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On pourrait vous rediriger vers sa page wikipédia mais même celle-là, pourtant fort complète, est loin de montrer l'étendue incroyable des talents de Bertrand Ferrier : chanteur, conférencier, écrivain, traducteur, novélisateur (notamment pour les studios Disney), organiste, tout cela à la fois, à lui tout seul, il est une belle insulte à toutes les chapelles, les clans, les courants qui pourrissent le monde culturel. Son roman autobiographique 'L'homme qui jouait de l'orgue', paru aux éditions Max Milo en 2015, est un récit mordant sur la condition des organistes contemporains. Bertrand Ferrier aime l'Art, il aime la musique classique, il aime l'opéra, il aime la chanson, il aime la littérature, c'est un amoureux de l'art et ça transpire à travers ses mots, ses musiques, son œuvre prolifique. Cerise sur le gâteau : on ne se lasse jamais de ses petits mots corrosifs sur les tas / l'état du monde sur sa page facebook, qui parfois divisent, mais c'est bien à ça qu'on reconnaît les génies. Il est l'archétype de l'artiste clivant, indomptable et c'est vraiment un honneur pour nous qu'il ait accepté de répondre à nos questions.

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Bonjour, Bertrand Ferrier, merci de nous accorder un entretien.


Cher Luc, permettez-moi juste pour dire que je suis à la fois flatté et un brin honteux. Flatté, parce que votre travail met en valeur la chanson comme je l’aime, c’est-à-dire dans sa diversité, ses exigences, ses singularités (qui ne signifient pas forcément « ses qualités », de même que, comme vous le souli-gnez vous-même, les chansons ayant pignon sur rue ne sont pas forcément « nulles »). Un brin hon-teux, parce que je vous répondrai avec plaisir mais avec la conscience « un peu sourde » d’outrepasser mes compétences et mon importance. Nulle fausse modestie, juste un peu d’honnêteté que, je tenais à assumer d’emblée, d’autant que mes bavardages à venir pourraient laisser imaginer que « je m’y crois », alors que, oui, d’accord, je m’y crois, c’est le je(u), mais soyez sûr que j’entends toujours en fond sonore la petite mélopée de la lucidité qui relativise l’hypertrophie de mon hybris.


Entrons dans le vif du sujet. Si je devais parler de vous, ce serait comment : chanteur, écrivain, journaliste, organiste ? Le fait d'être tout cela à la fois dans un pays encore très à cheval sur les étiquettes, comment le vivez-vous ?


Je reconnais que c’est compliqué. D’un côté, l’étiquette, c’est ce qui vous donne du prix ; de l’autre, c’est ce qui permet de vous identifier – du coup, quand vous en avez plusieurs, c’est gênant ! Vous êtes obligé de demander au mec du rayon quel est le vrai prix… Je connais quelques semblables qui se présentent comme « artistes » ce qui, appliqué à ma p’tite personne, serait très prétentieux. Moi, j’ai du mal à me considérer comme un « chanteur », vu que je gagne peu d’argent en chantant, comme un « écrivain » vu que je n’existe pas dans le monde des Marc Levy ou Guillaume Musso, etc. C’est flatteur d’être kaléidoscopé ainsi, mais je comprends la difficulté pour ceux qui cherchent à vous présenter avec bienveillance. J’imagine la question : faut-il rappeler que le mec se frotte à plusieurs activités publiques, ce qui risque de le dévaloriser (s’il exerce différentes activités, c’est sans doute qu’il n’excelle dans au-cune), ou juste se focaliser sur l’activité du jour ? J’imagine que la réponse n’est pas tranchée. Elle ne l’est même pas pour moi ! Partant, permettez-moi de prendre deux exemples contrastés pour illustrer le dilemme que vous pointez justement. Il y a peu, je suis allé au concert d’un pianiste virtuose, également auteur d’ouvrages d’herméneutique ésotérique et passionné de politique internationale ; et j’ai trouvé dommage que, dans sa présentation, il ne soit pas fait mention de ses diverses facettes, comme s’il fallait jeter un slip pudique sur les aspects « non conventionnels » de sa vie. Cependant, lors de mon dernier récital d’orgue en date, pas à une contradiction près, j’ai proposé une « autobiographie » en un paragraphe ne parlant que de musique classique… et l’organisateur l’a retouchée pour y parler du reste, ce qui était à la fois flatteur et vexant (personne ou presque ne précise dans un programme que Baptiste-Florian Marle-Ouvrard, titulaire de Saint-Eustache est aussi un pilote de haute volée : vus ses titres de gloire musicaux, y a pas la place !). Bref, être un slasher bardé d’étiquettes peut certes compli-quer la perception que l’on donne ou que l’on a de moi ; mais si c’est la seule raison de la modestie de mon succès, youpi ! j’en serai flatté…

Vos textes sont incisifs, mordants, risqués même pour les gens adeptes des lectures au premier degré, et servis par des musiques virtuoses. Pourtant, en comparaison d'autres artistes, on vous voit peu sur les scènes, notamment les scènes chanson, que ce soit à Paris ou en province. Est-ce un choix ?


