28 mai 2009
Les mots qui manquent...un texte de Cyril C.Sarot

Un coup de coeur pour le texte de Cyril C.Sarot : "les mots qui manquent"
Pour vous procurer le recueil du même titre vous pouvez joindre directement l'artiste
c.sarot@yahoo.frc.sarot@yahoo.fr
, et vous rendre sur son site http://acquiparait.canalblog.com
Les mots qui manquent
C’est le nom l’épithète en
l’air
Le verbe qui joue à
cache-cache
Et l’oubli qui fait payer
cash
Les agios du vocabulaire
C’est un trou sur le compte en
banque
Les mots qui manquent
C’est celui qu’on voudrait
pas taire
Mais qu’on tait quand la
mémoir’ tangue
Et là sur le bout de la
langue
L’écho persistant du mystère
C’est le mal de têt’ qu’on
se flanque
Les mots qui manquent
C’est le choc la phras’ qui
déjante
Le blanc sous coup de
l’émotion
Bouche bée plus le moindre
son
Le vocable a pris la tangente
Sûr qu’ils sont un peu
saltimbanques
Les mots qui manquent
C’est le grand absent qu’on
remplace
Par sa doublur’ frangin
frangine
Le faux jumeau le synonyme
Lui qui tomb’ra pile à sa
place
Comme un carreau à la
pétanque
Des mots qui manquent
C’est tous les trucs qu’on
sait pas dire
Alors qu’on va dire autrement
L’outil le pinceau
l’instrument
Et leurs langues à vous fair’
frémir
C’est des œuvres à devenir
branque
Les mots qui manquent
C’est ceux qu’on condamne à
l’exil
Virés répudiés les bannis
Poils à gratter d’ordre
établi
Ils s’en vont fidèles à leur
style
Comme un insurgé qui fout
l’camp
Les mots manquants
Et c’est tous ceux qu’on
invent’ra
Pour clouer l’bec à ceux qui
causent
Qui légifèr’nt ceux qui
imposent
Et euphémisent à tour de bras
Là on les sortira d’leur
planque
Les mots qui manquent
Ils auront l’accent de
l’espoir
L’art d’en révéler
l’hypothèse
Dans nos bouches ils seront à
l’aise
Comme un œillet rouge aux
grands soirs
Un poisson dans l’eau des
calanques
Les mots qui manquent
24 mars 2009
Témoignage d'un chanteur sur le concert de Jean-Pierre Réginal : un Grand Monsieur de la Chanson
Je mets en ligne les témoignages de gens marqués par des artistes, un témoignage vibre parfois davantage qu'une simple analyse.
Luc Melmont
Qui va à la chasse perd sa place, n'est-ce pas Luc?
Ainsi
Luc avait reçu des invitations pour aller voir le chanteur Jean-Pierre Réginal
au théâtre de la Reine Blanche le 23 mars. Ne pouvant y aller, il a gentiment
pensé à moi qui, entretemps, étais plongé dans l'écoute de son magnifique
disque arrangé par François Rauber.
Il y a du monde, et c'est très bien. C'est Réginal qui a ouvert la danse (il s'agissait d'une soirée privée avec Jean-Pierre Réginal, la désopilante Annick Roux et Henri Courseaux). C'est un virtuose du piano, j'adore sa voix. Je n'arrive pas toujours à comprendre le sens des textes, mais c'est parce que je ne suis pas très intelligent (entre nous) et surtout que je suis sensible à la musicalité globale. Mes deux moments préférés : son interprétation de Madame AliceChez Georges) et l'interprétation avec sa fille, Romane, de la chanson Les Mots s'en vont. (introduit par quelques mots sur son passé au Cabaret
Un moment délicieux. En dehors du show-biz, en dehors des médias 'dinosaures'. De la chanson proche de chacun d'entre nous, quelque chose de quotidien, beau et simple à la fois. Pour les artistes "nouvelle génération" comme mes pairs et moi, le parcours de Réginal me fait rêver, penser et surtout aimer la Chanson pour ce qu'elle est, un révélateur de nous-mêmes. C'est un peu démodé ? Désuet ? Je m'en fous (on m'a sorti la même chose sur "Ô Bel Anjou"). L'intensité est là, l'émotion est là, même si je sais bien que l'émotion n'est pas raison, mais ce que je retiens de ce concert c'est la possession d'un beau souvenir. J'étais heureux, quelques minutes, et cette fois-ci, je le savais.
Monsieur Réginal, je vous dis merci.
