15 août 2009
Blog culture et chanson devenu Blog D´Or...et Colette Magny
Une belle nouvelle estivale...
paru sur
http://franceblog.canalblog.com/
Tout d’ abord je voudrais offrir ce blog d’ or à :
- Luc Melmont pour son blog: “Luc Melmont, culture et chansons”
Il
nous parle de chanson et de musique au travers d’articles très
intéressants, nous fait partager ses interviews sans parti pris…un vrai
reporter de la chanson française…vous apprécierez!
***
Je souhaite dire aussi que ce ne sont pas seulement les articles qui rendent ce blog riche en informations mais aussi les avis des internautes, qui parfois parlent avec passion, je songe au texte sur Colette Magny que je reprends mot pour mot d´un visiteur :
Colette Magny
Formidable chanteuse de blues, Colette Magny reste le plus mauvais
souvenir d'un spectacle chanson. J'étais étudiant et j'avais payé pour
la voir à l'auditorium de la fac, en 1969. C'est la seule fois où j'ai
quitté un récital avant la fin. Ce n'était, d'un bout à l'autre, qu'un
monologue, parfois accompagné de sa guitare et d'un contrebassiste qui
s'ennuyait manifestement, une harangue politique sans aucune
cohérence... De chanson, pratiquement rien. Plus d'un tiers du public
est parti avant la fin, pourtant, un public d'étudiants conquis
d'avance et vite désanchanté.
Ce n'était même pas de la démagogie de bas étage, c'était n'importe quoi.
Je
ne suis pas le seul, je l'ai vu par la suite, qui ne regrette pas
aujourd'hui cette Colette Magny là... Je garde seulement un joli petit
45t dans ma discothèque, avec le délicieux Melocoton
et, quand je l'écoute, je me prends à croire que j'ai rêvé le spectacle de 69.
Anonyme
Luc Melmont
12 juillet 2009
Un artiste et son public
Un artiste et son public
Le public qui vient le voir est hétéroclite. Des hommes, des femmes de toutes les couleurs et orientations et sexuelles, de tous les âges aussi. Il y a le jeune étudiant qui vient remercier le chanteur à la fin car il s'est reconnu dans le personnage d'Antoine Blanchard, amoureux bafoué dans la chanson J'Aimerais J'Aimerais. Il y a ce couple aussi : l'homme est armé de sa caméra et discute avec les autres après le spectacle de sa passion pour les chansons de Jann Halexander, tandis que sa femme avoue avoir pleuré à plusieurs reprises. Et ces spectateurs aussi qui ont vu un concert de Jean Guidoni la veille et qui en profitent, lors de leur séjour parisien, pour aller voir sur scène celui que beaucoup considèrent (à tort ou à raison?) comme son héritier. Il y a cet étudiant d'origine camerounaise qui vient voir l'artiste à la fin du concert pour signifier son étonnement : un franco-gabonais qui fait de la chanson piano-voix, un format on ne plus classique dans la chanson à texte et où les gens « de couleur » se comptent sur les doigts de la main, ce qui n'est pas le cas dans le rap, le reggae, la soul.
Après les concerts, les chansons restent : A Table, que les gens peuvent fredonner, s'approprier, notamment le refrain : Il va falloir se dire tout ça à table, à table. Une chanson qui a le potentiel d'une chanson populaire. En attendant, il y a surtout un chanteur passionné qui chante pour « son » public qui s'élargit d'année en année. Selon ses détracteurs, et il sont nombreux, Jann Halexander est une star confidentielle, un chanteur pour initiés. A l'heure où les tops 50, les classements de ventes tiennent encore le haut du pavé (qui donc a retenu les leçons de la crise du disque ?), ce n'est hélas pas le propos de l'artiste qui intéresse mais son potentiel de vente. C'est dommage car des centaines d'artistes dans le monde de la chanson vendent peu et cependant ont un lien exclusif avec leur public. Connus, même vaguement, appréciés, leurs chansons mais aussi leurs pièces de théâtres, parfois leurs films sont présents dans la construction culturelle des gens. C'est ce qu'on appelle le partage. Car même aux pires moments d'une existence, nous avons besoin d'une chanson, d'une peinture, d'un poème, d'un livre, d'un film. La culture n'est donc pas une affaire de chiffres.