J’aimerais vous dire que oui, et affirmer que je recherche la rareté et l’exceptionnel. La réalité est plus contrastée. Comme beaucoup de petits chanteurs parisiens, j’ai commencé en chantant partout où je pouvais. Dès que je croisais un troquet, je sollicitais le patron pour qu’il m’autorise à m’y produire – et je continue, mais cela reste entre nous, à me réjouir quand je vois qu’un bistro m’ayant rejeté est vide le samedi soir ! Petit à petit, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour de ce que j’avais à apprendre de ces conditions de concert. En dépit du plaisir qu’il y a à chanter sans grand stress (quand on chante une à deux fois par semaine pendant deux-trois ans, il en faut beaucoup pour être déstabilisé), j’ai ralenti le rythme, renoncé à traîner mon matériel dans le métro des heures de pointe pour m’entendre tancer parce que je n’ai « ramené qu’une personne », abandonné les endroits où fredonner des chansons avec du texte dedans n’a aucun sens car, comme l’a bien souligné François Marzynski, « on te dit que, dans les bars, les chanteurs font des rencontres – à part des mecs schlass qui te demandent de chan-ter du Johnny, j’en ai pas fait beaucoup ». En même temps, je n’avais ni les moyens ni l’envie réelle de payer pour jouer, c’est-à-dire de louer des petites salles en espérant rameuter assez de monde pour ne pas être trop à découvert en début de mois. Du coup, en 2016, je n’ai chanté que deux fois en solo. Ce n’est bien sûr ni une fierté (je l’admets : ne plus chanter est un échec), ni l’idéal, car la scène est comme un ring de boxe : tu peux t’entraîner autant que tu veux, rien ne te prépare mieux à l’affrontement que l’affrontement. Néanmoins, autant que mon souci, disons, d’un minimum de dignité artistique, mon faible sens diplomatique et ma relative incapacité à fédérer et élargir un public monétisable ont pu con-tribuer à limiter le nombre de mes concerts. D’où le plaisir incrédule quand on m’invite à donner, dans de bonnes conditions, un récital pour des gens « qui ne connaissent rien à la chanson », encore moins à Bertrand Ferrier, et qui repartent avec le smile après m’avoir écouté. Grâce à Pascale Locquin, j’ai pu éprouver cela il y a quelques jours, en co-plateau avec Vincent Ahn, et j’imagine que l’avantage de chanter moins est que l’on évite d’en être blasé. Même si l’inconvénient est, faut bien l’admettre, que l’on chante moins.


Concernant le milieu chanson, comment le voyez-vous ?


Ach! Je ne connais pas le milieu de la chanson. D’ailleurs, autant que j’en sache, il y a plusieurs « mi-lieux » de la chanson, dont pas mal de périphéries. Pour ma part, je n’ai fait qu’entr’apercevoir un petit bout des « lieux de chanson », surtout parisiens, c’est-à-dire souvent des bars où on t’autorise à venir te produire, à condition que tu rameutes ton propre et nombreux public. Quand, comme moi, tu fais de la chanson avec du texte dedans, et que tu es incapable de te glisser dans le jeu des coteries, réseau-tages et autres copinages utilitaires, j’imagine que c’est déjà une chance d’avoir pu te faufiler jusque-là !


Et le show-biz, tout simplement ? D’ailleurs, avez-vous des connaissances dans ce milieu ?


Non, à part un mec qui a été roadie de Damien Saez et affirmait donc pouvoir m’emmener au sommet, je ne connais rien du chobiz. Je me contente d’être un client sporadique des vedettes qui me plaisent.

Y a-t-il des artistes que vous estimez particulièrement ? Avez-vous des influences ?


