08 mars 2009
Aznavour, un homme qui chante
Cette semaine, les téléspectateurs qui regardaient Envoyé Spécial ont pu voir Charles Aznavour se confier à la caméra, dans son intimité, ses débuts, comment il vivait son succès. Un portrait émouvant d'un homme qui perdit son fils trop tôt (celui-ci se suicida à l'âge de 25 ans), grand-père d'enfants métissés (avec malice, il rappelle que l'avenir est au métissage alors autant accélérer les choses) et aussi grand défenseur de la Chanson à texte à l'ancienne, nullement intéressé par la postérité (judicieusement il demande à la journaliste : et vous, vous savez qui a écrit Plaisir d'amour ? la journaliste reconnaît qu'elle ne sait pas et rappelle que la gloire n'est pas éternelle).
Un homme sans complexe par rapport à l'argent mais qui n'a pas oublié ses débuts difficiles en tant que chanteur solo, l'humiliation subie, la difficulté de se faire comprendre et aimer d'un public qui n'aimait pas une voix si reconnaissable et qui nous semble, à nous actuellement, si naturelle. Le moment le plus émouvant de ce documentaire, c'est lorsqu'il confie : "j'ai peur de la mort, je veux partir de façon aussi vite que possible, comme si je n'étais que de passage." C'est un aveu terrible, fort et aussi la preuve que cet homme, malgré son succès ne se situe pas au-dessus des mortels. Hélas, tous les artistes ne peuvent pas en dire autant.
Luc Melmont
25 février 2009
La solitude d'une star : Gilbert Bécaud
Il était l’un
de nos plus grands chanteurs français, avec sa mort, c’est une page qui s’est
tournée, une époque qui a disparu. Son fils, Gaya Bécaud fait un grand travail
de mise en valeur de l’œuvre de son père mais il faut regretter l’inexistence d’une
fondation Bécaud, comme il existe une fondation Brel. Chanteur prolixe (des
centaines de chansons à son répetoire), auteur d’un grand opéra, l’Opéra d’Aran,
et surtout homme de scène, de la scène. L’Olympia était SON territoire, son
chez-lui. Il chantait parmi les musiciens, impeccablement habillé, portant
serré sa fameuse cravate à pois et peu importe la chaleur des projecteurs, la
sueur. Il battait le rythme, guidait ses choristes et l’orchestre pour produire
des concerts fabuleux et spectaculaires en énergie, avec toujours une petite
pointe de belle étrangeté que n’aurait pas renié Fellini (sublime
interprétation Un petit miracle en octobre 70, à l’Olympia). A ceux et celles qui l’ont aimé, apprécié
pour ses chansons qui apportaient tant, pour son énergie scénique qui emportait
le public vers un ailleurs où tout était possible, il manque cruellement. Sur
scène, malgré son talent, Aznavour n’est plus comme avant, il faut l’accepter,
Anne Sylvestre, qui fit autrefois les premières parties de Gilbert Bécaud dans
les années 60, fait partie des derniers rescapés d’un âge d’or de la Chanson
Française, un monde se rétrécit, s’évanouit et c’est ainsi.
Il n’y a pas vraiment d’artistes pour prendre la relève. Ce n’est pas le talent qui manque, loin de là. Mais une certaine audace, une envie du « too much », la banalité du quotidien s’est immiscée sur les grandes scènes. L’artiste doit montrer qu’il est comme le facteur ou le professeur qui vient le voir, malgré l’estrade et le nom en grand sur la devanture de la salle de spectacle. On peut encore écouter un peu les chansons de Gilbert Bécaud sur Nostalgie ou France Inter, mais c’est de plus en plus rare. Voici les paroles d’une de ses plus belles chansons :
La solitude, ça n’existe pas
La solitude, ça n'existe pas.
La solitude, ça n'existe pas.
La solitude, ça n'existe pas.
La solitude, ça n'existe pas.
Chez moi il n'y a plus que moi
Et pourtant ça ne me fait pas peur.