Pas forcément aimé par ses pairs dans le petit monde de la chanson, voire pas connu, Jann halexander compte dans ses « fréquentations » des artistes talentueux tels que Bertrand Burgalat, Maïk Darah, la voix française de Whoopi Goldberg, grande interprète de chansons ou encore...Jean Guidoni. La jeunesse du chanteur, son étrange maturité, son univers sombre et « désinvolte », ses textes passionnés et parfois aigre-doux sur l'amour, la différence, la sexualité, la mort, la famille font parfois peur ou laissent sceptiques. Il est un des artistes à chanter le vécu de l'être métis dans son intimité. Il n'était pas « prévu » qu'un jeune homme franco-gabonais chante sur l'écrivain Robert Brasillach (sur le ton de la dénonciation) ou les difficultés de la vie d'un couple de même sexe en Vendée. Et au fur et à mesure, Jann Halexander a crée un lien avec les gens en chantant des histoires, des « causes », avec ses propres mots, ses musiques, une vision personnelle qui rejoint l'universel.
Luc Melmont
Sites
http://apoplexia2008.blogspot.com/ - http://jannhalexander.free.fr/
28 mai 2009
Les mots qui manquent...un texte de Cyril C.Sarot

Un coup de coeur pour le texte de Cyril C.Sarot : "les mots qui manquent"
Pour vous procurer le recueil du même titre vous pouvez joindre directement l'artiste
c.sarot@yahoo.frc.sarot@yahoo.fr
, et vous rendre sur son site http://acquiparait.canalblog.com
Les mots qui manquent
C’est le nom l’épithète en
l’air
Le verbe qui joue à
cache-cache
Et l’oubli qui fait payer
cash
Les agios du vocabulaire
C’est un trou sur le compte en
banque
Les mots qui manquent
C’est celui qu’on voudrait
pas taire
Mais qu’on tait quand la
mémoir’ tangue
Et là sur le bout de la
langue
L’écho persistant du mystère
C’est le mal de têt’ qu’on
se flanque
Les mots qui manquent
C’est le choc la phras’ qui
déjante
Le blanc sous coup de
l’émotion
Bouche bée plus le moindre
son
Le vocable a pris la tangente
Sûr qu’ils sont un peu
saltimbanques
Les mots qui manquent
C’est le grand absent qu’on
remplace
Par sa doublur’ frangin
frangine
Le faux jumeau le synonyme
Lui qui tomb’ra pile à sa
place
Comme un carreau à la
pétanque
Des mots qui manquent
C’est tous les trucs qu’on
sait pas dire
Alors qu’on va dire autrement
L’outil le pinceau
l’instrument
Et leurs langues à vous fair’
frémir
C’est des œuvres à devenir
branque
Les mots qui manquent
C’est ceux qu’on condamne à
l’exil
Virés répudiés les bannis
Poils à gratter d’ordre
établi
Ils s’en vont fidèles à leur
style
Comme un insurgé qui fout
l’camp
Les mots manquants
Et c’est tous ceux qu’on
invent’ra
Pour clouer l’bec à ceux qui
causent
Qui légifèr’nt ceux qui
imposent
Et euphémisent à tour de bras
Là on les sortira d’leur
planque
Les mots qui manquent
Ils auront l’accent de
l’espoir
L’art d’en révéler
l’hypothèse
Dans nos bouches ils seront à
l’aise
Comme un œillet rouge aux
grands soirs
Un poisson dans l’eau des
calanques
Les mots qui manquent
24 mai 2009
Cyril C.Sarot : la Chanson manque d'interprètes
Internet, via google, youtube, myspace, deezer, dailymotion permet des
découvertes incroyables, bonnes, moins bonnes...elle redonne du souffle
à des chanteurs peu médiatisés, y compris ceux qui chantent depuis des
années. Je songe à Yves Duteil, que j'avais totalement oublié et la
passionnante série d'entretien avec la revue en ligne Le Doigt dans
l'oeil qui lui était consacré. Internet est un outil pour les chanteurs
qui arrivent...C'est aussi grâce à internet que j'ai connu le chanteur Jean-Pierre
Réginal, agréable découverte partagée avec des proches, amis, artistes,
famille.