Quelle question joyeuse et horrible, tant j’admire de chanteurs de tout sexe et de toute époque ! Des historiques (Brassens, Barbara, Serizier, Trenet, Leprest, Mayereau, Tekielski, Sylvestre, Sommer…) aux sempervirens (Belle, Bernard, Bühler, Mey, Baguian, Fersen, Didier, Pestel…) en passant par les spécialisés ès facéties (Barrier, Louki, Mey…), les bizarres comme Elisa Point, les cousins (Charlebois, Vigneault, Butler, Dufresne…), les méconnus (ils vont être vexés, mais je pense à des zozos comme l’excellent Jean Dubois, le bienveillant Claudio Zaretti, le sensible Jann Halexander, l’intègre Barthélémy Saurel même si, bref) et tous ceux qui, de la pop (ha ! Jean-Jacques Goldman) au hard rock (ha ! les meilleurs albums d’Angra ou d’Airbourne – Black Dog Barking, évidemment) en passant par le rock progressif (donc le vrai Yes, Steve Hackett et… bref), francophones (ha ! les Jambons et Philippe Chasseloup !) ou non (ah ! Joaquίn Sabina – si vous parlez espagnol et que vous aimez la chanson intelligente, vous connaissez forcément, sinon foncez férocement ! – ou feu Calvin Russell) rythment, parmi d’autres ma vie. Au point que, chez moi, parfois, j’invite à éviter l’emploi de certains mots, impli-quant trop directement une chanson qui risque de me poursuivre et de me distraire dans la suite de la conversation… Heureusement, la liste est trop longue et trop floue pour exister réellement !


Je reviens sur cette question de l'artiste polyvalent. J'ai toujours estimé que si Jacques Bertin n'avait pas eu la carrière qu'il aurait pu avoir, c'est aussi parce qu'il a trop « journalisté » – le terme est de moi, je vous remercie – et qu'il a trop été à l'ombre de Félix Leclerc, dont il tresse aussi souvent qu'il le peut les louanges. Peut-être a t-il manqué d'ego… et vous, votre ego comment se porte t-il ?


Vous le supposez à juste titre : je suis très prétentieux, c’est pour ça que je suis modeste. La preuve que je suis prétentieux, c’est que je veux chanter sur scène sans doute pour que, partout (par exemple dans la rue), l’on se jette sur moi et l’on pense à moi en m’appelant « mon loukoum ou ma fève » voire en criant « on t’aime, on t’aime Bertrand Ferrier » (au moins). Mais, quand tu chantes sur les petites scènes, tu croises rapidement une foule impressionnante de fredonneurs beaucoup plus prétentieux que toi, qui pensent être géniaux (d’ailleurs, leur entourage le leur dit, pourquoi en douteraient-ils ?) alors que, techniquement, artistiquement, scéniquement, etc., ils sont à peine pfff… Par conséquent, j’avoue être prétentieux et fragile. Que l’on m’affirme qu’une de mes chansons est géniale, je la réé-coute, je le crois ; que l’on m’explique qu’elle est nulle et très mal chantée, je la réréécoute, j’y crois aussi. Un exemple ? Lors d’un récent concert, enregistré depuis le public, j’étais très ravi, au moins, d’entendre a posteriori une spectatrice s’écrier : « C’est beau, ça ». Puis je me suis dit : « Ça veut dire que le reste, c’était moche ? » Bref, entre parano stupide et conscience du travail posé, j’essaye de tenir le syllogisme de ma prétention – si, si, ça veut dire quelque chose, enfin, je crois. Prémisse ma-jeure : je suis convaincu que ce que je propose en public se tient et peut susciter rires ou émotion. Pré-misse mineure : si quelqu’un trouve que mes chansons, c’est de la poudre de merde, je ne débats pas, c’est sa liberté, salut et bon vent. Conclusion : si personne ne veut de mes mots, qui valent ce qu’elles valent, je les remets dans ma guitare et dans mon piano en me disant que, tant que l’on n’est pas mort, il reste non pas de l’espoir mais du temps pour trouver quelqu’un que mes bourdonnements intéresse. Un peu de suspense, faut bien essayer de se convaincre que c’est pas si pire !
Comment se dit-on « je vais devenir organiste », « je vais chanter », « je vais écrire », « je vais même chanter devant des gens » ? D'où viennent ces désirs ? Peste, la question complexe ! J’aurais tendance à me dédouaner en affirmant que tout le monde ou presque, au moins dans notre forme de civilisation, a dû éprouver ce désir et s’y adonner plus ou moins, sous quelque forme que ce soit. Pour le côté organiste, j’imagine que j’ai donné des pistes pour une réponse officielle dans L’Homme qui jouait de l’orgue (Max Milo). Pour la chanson, je peux juste ajouter aux raisons de base que, dans ma famille, nous avons toujours chanté ; et cela a dû nous traumatiser puisque j’ai commencé à investir les bistros parisiens avec un trio où sévissait mon p’tit frère Damien qui, depuis, a fondé un choeur où sévissent, entre autres, heureusement ! d’autres frères et soeurs. Je subodore, parce que je peux employer des mots soi-disant compliqués si ça me chante, que le plaisir de fréquenter des grandes chansons de tout style, de constater la joie du partage musical parfois intelli-gent, et sans doute l’envie de faire partie des « gens que l’on chante », ont pu me pousser à me risquer devant curieux et gourmands.

