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                                                                                     Natasha Bezriche
Voilà désormais un an que la dignité des artistes est bafouée, le spectacle vivant rabaissé, nié. Entre deux confinements, rares étaient les chanteurs à pouvoir revenir sur scène, à se produire. Autant dire que lorsque la réouverture des lieux culturels a été annoncée pour le 19 mai par le gouvernement, le milieu culturel restait prudent. A raison. Si de nombreux festivals sont maintenus cet été, le festival franco-québécois 'La Vache et le Caribou' du 13 au 17 août  à Verneuil-sur-Avre dans l'Eure, a été annulé par la mairie pour cause... de réquisition de la salle des fêtes transformée en vaccinodrome !
 
La programmation promettait : Gilbert Laffaille, Jean Michel Piton, Rémo Gary, Michèle Bernard, Pascal Mary, Hélène Maurice, Natasha Bezriche, Urbain Rinaldo.

MICHELE BERNARD

Michèle Bernard
 
On notera l'extrême démagogie d'une mairie dirigée par monsieur Yves- Marie Rivemale (sans étiquette politique, enfin c'est ce qu'il disait au Parisien) médecin biologiste de profession qui choisit de réquisitionner une salle des fêtes à un moment tardif de l'été pour en faire un vaccinodrome. A t-il agi en tant que maire (réélu le 7 février dernier) ou en tant que médecin ? Qu'en pensent les habitants ? Ont-ils été consultés ? Est-ce raisonnable ? La santé et la politique vaccinale justifient-elles cette dérive ? Allons plus loin, les artistes et leurs équipes ont joué le jeu d'un gouvernement pas toujours cohérent, ont accepté pendant des mois les fermetures des lieux de cultures, ont joué le jeu parfois par solidarité avec le monde médical dans son ensemble. Ne serait-il pas temps que le monde médical, auquel appartient monsieur Rivemale rende la pareille et soit solidaire du monde artistique ? Ce ne sont pas les établissements qui manquent à Verneuil-sur-Avre pour des réquisitions.
 
On notera l'affront que fait la mairie à un tout un patrimoine de la culture francophone : ce sont des pointures dans la programmation. Et des pointures sur lesquelles des politiques intelligents pourraient s'appuyer pour reconstruire le lien social. Vous l'aurez donc compris : cette annulation du festival ne repose sur aucune donnée solide, aucune argumentation solide. C'est un arbitrage de plus vis à vis d'une profession attaquée par le monde politique et sanitaire depuis déjà trop longtemps. Les artistes sont des variables d'ajustements. Des bouc-émissaires souvent. Si le monde de la culture laisse faire, accepte tacitement l'annulation de ce festival, alors d'autres mairies suivront et bientôt il n'y aura même plus besoin de s'abriter derrière une réquisition d'ordre sanitaire pour annuler un festival. 
 
Enfin, on n'en serait là pas si des sinistres technocrates, encouragés par un sinistre ministre de la santé que nous ne nommerons pas, avaient décidé dans une société qu'il y a des gens essentiels et d'autres pas...l'idéologie de la Chine totalitaire a probablement déjà gagné la bataille des esprits jusque dans nos contrées...
 
Affaire à suivre.
La rédaction
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Ci-dessous une magnifique lettre du chanteur Bernard Joyet.
Monsieur le maire,
Je viens d’apprendre avec stupéfaction que le Festival franco-québécois ”La Vache et le Caribou” était annulé cette année.
Vous n’imaginez pas l’impact que ce festival a dans le monde artistique : il reste parmi les seuls à programmer des spectacles de chansons de qualité. Ils se comptent sur les doigts de la main.
Artiste, je faisais partie de la programmation l’an dernier et j’ai apprécié votre engagement dans cette entreprise menée par Fabien Perucca et des bénévoles enthousiastes.
Je peux témoigner que l’an dernier un public venait de toute la France et que la renommée de ce festival devenait nationale.
Malgré les contraintes sanitaires ce festival a été une vraie réussite et son succès a eu des répercussions dans le monde des passionnés de chanson.
J’y ai personnellement rencontré des gens qui venaient de Nantes, d’Ivry, de Dijon, de la Haute-Marne, de Strasbourg, des journalistes et photographes de la presse spécialisée, des habitués de ce genre de festival qui n’hésitent pas à réserver d’une année sur l’autre des gîtes, des chambres d’hôtes, et des chambres d’hôtel, et donc d’apporter leur contribution à la vie de Verneuil-sur-Avre. J’ai habité longtemps à Francheville, Monsieur Haas en est témoin, et je sais combien il est difficile de dynamiser nos villes et nos campagnes.
Je ne peux pas croire que vous êtes à l’origine de cette situation et je me doute que vous avez dû faire votre possible pour maintenir ce festival, comme vous l’aviez fait l’an dernier alors que la situation sanitaire était particulièrement difficile. Malgré les contraintes, ce fut un réel succès.
La situation du monde de la culture en France devient catastrophique et si je comprends qu’il faille prendre des mesures sanitaires et favoriser la vaccination, j’ai, comme mes collègues artistes, et mes amis techniciens, programmateurs, bénévoles ou non, du mal à concevoir le principe même de considérer la Culture comme non essentielle. Victor Hugo doit se retourner dans sa tombe…
Je suis sûr que vous avez fait votre possible. N’y aurait-il pas lieu de tenter l’impossible ? Il s’agirait de trouver un ou des lieux qui pourraient être utilisés comme ”vaccinodromes”… Je crois qu’il existe des surfaces inoccupées (gymnases, la salle du Silo (grande salle et grand parking). Je suis certain que vous y avez pensé mais que vous avez dû abandonner ces solutions pour des raisons que j’ignore… Installer un vaccinodrome dans un gymnase demande quelques efforts financiers, ce que d’autres villes ont fait (protéger le sol par exemple). Mais il ne faut pas oublier que le monde culturel, engendre des rentrées financières (hébergement, restauration, etc) mais surtout des richesse inestimables : la Culture, et les liens sociaux, la vie en bonne intelligence… N’est-ce pas essentiel ?
J’ai entendu dire que le vaccinodrome se transformera en bureau de vote lors des prochaines élections…
Renoncer à ce festival c’est dores et déjà enterrer la dynamique qui est en train de se créer, enterrer l’enthousiasme et la passion des organisateurs et des bénévoles, et oublier le public…
Un mouvement de colère s’exprime sur les réseaux sociaux. Il va s’amplifiant. Je suis sûr qu’il reste un espoir, car l’espoir fait survivre, et survivre est mon métier. Parvenir à maintenir ce festival serait une magnifique performance. J’y crois, nous y croyons. J’espère que vous aurez la possibilité d’influer et s’il le faut, nous serons nombreux à vous soutenir.
Je vous remercie de prendre en compte cette lettre d’espoir.
En espérant de bonnes nouvelles...
Avec mes respects,
Bernard Joyet