La radio, la télé sont là
Pour me donner le temps et l'heure.
J'ai ma chaise au Café du Nord,
J'ai mes compagnons de flipper
Et quand il fait trop froid dehors,
Je vais chez les petites soeurs des coeurs.
La solitude, ça n'existe pas.
La solitude, ça n'existe pas.
Peut-être encore pour quelques loups,
Quelques malheureux sangliers,
Quelques baladins, quelques fous,
Quelques poètes démodés.
Y a toujours quelqu'un pour quelqu'un,
Y a toujours une société.
Non, ce n'est pas fait pour les chiens,
Le Club Méditerranée.
La solitude, ça n'existe pas.
La solitude, ça n'existe pas.
Tu te trompes, petite fille,
Si tu me crois désespéré.
Ma nature a horreur du vide:
L'univers t'a remplacée.
Si je veux, je peux m'en aller
À Hawaii, à Woodstock ou ailleurs
Et y retrouver des milliers
Qui chantent pour avoir moins peur.
La solitude, ça n'existe pas.
La solitude, ça n'existe pas.
La solitude, ça n'existe pas.
La solitude, ça n'existe pas.
13 février 2009
Bruno Rodriguez-Haney : interview d'un artiste du songe...
Nous en
avons déjà dans ce blog. Il n' a certes pas sorti de disques, mais des
livres et des disques à la place, et ses chansons sont en accès libre
sur internet. Itinéraire d'un artiste indépendant et à l'univers
étrange et émouvant.
1- Bonsoir, j'ai été marqué par vos chansons, le
timbre de votre voix, ma première question : qu'est-ce qui vous a poussé à
chanter ?
J’ai toujours chanté, du moins d’aussi loin que je me souvienne. Lorsque j’étais gamin, je rêvais de devenir une vedette de la chanson et puis, petit à petit, au fil du temps, cette idée s’est éloignée de moi, dans le sens où je ne rêve plus de célébrité mais de qualité. Au début des années 90, j’ai commencé l’enregistrement d’un disque mais je n’ai pas voulu aller jusqu’au bout : Je n’aimais pas ce milieu. Il s’agissait d’une « soupe » qu’il m’arrive encore aujourd’hui d’écouter : ça s’appelait « SOS tendresse ».
2- Mais chanter chez vous est-ce naturel ?
Oui, je chante sans arrêt, sous ma douche, au travail, même lorsque je suis triste. Chanter c’est comme puiser une énergie qui m’est vitale.
3- Vous écrivez vos propres textes ainsi que les
musiques ?
Oui, il est important pour moi d’avoir la main sur ce que je fais ou ce que je dis. Il y a des thèmes qui m’importent beaucoup et dont je souhaite parler comme, la pauvreté (encore un jour sans ‘’Toi », la violence faite aux femmes (Elle était amoureuse Lili), la banlieue, la vieillesse, la solitude, l’amour. Je pense que l’on peut aborder tous les thèmes et j’aime le faire avec poésie, si possible. La musique joue également un grand rôle dans la conception de mes chansons, puisque je travaille souvent la musique avant les paroles, parfois les deux en même temps.
4- D'où vient l'inspiration ?
Il m’arrive de me réveiller avec un air en tête, composer mentalement en me promenant ; ça a été le cas pour « J’aime marcher le matin », la chanson du film Ylan. Un jour de grève des transports, je marchais le long d’un canal, pour me rendre à mon travail et j’ai commencé à fredonner un air et les paroles sont venues d’un bloc. Ce qui est incroyable c’est que je l’ai finalement enregistrée plusieurs mois plus tard parce que l’air et les paroles me revenaient sans arrêt. C’est une de mes chansons préférées.
5- Ecrire et chanter des textes, c'est quelque
chose dont vous rêviez depuis longtemps ?
