip à France Bleu, c'est tout le mal qu'on peut lui souhaiter. 

http://blanchemusique.fr/ 

Côté chanteuses, toujours, on rappellera encore la sortie du nouvel opus de Delphine Coutant, véritable joyau dont nous avons parlé il y a quelques semaines. 

Denis Rochard

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Dehors tout refleurit / Delphine Coutant

 http://www.delphinecoutant.fr/

 

Autre surprise : 'Papa, Mum Dab Remixes' de Jann Halexander. DaB propose des remixes ultra-efficaces de Papa, Mum, peut-être le' 'tube' de Jann Halexander, sorti en mai dernier. Un album disponible sur Bandcamp qui confirme que le Mulâtre errant (son surnom) est devenu grand public. J'en veux pour preuve la nièce d'un voisin, 15 ans, qui me montrait hier la playlist de son smartphone, où 'Papa, Mum House Mix' est positionné entre Maïtre Gims et Stromae. Mention spéciale au remix des 'Couleurs de l'Automne' (titre original chanté par le trop discret Vincent Ahn).

Jann Halexander - Les Couleurs de l'Automne [Dabmix/Vincent Ahn]

Jann Halexander - Papa, Mum [Dab Housemix]

 

COVER PAPA, MUM REMIX

 https://jannhalexander.bandcamp.com/album/jann-halexander-papa-mum-dab-remixes

 

Il y a le disque, oui, enfin, il y la scène aussi. Pourquoi ne pas offrir une place de concert ? En l'occurrence le spectacle de Mathieu Rosaz. Il a bien mérité sa réputation d'être l'un des meilleurs interprètes masculin de la chanson francophone. Et chose suffisamment rare pour être soulignée, quand tant d'hommes chantent inlassablement Brel, Ferré, Brassens, maintenant Leprest (on rêverait de les voir changer un peu de registre, interpréter du Marc Havet, du Jean-Pierre Réginal ou du Henri Tachan), et bien sieur Rosaz chante très souvent les femmes, peut-être il les magnifie encore davantage : Barbara, Véronique Sanson, Anne Sylvestre etc. Son nouveau spectacle aborde les chanteuses qui firent les joies du Top 50 dans les années 80, Lio, Farmer en tête. Atypique : un cadeau original. Pourquoi ne pas offrir des places pour son spectacle 'Ex-Fan des 80's', les dimanches 8 et 22 janvier 2017 au Théâtre de l'Essaïon ? Un théâtre situé au cœur du Paris touristique, en plus...(réservations sur le site Billetreduc). 

"Ex-Fan des 80's" (teaser) - Mathieu Rosaz - 2016

 "Sans contrefaçon (M. Farmer)" par Mathieu Rosaz dans "Ex-Fan des 80's" (2016)

  

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https://www.mathieu-rosaz.com/

 

SI LA NUIT Poème Ernest Pépin Musique Urbain Rinaldo

RYADH - Je rêve (Extrait de l'album "Je Rêve")

RYADH - Paris je t'aime

  A propos de concert, doit-on encore insister pour vous encourager à aller voir Urbain Rinaldo, pianiste virtuose qui sublime la poésie antillaise, Ryadh et sa belle rage de vivre communicative sur scène ? Certes, vous trouverez des vidéos sur youtube, mais enfin, ne restez pas chez vous trop longtemps quand même...et sortez : allez- les voir ! C'est facile de se plaindre que la télé c'est nul, que c'est toujours les mêmes, bla bla bla, oui ben non, allez les voir ces artistes, dont nous parlons ici. Peut-être vous aimerez peu, et alors ? Au moins vous aurez fait d'intéressantes découvertes, ce n'est jamais perdu. Pour ma part, je crois d'ailleurs que vous les aimerez beaucoup et sachez que beaucoup de gens en différents lieux de France aimeraient les voir dans leur ville. Mais les artistes ne choisissent pas toujours où ils vont chanter : ils vont en général là où on les invite. D'ailleurs au passage, si dans votre ville, la Savelli se produit, allez-y aussi, à la rédaction, son album 'Le Cœur comme une Bombe' a remporté tous les suffrages (nous y avons consacré un article à la rentrée). Si Clémence Savelli passe par chez vous, ce serait dommage de rater ça.

 

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Clémence Savelli - Mon tour d'amour

 

Clémence Savelli - Album "Le Coeur comme une bombe" - Teaser

  

https://clemencesavelli.jimdo.com/

  

Franchement, on n'est pas bien, là ? Nous vous avons déroulé sur un tapis rouges de très bonnes idées de cadeaux de Noël. Si vous vous plaignez encore, vous seriez d'une absolue mauvaise foi.

 Sur ces mots, Culture et Chanson vous souhaite un Joyeux Noël 2016 !

 

L.M

 Et pour finir cette année, deux raretés : Jean-Pierre Réginal dans une émission télé. Collector. Oui. L'artiste est présenté par Sevran, un des rares animateurs télé qui défendit une certaine chanson. 

"Une valse se promène" texte et musique : Jean-Pierre Reginal

  

"J' ai froid partout" - texte et musique : Jean-Pierre Reginal