Jann
Halexander, auteur-compositeur-interprète.
26 novembre 2008
Les mots de Réginal : Interview par Luc Melmont

Interview du chanteur Jean-Pierre Réginal (Madame Alice, les Mots s'en vont)
1- Comme tant d'artistes, on ne vous voit pas à la télé, à la
radio, très peu sur internet, alors comment faites vous pour exister ?
On ne me voit pas à la télé...On ne me
voit plus, car j'ai connu un début de carrière très médiatisé,
avec cette sensation confortable de faire partie pleinement du métier,
cette sensation d'exister, avec un calendrier rempli de dates et le
public au rendez vous. Puis survint un changement d'époque : la fin des
cabarets, des maisons de disques maternantes et constructrices de
carrières à long terme, d'où le début
des auto
produits. Je me suis donc, comme les copains, adapté. Car pour
"exister", (est-ce la musculation de l'ancien prof de gym ?...) j'ai
gardé l'énergie et l'envie d'être bien dans mes baskets, dans cette
frontière floue que je connais bien, entre vie personnelle et vie
artistique.
2- Etre artiste est un choix de vie, comme on entre en religion. Comment le vivez-vous (psychologiquement, matériellement)?
Chanter, c'est à dire aller à la
rencontre des autres sur une scène, est un choix amoureux, passionnel,
une forme de sexualité peut-être aussi, (contradictoire avec l'entrée
en religion, à moins que...) donc psychologiquement, je vis ma vie
comme nous tous, avec toute la panoplie des questions, des angoisses,
des petits bonheurs qui tombent. Quant à la précarité de l'emploi
artiste ou pas, tout le monde la craint aujourd'hui,
sauf que nous, nous la pratiquons depuis toujours et qu'elle ne
m'inquiète plus vraiment, car je sais que la mise au travail déclenche
toujours des évènements professionnels rémunérés. Ma satisfaction (pas
auto...) me vient du sentiment de maîtriser après tant d'années mon
métier, ce vrai métier de chanteur, de chansonnier, d'amuseur... ce
que vous voulez...c'est à dire la capacité d'ouvrir des fenêtres sur la
vie des gens pour aérer le rude quotidien de chacun, avec pour moi le
salaire suprême
des applaudissements (mais insuffisant, car j'ai bon appétit, j'aime la
table et le vin !!! voir dernière question...) Et mon agent artistique
m'aide beaucoup dans la continuelle pêche aux contrats pour assurer le
quotidien.
3-
Tant d'années à chanter dans la noble tradition de l'artisan chanteur,
n'est-ce pas long ? Et avez vous ressenti de la lassitude ?
4-
Diablerie est une des chansons les plus marquantes de votre album En
Concert. Un esprit cabaret qui tranche résolument le reste de l'album,
d'où vous est venue l'inspiration ?
5- Madame Alice est une
sorte de jolie "réponse"masculine au Baromètre féminin d'Anne
Sylvestre, comment réagit le public ? Est-ce difficile de manier
l'humour pour vous ?
"Madame Alice" plait aussi beaucoup aux
enfants. C'est souvent de cet album la chanson qu'ils réécoutent et
apprennent et c'est pour moi une belle récompense et un raccourci entre
générations. Le fameux langage qui manque entre parents, profs et
enfants. L'humour qui est pour moi une grande tentation (mais tout le
monde n'est pas Sacha Guitry) me semble le vrai remède contre
l'angoisse et n'a pas les effets pervers du tranxène. C' est bien sûr,
difficile ... Des années lumiéres entre Untel et Devos...Mais que c'est
bon de rire, de se tirebouchonner, de se fendre la poire, en bonne
compagnie.
6- Vous chantez souvent au Danemark, en Allemagne, pourquoi ces pays ? Tournez vous beaucoup en France ?
7- Quels sont les artistes que vous aimez ? Et en dehors de la chanson, vos passions ?
Dans les lieux où je chante se retrouvent tous ceux qui comme moi ont l'exigence d'un piano (si possible accordé !!!). Ce sont toujours des établissements d'une grande convivialité, et des relations qui deviennent amicales et fidèles. J' y retrouve placardés aux murs les affiches de ceux que j'aime, tels Bernard Joyet ou Francesca Solleville. Romain Didier, superbe pianiste, François Corbier, Mouron, Vincent Absil, Claude Astier, Anne Sylvestre et l'ombre du regretté Bernard Haillant...Ces noms dans le désordre ... tant d'autres feraient une liste, un peu comme la programmation du "Forum Léo Ferre" d'Ivry.