Ainsi j'ai découvert, grâce à internet le parolier Cyril C.Sarot. J'ai
ressenti une tristesse immense : il n'y a plus d'interprètes en
France...presque plus et ils, plutôt elles se comptent sur les doigts
de la main : Francesca Solleville, Maïk Darah, Jacqueline Dannon,
Mouron etc...côté homme, c'est vide...Dans ce contexte, on est tenté de dire que les textes construits, longs
et fluides de Cyril C.Sarot sont un immense gâchis : pourquoi écrire des
textes sans l'assurance de les entendre chantés un jour ? Parce que la
plupart des chanteurs actuels écrivent leurs propres textes, même quand
ils sont fades, insipides, peu profonds. Il y a malaise en la demeure
Chanson.
La Passion guide l'auteur qui croit en lui et nous rend moins
pessimiste. Les textes qu'il publie à destinations des chanteurs sont
des bijoux qui demandent de belles voix et de belles musiques : Les
mots qui manquent, Fini les allocs, Angoisse monégasque, quand j'étais
babouin, Volem rien foutre.Un certain désabusement, beaucoup d'humour, pas de tendresse mais un
peu d'espoir. Quelque chose de tragi-cynique. Voici
le texte de Fini les Allocs, bienvenue en ces temps de crise, inutile
de l'expliquer, lisez, vous comprendrez, et si vous chantez, hâtez-vous
de chanter ce texte...salutaire...
Fini les allocs
Fini la paus’ réglementaire
Fini le temps de pas s’en faire
Le repos de l’âme est perdu
Le plaisir se fait superflu
Puis y’a plus un euro en stock :
Fini les allocs !
Fini le p’tit bout du salaire
La fin de droit s’envoie en l’air
Sur les genoux du temps qui passe
Les jours les nuits les mois s’entassent
Délicieux mais la loi s’en moque :
Fini les allocs !
Fini les sorties les cinés
Et les heur’s pleines à bouquiner
Pour qui sait lire entre les lignes
Tourner la page est la consigne
Et le constat sans équivoque :
Fini les allocs !
Fini les rencards au bistrot
La tournée r’mise à l’apéro
C’est là le pir’ de la débine
Ell’ rend la fin du mois radine
Et transform’ le demi en bock :
Fini les allocs !
Puis fini la déche à demi
V’la venu l’temps du RMI
L’temps où l’bon temps peut tourner gris
La galèr’ voguer à l’envi
Et avec des trous dans la coque :
Fini les allocs !
Fini les beaux jours bien finis
Social l’acquis n’est pas acquis
Là va falloir s’bouger les fesses
Pour l’prouver au CCAS
Mieux vaut pas foirer la convoc’ :
Fini les allocs !
Car citoyens, législateurs
Tous ceux qui se lèv’nt de bonne heure
Préfèr’nt se fair’ coupeurs de vivres
Plutôt qu’mécènes en art de vivre
Pour mieux r’ssembler à leur époque :
Fini les allocs !
Pour vous procurer ce recueil vous pouvez joindre directement l'artiste
c.sarot@yahoo.fr
, et vous rendre sur son site http://acquiparait.canalblog.com
Luc Melmont
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13 novembre 2008
Injuste ou juste : telle n´est pas la question (Jacques Brel, un clown sorti de l´anonymat)
Injuste ou juste : telle n´est pas la question (Jacques Brel, un clown sorti de l´anonymat)
Prenons du recul. Soyons froids. Relisons les textes des chansons de
Jacques Brel. Et concluons : ce n´était vraiment pas terrible. Les textes ont
mal vieilli d´ailleurs.
