Ce n'est plus qu'une question de temps : le Sénégal devient progressivement pour les homosexuels, les lesbiennes, les bisexuels, les transsexuels ce que l'Afghanistan est pour les femmes (et aussi les homos). Autrement dit, un Enfer. Une nation très dangereuse, où les droits d'un individu ne sont pas garantis par l'Etat. Des milices traînent à Dakar pour trouver et lyncher des homosexuels. Très peu d'intellectuels dénoncent cette situation, au contraire ils ne cessent de critiquer l'Occident de vouloir imposer des valeurs comme si l'homosexualité était une invention occidentale. Il faut relire l'ouvrage passionnant du sociologue camerounais Charles Gueboguo, 'La question homosexuelle en Afrique', paru chez 'lHarmattan en 2006 et qui montre que les relations entre personnes de même sexe existaient sur le continent africain bien avant la colonisation.

Enfin, aux autres pays d'Afrique d'être vigilants sur la tentation du Sénégal de vouloir représenter 'l'Afrique' au niveau des instances internationales. Il y a plusieurs Afriques. Le Sénégal n'est pas l'AFRIQUE pas plus que la France n'est 'l' EUROPE'. Cela pourrait donner à moyen terme une image encore plus négative de ce continent. Or les lueurs d'espoirs existent : en Angola, au Cap-Vert, au Mozambique, au Botswana, aux Seychelles, au Gabon, en Afrique du Sud, l'homosexualité est légale. D'autre part, même dans les pays où l'homosexualité reste illégale, on assiste à une certaine souplesse/hypocrisie des pouvoirs publics. Au moment où le Soudan a aboli la peine de mort pour les homosexuels (juillet 2020), la déchaînement de violences d'une partie considérable de la société sénégalaise, des classes populaires à l'élite en passant par les intellectuels, est assez inédit, même si on le retrouve dans une moindre mesure au Mali, au Cameroun. Le chemin va être long pour l'apaisement. Tout notre soutien aux homosexuels sénégalais qui sont des sénégalais comme les autres et qui ont le droit de vivre, de respirer, de manger, de boire, d'aimer et d'être aimé.

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N.B : S'il fallait adresser un reproche à la société française dans son lien (historique) avec le Sénégal, ce serait d'avoir idéalisé pendant trop longtemps ce pays, vanté son peuple chaleureux, ses musiciens  et d'avoir fermé les yeux sur la généralisation de cette homophobie mortifère, avec pour conséquence une augmentation des réfugiés sénégalais sur son sol pour cette raison. On soulignera le travail admirable de l'Ardhis en France, association qui aide les réfugiés LGBT. Il faudra des intellectuels africains courageux pour décrypter cette homophobie collective massive, que signifie t-elle. La question LGBT est une question géopolitique mondiale, de fait.