8- Quel regard portez vous sur le monde de la chanson, la "crise", ce qui se passe actuellement ?
Je suis souvent agacé par les sous produits
télévisés qui ressemblent depuis toujours à l'Eurovision, car ma vision
euro n'est pas vraiment la même... mais
j'essaye de suivre mon petit bonhomme de chemin en regardant ailleurs
pour voir si j'y suis. Sur le bord des chemins, les violettes font de
la résistance...La crise passera, comme l'adolescence et le seul choix
est de faire confiance à tous les fous lumineux, les nouveaux jeunes,
les jeunes
vieux, désespèrément jeunes, à ma fille Romane, qui me fait l'honneur
de chanter aussi, ce qui répond un peu à l'autre question, demain... Le
seul frein à demain pourrait être pour moi un problème de santé
9- Allez, une petite question qui se veut déroutante, c'est aussi la fonction du blog. Cuisinez-vous ? Votre plat préféré ?
Bon appétit...
Les Joyaux de la Chanson Française : Jean-Pierre Réginal
Les Joyaux de la Chanson Française : Jean-Pierre Réginal
La rubrique Les Joyaux de la Chanson Française a pour but de mettre en valeur, sous un angle particulier, des artistes français ou francophones qui oeuvrent dans la chanson. Leur niveau de popularité, la marque de leur voiture ou leur chiffre de ventes d’albums ne nous intéresse évidemment pas.
Les mots de Jean-Pierre Réginal
Une carrière de 30 ans, discrète et qui force le respect. Même si, de Télérama à Chorus, Jean-Pierre Réginal a bénéficié de critiques très (trop) élogieuses, il rejoint la cohorte de ces artistes peu ou pas médiatisés, un peu comme Georges Chelon.
Notre artiste a bénéficié dans les années 60 d'un intérêt pour un certain type de chanson à texte, une époque où les chansonniers jouant de la guitare, instrument populaire, étaient en photo de face, devant une forêt, un jardin, une campagne, une grange : Jean-Pierre Réginal, Georges Chelon, Yves Duteil, Anne Sylvestre, l'insupportable Jacques Bertin et tant d'autres témoins d'une époque révolue. Lancés par une maison de disque, un petit succès, bénéficiant parfois même de solides arrangements (Ah François Rauber...), ces artistes ont fait leur trou, n'étant bon qu'à chanter, même s'il fallait végéter. Ainsi Jean-Pierre Réginal est là, avec des chansons. Au piano. A noter que les hommes qui chantent au piano ne sont pas légion dans notre pays.
L'artiste possède un beau répertoire. C'est ce qu'on dit bêtement quand on ne sait pas quoi dire. Pour faire bien, on précise que c'est un travail d'artisan, avec des chanson ciselées. C'est de la Chanson d'Art et d'Essai, comme dirait Jean-Claude Barens le producteur de Véronique Pestel. Sans ironie, il y a belles chansons mais pas de quoi alimenter une ferveur autour de l'artiste. Peut-être parce qu'il n'y a pas d'univers. Nous parlons d'un homme qui chante. Un point, un trait. Et c'est déjà pas mal. L'univers Réginal n'est pas original, n'est pas transcendent, mais ce n'est pas forcément ce qu'on demande à un chanteur. Et il est questions d'amours, d'amours inaccomplis : la délicieuse chanson tragi-comique Dubois et Dupuis, l'aigre-douce Madame Alice. Jean-Pierre Réginal possède un répertoire suffisamment important pour chanter à travers l'Europe, où il enchante les Danois, les Allemands...et les Français ? Nul n'est prophète en son pays...
Luc Melmont
Site officiel (actualité, concerts, discographie, boutique) : www.jpreginal.com
DIABLERIE
Texte et musique : Jean-Pierre Réginal
I/
Bien sûr la vie, je t’aime encor,
Et je fais, de ce fait des efforts.
Bien sûr, je n’ai pas l’appétit,
Que j’avais, quand j’etais tout petit.
Mais ce matin j’ai avalé,
Un croissant, deux croissants, trois cafés,
Et j’ai goûté la griserie,
De l’inconnue qui m’a souri…
Et j’ai goûté la griserie,
De l’inconnue qui m’a souri…
II/
Bien sûr la vie, je pense à celle,
Celle qui m’a laissé sans nouvelle.
C’est pas gentil, pour le facteur,
Qui n’est rien, sans le courrier du cœur.