Jacques Brel avait une voix, une force dans l´interprétation, et il pouvait compter sur les arrangements du mythique François
Rauber. Mais si nous sommes terre à terre, l´oeuvre de Jacques Brel ne
se distingue pas des autres chanteurs à textes de l´epoque. Brel, clown
triste fut à la Chanson ce que Buster Keaton fut au cinema muet. Un
impudique se complaisant dans la complainte.Fabuleux comédien, imbécile
homophobe, macho meurtri. Ses dents de cheval, son profil et sa vision du monde font penser à Felipe, le
personnage timide et triste de la bande dessinée Mafalda. Un petit personnage triste qui fait rire...
Brel, contrairement a d´autres chanteurs, a connu une gloire mondiale,
aidé en cela par quelques photos noir et blanc qui l´immortalisèrent et
Ne Me Quitte Pas. Non, il n´était pas tout seul dans son talent, son
impudeur, mais c´est lui que le Grand/Gros public retient dans
l´Histoire. Pour combien de temps, d´ailleurs? Les autres chanteurs de
son époque auront droit à quelques louanges dans la bible de la
Chanson, Chorus, par exemple, un petit site ici et là.
Ce n´est ni juste. Ni injuste. C´est ainsi. La mise au panthéon d´un
artiste ne dépend d´aucune règle : c´est un mélange de hasard,
d´alchimie, de talent, de chance, de travail, de relations et encore
d´autres élements, sans aucun doute...
Luc Melmont
02 novembre 2008
Nicolas Bacchus : la chanson Ton Fils
Nicolas Bacchus : la chanson Ton Fils
www.nicolas-bacchus.com / http://www.myspace.com/bacchusnicolas
Peu médiatisée, mais peu importe; Et pourtant. Le silence des médias LGBT (lesbiensm gays, bis, trans) sur son répertoire est tout simplement consternant. Nicolas Bacchus a écrit les plus beaux textes sur l´amour entre hommes dans la chanson francophone. Des textes beaux, graves et légers, et sincères.
Nicolas Bacchus
Chanson: Ton Fils
Toulouse est maquillée
Pour la nuit et sa clique
Dans les bouges, les cafés
Je porte ma musique
Y'a bien toujours quelqu'un
Pour m'prêter un plumard
Me dire que rentrer c'est trop loin
Et endormir mon cafard
Mais ce soir-là personne
Je sais pas où m'poser
Alors je traîne ma pomme
Là où c'est allumé
Y'a des gens tous serrés
Et des néons bizarres
D'la musique à danser
Et en aidant le hasard
Refrain : Non Madame, cette nuit-là
Non, ton fils n'a pas
Dormi avec les filles
Non Madame, cette nuit-là
Non, ton fils n'a pas
Ton fils a dormi avec moi.
Dans une boîte un peu glauque
Pire qu'au pire cinéma
Ça s'voyait l'un comme l'autre
Qu'on avait rien à faire là
On est sorti marcher
Pour entendre nos voix
Et au lieu d'se quitter
On s'est embrassé, comme ça
C'est drôle, mais ça ressemblait
A des rêves d'avant
Quelque chose qu'on cherchait
Tous les deux depuis longtemps
On s'est trouvé tout con
On s'est serré plus fort
Nos corps ont des raisons
Que vos raisons ignorent
Refrain
Pleure pas, jolie Madame
Ton gars choisit sa vie
Va pas en faire un drame
Ton môme, je l'aime aussi
Et pas la peine de me chercher
A la Gay-Pride dans ta télé
J'passe pas ma vie à m'planquer
J'ai pas b'soin d'un jour pour m'montrer
(Ni d'une chanson, d'ailleurs…)
La la la la…
25 octobre 2008
Valse à Tout Va : les paroles de la chanson de Marc Havet
Nous vous proposons les paroles de la chanson Valse à Tout Va du chanteur Marc Havet.
http://www.marchavet.com
Chanson figurant dans le bel album live Marc Havet en public.