Je ne pensais pas que je serai capable de le faire, mais je suis comme ça, lorsque je n’ai pas les moyens de me payer quelque chose, ou quelqu’un pour faire cette chose, alors je me débrouille. Je voulais une toile (peinture) mais je n’avais pas les moyens de m’en payer une, alors je l’ai faite, puis une autre et encore d’autres et finalement j’ai exposé mes toiles. Les chansons, c’est pareil je les ‘’fabrique’’ parce que c’est ce que je voudrais entendre.
6- Ce qui est frustrant c'est l'absence de vos
disques sur le marché, c'est pour quand ?
Je ne sais pas si un jour j’en ferai un. Je devrais présenter mes titres à des maisons de disque mais je dois avouer que cela me gonfle un peu. Je suis fier parce que les gens écoutent mes chansons sur Internet. Ce n’est pas l’argent qui me motive mais la passion. Je trouve qu’internet est un outil génial. Tu déposes un titre et il se retrouve de l’autre côté de la planète en un rien de temps.
7- Avez-vous dans votre répertoire une chanson de
prédilection ?
« Les murs gris de Fontenay-aux-roses », écrite pour mon fils que je n’ai pas revu depuis presque quatre ans (tout comme le livre qui porte le même nom, écrit également pour lui) et la deuxième, comme je le disais plus haut ‘’J’aime marcher le matin’’.
8- Et avez-vous des modèles dans la musique, la
chanson ?
Oui, je suis fan de la chanteuse
Juliette, c’est un vrai phénomène pour moi. Ses musiques, ses paroles, sa voix…
Je l’écoute en boucle quand je mets mon disque préféré dans le lecteur ;
il s’agit de « Rimes féminines ». Il ne date pas d’hier mais j’étais
allé la voir en spectacle où je travaillais avant, à Paris, à la Cité
J’aime Brel, mais je peux
également écouter du RAP (j’ai d’ailleurs composé un slam qui est en ligne sur
internet : Neuf-Trois, banlieue Nord).
9- Vous sentez proches de certains artistes de
l'époque actuelle ?
Je reste attaché à mes indémodables, Brel, Juliette ; j’aime bien écouter Zazie, Souchon, Aznavour aussi
10- Vous connaissez la thématique de ce blog, vous
avez abordé la question raciale et
également la question de l'homosexualité, de façon subtile dans votre
magnifique film Ylan, comment le ressentez-vous dans le monde de la Chanson, le
regard des gens ? N'avez-vous pas le sentiment de bousculer certains clichés ?
Ylan, c’est mon film miracle. Il a été fait avec des petits bouts de rien et finalement on en a parlé un peu. Quelques semaines après sa sortie en DVD, il était en rupture de stock ; l’éditeur a été obligé d’en presser d’autres. C’est un article dans le magazine Tétu qui est à l’origine de ce petit succès. Le film continue à se vendre, grâce au bouche à oreille et le livre également.
En écrivant le livre « Ylan » d’où a été tiré en partie le film, je voulais parler de l’homosexualité mais je ne souhaitais pas m’adresser spécifiquement aux homos. Je voulais que ce film puisse être regardé par tous, homo ou non, jeunes et moins jeunes. Oui, je voulais faire passer un message simple : Qui couche avec qui, pour ma part, je m’en moque. Mais surtout, le thème principal, à mon sens, c’est : l’indifférence à la différence. En plus mon parti pris a été de faire parler un personnage invisible, lui faire poser des questions du style : Dans un couple homo, qui fait l’homme, qui fait la femme ? Vous voyez, ce type de question stupide qui me hérisse le poile. Je crois qu’il doit y avoir plus ou moins une vingtaine de ces questions idiotes. Les réponses sont données dans le contenu du film, du moins ma vision de ces réponses.
Je voulais également beaucoup de musique, peu de dialogue mais des voix off. J’ai composé une quantité dingue de musiques et de chanson, pour finalement en conserver trente-six, il me semble.
Il y a une chose encore plus incroyable avec ce film, c’est qu’il a été vu, en France et ailleurs, il y a eu peu de presse mais un peu quand même, quelques petites discutions dans des blogs mais pourtant, pas une seule critique négative. Je pense que malgré la qualité assez faible du film (parfois voulue, d’autre fois subie), les gens sont entrés dans l’histoire et qu’ils se sont interrogés en oubliant de juger le film.