Et je repense à ce regard,
Cette flamme, au hasard, dans un bar,
Qui m’a épinglé, ce matin,
Sorti du métropolitain…
Qui m’a épinglé, ce matin,
Sorti du métropolitain…
III/
Bien sûr la vie, je reprends courage,
C’est juré, je vais tourner la page.
On verra bien, au corps à corps,
Qui sera, de nous deux, le plus fort.
A voir ma gueule dans le miroir,
Je me dis qu’il n’est jamais trop tard,
Pour déclamer le mot, « je t’aime »,
Entre croissant et café crème…
Pour déclamer le mot, « je t’aime »,
Entre croissant et café crème…
IV/
Bien sûr la vie, j’avais l’air con,
De jouer les cocus au balcon.
De pleurnicher sur mes misères,
Naufragé au milieu du désert.
Mais quelle est donc cette fringale,
Cette envie quasiment cannibale,
Ce feu brûlant, qui seul peut faire,
Sortir Satan de sa tanière…
Ce feu brûlant, qui seul peut faire,
Sortir Satan de sa tanière…
V/
Bien sûr la vie, j’préfère le style,
On roucoule, baba cool, bien tranquille.
Bien sûr, j’préfère me faire la belle,
Me lover sur une île, avec elle.
Mais L’Paradis, sur planisphère,
Si t’as pas un radis, c’est l’enfer.
Heureusement, côté printemps,
J’connais un bistrot épatant,
Où s’est tapie la diablerie,
De l’inconnue qui m’a souri…
Où s’est tapie la diablerie,
De l’inconnue qui m’a souri…
Les mots de Jean-Pierre Réginal
Les mots de Jean-Pierre Réginal
Disque Jean-Pierre Réginal en Concert
Une production Romande Disques
Contact tourneur/médias : Gérard Lôo 06 22 10 49 21
10 chansons signées Jean-Pierre Réginal. On peut regretter l'aspect peu esthétique du disque, la piètre qualité des clichés. C'est oublier que le fond doit toujours primer sur la forme, il serait temps de le rappeler en temps où l'apparence, plus que jamais, domine le reste. Il s'agit d'un concert donné le 8 mai 2000 en Allemagne, à la radio sarroise. On entend le public applaudir, rire, acclamer le chanteur artisan, aux trente années de carrière.
On peut discuter pendant des heures et des heures sur la non-médiatisation de certains artistes. Se demander si c'est juste ou injuste, ou si c'est comme ça. Pour autant cela ne doit pas nous empêcher d'analyser l'oeuvre d'un chanteur. Il va de soi que le tango révolutionnaire n'a rien de révolutionnaire, tant au niveau des paroles et de la musique. Des paroles dont le sens d'ailleurs nous échappe, tant le texte semble hermétique. Sans rapport avec le sublime Passe-Passe. La voix de Réginal trouble, il y a du Bécaud là-dedans, du Leprest pathétique, du Guidoni acerbe. La chanson Passe-Passe constitue un standard, au même titre que Les Mots s'en vont, dont le classicisme n'a rien à envier aux Feuilles Mortes de Montand.
Passe passe la vie, et les tours de manège, et la barbe à papa, et les pas dans la neige, et la fête finie, et le rideau tombé, je vous rendrai mon sablier.
Le chanteur crache ses mots, au piano qui évoque Romain Didier. L'humour est là, avec la délicieuse chanson Madame Alice, sorte de réponse masculine au Baromètre d'Anne Sylvestre, chanson à l'humour aigre-doux. On regrette la banalité du texte Comme un voleur, chanson confinant à l'ennui. Ennui contrecarré par Diablerie, chanson brechtienne, qui aurait pu être écrite par Pierre Philippe. Faire des comparaisons n'a rien d'un jeu. Ici elles sont nécessaires pour situer un artiste dont on peine à trouver l'identité, la saveur, tant l'album est inégal (et hélas trop court!). C'est un point de vue peu objectif, fort heureusement. Il y a pourtant cette impression d'un album alternant joyaux et chansons tout simplement ennuyeuses. Cela dit, si l'oeuvre Réginal était parfaite, nous n'en parlerions pas ici, la perfection nous fait horreur. Passe passe Jean-Pierre Réginal dans nos paysage musicaux, chanteur parmi tant d'autres, artisans dignes de la reconnaissance que leur apporte le public...
Luc Melmont
N.B : les plus belles chansons de l'album sont Passe Passe, Diablerie, Madame Alice, Dubois et Dupuis, les Mots s'en vont...