Valse à tout va
Tournent les affaires
Tout autour de la terre
De Courbevoie
Jusqu'à Shanghai
Ça valse à tout va
Et voilà l' travail
Valsent les usines
Valsent les machines
En Inde ou en Chine
Ici ça piétine
Le maître à danser
Est très cavalier
Il vous fait tourner
Jusqu'à satiété
Puis il vous invite
A valser de suite
Tourne manège
Triste cortège
Valse mélo
On achève bien les chevaux
Tournent les affaires
Et valsent les salaires
Chacun bientôt
Risque de valser
Et ne sait plus trop
Sur quel pied danser
Trop d' mond' sur la piste
De cett' valse triste
Le rythme s'emball'
L' baron mèn' le bal
Il envoie valser
La troupe en entier
Et comme on résiste
Pour qu'on quitt' la piste
Les videurs attaquent
Valsent les matraques
Tourne manège
Triste cortège
Valse mélo
On achève bien les chevaux
Tournent les affaires
Tout autour de la terre
Plus de faux pas
De contretemps
Ça valse à tout va
En deux temps trois mouv'ments
Valse la musique
Valse le public
Valse au garde-à-vous
Y vont tenter d' nous
Avoir à l'usure
Sans commun' mesure
De nous mettre au pas
Mais nous on veut pas
On va pas s' laisser
Marcher sur les pieds
Tourne manège
Foules cortèges
Tout a valsé
Va savoir comment ça va tourner
24 octobre 2008
Les joyaux de la Chanson Française : Jean Guidoni
Les joyaux de la Chanson Française : Jean Guidoni
…après Véronique Pestel et Anne Sylvestre, nous parlons de Jean Guidoni…la rubrique Les Joyaux de la Chanson Française a pour but de mettre en valeur, sous un angle particulier, des artistes français ou francophones qui oeuvrent dans la chanson. Leur niveau de popularité, la marque de leur voiture ou leur chiffre de ventes d’albums ne nous intéresse évidemment pas.
Jean Guidoni aurait pu rester un de ces chanteurs de variétoche des années 70, un peu ringards, dont les vinyls vendus dans les vide-greniers pour 1 euro ne trouvent pas un seul acquéreur. Les tout premiers disques du chanteur sont franchement médiocres : Le Tétard, Nana…textes sans grand intérêt, orchestration fade, voix mal valorisée…Jean Guidoni en ce milieu des années 70 fait les premières parties de Serge Lama ou Isabelle Aubret. Son installation tranquille dans la grosse variété, adaptée aussi bien aux fêtes de la rillette qu’aux galas de charité, sera chamboulée par Ingrid Caven. Une chanteuse allemande crépusculaire qui chante Kurt Weil, Brecht, évoque l’entre-deux-guerre, dévoile tout un monde au chanteur qui la voit sur scène, un chanteur déjà lassé par son métier et qui souhaite évoluer. Mais ce ne sera pas une évolution. Ce sera une transformation radicale. Qui en déconcerte plus d’un( e). Pierre Philippe a écrit pour Ingrid Caven, il écrira pour Jean Guidoni venu vers lui. La rencontre n’est pas aisée (lire Chanter n’est pas joué, écrit par le chanteur), mais c’est une rencontre riche qui donnera naissance au suprenant Crime Passionnel, en 1982. Crime Passionnel, un opéra pour un homme seul, présenté en 1982 aux Bouffes du Nord parisiennes…l’homme seul, celui emmuré dans sa chambre, son lit est sa barque, la chambre sa cellule glauque, les murs, Le Haut Mur qui cache la Vie…Un spectacle écrit par Pierre Philippe, à la musique le célèbre Astor Piazzolla, un maître du Tango Argentin. Le bouche à oreille fonctionne. A cette époque, internet n’existe pas, les gens sont encore curieux, sortent, se laissent séduire par la Culture. Une sorte de temps révolu, propice à l’innovation, la découverte…mais ne versons pas dans la nostalgie imbécile.