En faisant ce film je voulais parler avant tout d’amour, juste l’histoire d’un homme qui aimait un autre homme.
11- Vous sentez-vous isolé ?
Non, pas le moins du monde. Mon premier film m’a donné la volonté de continuer, tant dans la musique que dans la vidéo. Je ne suis pas isolé par les autres, c’est moi-même qui aime m’isoler. Je ne peux construire qu’en puisant dans mes forces créatives et pour cela, j’ai besoin d’être en phase avec moi-même de manière a ne pas subir d’influences extérieures. Raison pour laquelle je ne fais pas de disque, sans doute et surtout, que je produits moi-même mes films. Ce n’est pas pour snober le monde du spectacle mais un jour, je rencontrerai les personnes avec lesquelles je serai heureux de faire quelque chose, même un disque.
12- Avez-vous des projets : disque, livre,
film, concert ?
Je viens de terminer un nouveau roman qui sortira bientôt (en mars ou avril) toujours chez mon éditeur. Le titre est : Le Musée de verre. Il s’agit d’une histoire un peu étrange mais qui me tenait à cœur.
Imaginez que vous soyez enfermé
dans un ascenseur avec les personnes qui vous détestent le plus. Imaginez que
ce jour-là, Dieu et le Diable se soient concertés pour juger de l’opportunité
de la fin du monde. Imaginez encore que depuis l’ascenseur panoramique où vous
êtes enfermé, vous puissiez voir le monde s’étioler, le temps s’arrêter, les
gens se transformer en statue. Et enfin, imaginez que l’on vous donne le
pouvoir de remonter le temps pour assister aux erreurs commises par chacun des
prisonniers de l’ascenseur.
Voilà l’histoire de ce nouveau roman. Avec un ange du bien, un ange des ténèbres, l’esprit d’un jeune homo et quelques personnages épouvantable de bêtise.
Durant le printemps prochain, je devrais commencer le tournage de mon nouveau film : L’Adagio. Il s’agit encore d’une histoire étrange, avec également beaucoup des musiques que j’ai déjà composées (style classique cette fois).
A la suite d’un accident de voiture qui a couté la vie à son père et son petit frère, un jeune homme est plongé dans le coma durant plusieurs années, avant de s’éveiller avec l’âge mental d’un enfant. Il prend bientôt conscience qu’il a le pouvoir d’entendre des musiques mais surtout, il est séquestré par sa mère qui le rend responsable de l’accident.
Aidé par un ange, un ancien compositeur décédé brutalement, il va pourtant retrouver toutes ses facultés, plus la capacité de composer des œuvres musicales. Et bien entendu, une grande histoire d’amour comme je les aime.
Pour réaliser ce film, j’ai déjà trouvé presque tous les comédiens, qui acceptent de tourner et d’être payé plus tard, si le film se vend. Il me manque encore deux ou trois personnages : une dame d’environ cinquante ans, une jeune femme d’une trentaine d’années et un beau garçon de moins de trente ans.
Le film se tournera à Paris et en région parisienne, avec du matériel pro dont une super caméra haute définition que je viens d’acquérir pour ce film.
J’ai déjà tourné un petit clip de présentation qui se trouve sur le net :
http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoafYQZR.html
Je prépare également une bande
dessinée inspirée de mon dernier roman : Le Musée de verre. Il s’agit d’un
gros travail mais ça avance assez bien et la BD
Sinon, j’envisage de composer un opéra, sur le même thème que le Musée de verre.
On me demande souvent comment j’arrive à tout faire, parfois presque en même temps ; la réponse est simple, je n’ai besoin de dormir que quatre à six heures et je suis un hyperactif.
Merci!
Toutes les chansons :
http://www.zikpot.fr/artiste-Bruno%2BRodriguez-Haney