Sur scène, Jean Guidoni est maquillé à outrance, ce qui n’exclut pas l’élégance et le mystère, il précède Mylene Farmer dans la noirceur, la névrose. Il est d’ailleurs étrange qu’on ne mette jamais en parallèle les deux artistes à cette époque. La voix de Guidoni crache, invective, agresse, viole les esprits de l’époque. Univers décadent, luxure, crépuscule. Le « couple » Pierre Philippe paye le prix du succès dans le monde de la chanson : le chanteur plonge dans une marginalité dont il aura du mal à se défaire. Le célèbre inconnu de l’Olympia, comme disait Le Monde doit faire face à des décideurs dans le métier assez conservateurs, quelque soit leur bord politique. Les artistes l’évitent dans les loges (notamment les chanteurs dont les femmes pensent que l’artiste peut piquer leurs maris), des gens menacent de lui casser la gueule à la sortie des concerts. Un public passionné adhère totuefois à Guidoni à chaque album, y compris Putains. Pierre Philippe s’éloigne, Jean recherche de nouvelles plumes, se met à écrire davantage. En 1987, Tramway Terminus Nord lui permet de renouer avec le grand public amateur de variété, la chanson est diffusée sur les ondes et l’artiste est même invité dans une émission de Michel Drucker.
Restons dans le monde de la chanson : il faut se rendre à l’évidence et constater l’importance de Crime Passionnel, aussi bien dans sa forme, que dans le fond. C’est aussi le symbole d’une époque, quand la gauche de Mitterand arrive au pouvoir…une gauche toujours remise en question par le chanteur, aux convictions socialistes. Malheureusement le chanteur reste rattaché à cette période, les années 80, malgré des disques réguliers.
A l’instar de Jacques Brel, Jean Guidoni n’a pas vraiment d’héritiers dans la chanson actuelle. Et puis l’héritage est lourd. Ses chansons ne sont pas ou si peu reprises par d’autres artistes, le cas de reprise le plus connu étant le Haut Mur par Simone Tassimot, chanteuse au style réaliste nostalgique de Damia, passionnée de Gainsbourg. Ainsi Guidoni est une référence mais pas un phare. Toutefois, un jeune artiste actuel lui est régulièrement comparé, de Chorus au Doigt dans l’œil : Jann Halexander, l’auteur de Brasillach 1945, A Table, Déclaration d’amour à un Vampire.
Les similitudes sont nombreuses : noirceur, esthétique crypto-gay, névroses à travers les chansons, les clips, les concerts, les documentaires, les films. Guidoni a chanté la prostituion, l’errance, la folie, la mort mais aussi la famille (Un enfant, le Commandeur, dédié à son père), tout comme Halexander. Il a chanté les illusions politique (Rouge), tout comme l’auteur de Brasillach (sur cet écrivain condamné à mort, que De Gaulle refusa de gracier). Il est dit ici et là aussi que ces chanteurs sont des artistes pour initiés. Ce qui nous amène d’ailleurs à se poser la question : pourquoi un artiste n’oserait pas chanter pour « son » public ?
Chaque artiste est unique et les différences sont nombreuses. La marginalité est une volonté réelle, farouche chez Jann Halexander, une marginalité protectrice, une fin en soi qui lui procure une certaine aura. Ne dit-il pas de lui-même qu’il n’est qu’un passeur ? (voir son blog sur myspace). Il ne semble pas avide du succès mais de la passion créatrice. Peu connu, mais pas inconnu, peu vendeur mais vend quand même, peu médiatique et pourtant présent dans la presse, de Têtu à Ouest France. Mais c’est une « carrière » jeune, malgré une bonne cinquantaine de chansons enregistrées. 3 films, une pièce de théâtre (Confessions d’un Vampire Sud-Africain). Le temps travaille pour ce passeur de rimes et de notes.
Jean Guidoni assume sa marginalité mais n’en souligne pas moins le côté fardeau. On ne saurait le réduire à Crime Passionel et actuellement Jean Guidoni évoque aussi bien Nougaro que Bashung. Curieux, il sait passer de la chanson au rock. Il est aussi plus connu que Jann Halexander à l’heure actuelle.
Mais un autre élément sépare les artistes : ce n’est pas l’âge mais la couleur de peau. Par son existence, Jann Halexander franchit des barrières qui exigent une certaine volonté, une prise de risque (ou inconscience), notamment en mélangeant métissage et sexualité de façon si intense dans ses chanson : Le Mulâtre, Brown Man, Alien Mother…Ca a déjà été dit, un chanteur franco-gabonais au piano fait de la chanson à textes sur des amours homosexuels déchus en Vendée, des vampires ou Brasillach, c’est forcément atypique, nouveau, agaçant, étrange. Il est même probable que certaines personnes finalement ne peuvent pas rentrer dans l’univers tout simplement car c’est trop nouveau ( ?). Cependant, le chanteur se renouvelle très peu musicalement : toujours du piano, un son brut, rarement un saxo ici et là, ou de la flûte, mais surtout une voix, un élan passionnel. Certaines mélodies sont entêtantes.
Il semble que Jann Halexander dans les rares interviews qu’il a données, n’a jamais écouté Guidoni dans son enfance ni même son adolescence (sont cités pêle-mêle Sheller, Aznavour, Pierre Akendengué, Mylene Farmer, Joe Dassin, le compositeur Francis Poulenc). Pour autant il ne renie pas les comparaisons, accepte même les parallèles. Les journalistes ont besoin de cases, il est donc plus aisé de dire que Halexander évoque Jean Guidoni pour l’univers, Yves Montand pour la voix, Francis Poulenc pour la musique. C’est risqué aussi. Les deux artistes semblent se connaître un peu, de loin. Un film était même prévu les réunissant, OPFER, mais le tournage a été repoussé. Ou annulé.
Enfin, malgré quelques coups d’éclat (Brasillach 1945, J’Aimerais
J’Aimerais), il n’y a pas (encore ?) chez Halexander l’équivalent de Crime
Passionnel.
http://jeanguidoni.com/
http://www.myspace.com/jeanguidoni
http://jannhalexander.free.fr
http://www.myspace.com/jannhalexander
Prochaines Dates de concerts parisiennes des artistes :
Jean Guidoni
L'EUROPEEN, 15/16 décembre 2008
Jann Halexander
Théâtre Darius Milhaud, 28/29 novembre 2008
LUC MELMONT
23 octobre 2008
Les joyaux de la Chanson Française : Véronique Pestel

Les Joyaux de la Chanson Française : Véronique Pestel
Certain(e)s artistes évoluent dans le paysage culturel depuis des années sans que les médias ou l'élite intellectuelle parisienne ne s'intéressent à eux et elles. Pire encore, ces artistes sont tout simplement oubliés dans les anthologies et autres dictionnaires sur la chanson française pour d'obscures raisons. Il est possible aussi que l'indépendance d'un artiste en dehors des modes agace, gêne.
Ainsi Marc Havet chante depuis 1980, possède sa petite salle parisienne de concert-bar, le fameux Magique (qui compte notamment une belle clientèle de touristes étrangers
attirés par la chanson française),
écrit et chante de superbes chansons mais ne passe quasiment pas à la
télévision, la radio, est peu présent sur Internet et n'est pas cité
dans les ouvrages de référence sur la chanson française.
Tant d'années de carrière et rien, nous pourrions dire. Bien sûr les journalistes sont parfois arbitraires. Odieusement arbitraires. L'absence de William Sheller dans le bouquin La Chanson Française pour les Nuls, de Bertrand Dicale laisse songeur. Quand dans le même ouvrage Michelle Torr a droit à 5 lignes (cela dit nous n'avons rien contre Michelle Torr, hein, n'est-ce pas).
Bon,
et puis il y a beaucoup d'artistes, tout n'est pas forcément digne
d'intérêt. Pourtant l'artiste, par sa voix, sa musique, son univers,
son image est présent dans nos vies, il fait partie de nos univers
mentaux, de nos meubles. Ce n'est pas rien.
Les médias dans leur écrasante majorité ne parlent guère de Nicolas Bacchus, de Xavier Lacouture, de Laurent Viel.
Pourtant il y a un public. Ces artistes ne roulent pas en limousine,
parfois même survivent plus qu'ils ne vivent. Mais le public est là. Et
si finalement c'est ça qui gêne ? Un artiste qui persiste et signe ses
chansons d'année en année sans vraiment avoir le soutien des médias,
même spécialisés, sans avoir le soutien du "milieu"
professionnel...sortir un premier disque n'est pas difficile, encore
moins de nos jours. Mais durer...ah durer.
Le monde musical est impitoyable, avec ses
hiérarchies, ses gloires et ses décadences, son aspect mystérieux, à
part. Tous ces artistes, y compris les moins connus, sont à la fois
non-intégrés dans la société des 35 heures et des congés payés et à la
fois exposés, ne serait-ce que sur scène. Connus et moins connus sont
marginaux. Certains artistes revendiquent, parfois parce qu'ils y sont
un peu forcés, leur marginalité.
Dans le petit
monde de la chanson française, il est difficile d'être de couleur, car
hélas la société est telle qu'elle est, un Noir qui jouerait de la
Valse musette laisserait songeur aussi bien le public noir, qui ne jure
dans son immense majorité que dans les musiques "noires" et étonnerait
le public blanc qui n'a pas l'habitude de ce genre d'artiste. Henri Salvador, métissé,
fut un pionnier, il est parti. Le monde de la chanson est monocolore, à quelques exceptions près : Ridan, Maik Darah, Jann Halexander.
Il est encore plus difficile d'être femme.
Barbara
fut sacralisée de son vivant, femme entourée d'hommes (producteurs,
musiciens, arrangeurs), morte elle est devenue un mythe. On aime bien
les femmes mortes : Jeanne d'Arc,
autrefois, Barbara
maintenant, dans un autre genre. On aime la femme qui est belle et qui
se tait, on aime la femme brisée et seule sur laquelle on peut
fantasmer, que l'on peut acclamer en pensant que ces acclamations
seront des réconforts pour l'artiste.
On aime moins, mais c'est inconscient, voyons, la femme debout, celle qui parle et qui dit non, la fameuse Sorcière comme les Autres chantée par Anne Sylvestre.
Anne Sylvestre,
parlons-en, pionnière de l'auto production, pratiquement la première
femme auteur compositeur interprète du 20ième siècle en chanson
française, ce n'est pas rien. Celle dont les chansons pour adultes
furent souvent ignorées au détriment des pourtant splendides mais tout
de même moins intéressantes chansons pour enfants.
Mais voilà, Anne Sylvestre a fêté ses 50 ans de carrière, les gros médias ont enfin (peut-être timidement tout de même) répondu présent de France 2 à
Télérama...
entre-temps, l'Olympia de Georges Chelon passait inaperçu (oui, il chante encore).
Et puis il y a Véronique Pestel.
Une fabuleuse et mystérieuse(parce que trop rare) chanteuse à la longue tignasse rousse, dont les textes sont vraiment magnifiques, travaillés et les musiques de belle facture.
C'est de la chanson française très classique, incroyablement littéraire.
Chanter 7 minutes un poème d'Aragon sur Pablo Neruda est une prouesse. Madame Pestel, dame légèrement métissée (on retiendra l'émouvant Mamie Métisse qui prend aux tripes au fur et à mesure qu'on avance dans le texte et vibrant hommage à la grand-mère de l'artiste) mène une carrière discrète, trop discrète.
Elle ne possède pas de page Myspace, pour l'écouter il faut aller la voir sur scène ou acheter ses disques, les commander. On ne peut pas la télécharger sur virginmega, fnacmusic ou itunes. Ce qui donne à ses chansons l'allure de joyaux. Envoûtants comme Rue d'Amsterdam.
L'introduction aux violons sur la chanson Le Temps bouleverse quiconque est sensible et a l'oreille
musicale.
Dans le fond finalement, peu importe de savoir si Véronique Pestel est reconnue à sa juste valeur ou non.
L'essentiel : elle existe.
Tout sur Véronique Pestel
http://veronique.pestel.free.fr/
http://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9ronique_Pestel
www.chantdesartisans.org (pour commander les disques)
en concert le 15 novembre 2008 à Créteil
LUC MELMONT