Bertrand Ferrier chante "Chocolat noir" (sooo explicit lyrics)

 

 Nous avons écouté « American Movie » le lendemain de l'élection de Trump, bien que cette chanson ait été écrite avant, et même reprise par d'autres artistes. Coller à l'actualité c'est im-portant pour vous ? Ce n'est pas une mince question car contrairement à beaucoup de chanteurs, sur les questions politiques par exemple, vous semblez n'être dupe de rien.

 

Bertrand Ferrier chante "American Movie"


Bien sûr que je suis dupe, comme le rappelle, clairvoyant, votre « semblez », mais pas assez. Je crois que j’aimerais être dupe de tout. Aller dans le sens du courant et n’en avoir cure… Vraiment, j’aimerais mais, comme je n’y arrive pas – ce qui, soyons re-clairs, n’est pas, hélas, un signe d’intelligence supé-rieure (en même temps, quand une médaille Fields se présente à la députation pour aller dans le sens du vent, ça relativise l’intelligence dite supérieure, mais bon) –, je laisse mes neurones batailler contre la mollesse et la bien-pensance, surtout quand elles vont dans mon sens. Politiquement, intellectuellement, relationnellement, le lèche-culisme, la benoîterie intéressée, la convention lisse me hérissent. Oh, j’y cède aussi par moments, et c’est tant mieux ! Cela permet de survivre, parfois ; cela nourrit ma co-lère donc mon inspiration et mes aspirations ; et cela me permet d’ironiser sur ce qui m’irrite sans don-ner de leçons, car je connais bien les charmes très justifiables du renoncement à la réflexion. Ben oui, c’est moins fatigant, ce qui n’est pas négligeable ; ça ramène plus d’amis et moins d’ennuis ; et, cerise sur le clafoutis, ça ne vous entraîne pas dans ces « discussions idiotes qui nous font perdre du temps » que chantait Frederik Mey quarante ans avant l’essor des « réseaux sociaux »…

 

Bertrand Ferrier chante "Glotte sèche"


Voilà pour le côté « duperie ». Pour le côté « chanson d’actualité » ou « de circonstance », j’en ai glissé quelques-unes à l’occasion de tel remaniement ministériel ou de telle élection. Néanmoins, c’est vrai, je suis assez nul pour « les grands sujets, les grands machins » propres aux chansons sylvestres pas dégagées, d’autant que je suis convaincu que ces grands sujets et grands machins résonnent mieux, dans une chanson, avec de petits sujets et de petits machins. Ainsi, « American Movie » est une illus-tration de ce que j’ai évoqué au cours de notre entretien – même si analyser une chanson est à la fois factice et, je l’admets derechef, très prétentieux. D’abord, c’est une chanson qui date de 2011, que j’ai rechantée parce que j’essaye de ne pas laisser mourir les « vieux » titres de mon répertoire. L’avantage de ne pas avoir un grand public de fans, c’est aussi que vous pouvez opter pour les chansons qui vous plaisent, vous amusent ou vous titillent sans guère d’obligation que votre capacité de travail ! Ensuite, c’est une chanson qui, autant que j’y comprenne quelque chose, refuse l’opposition habituelle entre « chanson française » et « culture anglophone » : la chanson accole certains stéréotypes du cinéma américain à grand spectacle, sans le moins du monde dénoncer ces boeufs que seraient les États-Uniens, plutôt pour offrir un miroir sur notre propre vision de la France et de nous-mêmes. Enfin, c’est une chanson qui laisse la place à l’imagination et à la culture de chacun, mais qui essaye quand même de ne pas laisser sur le côté les amateurs de chansons (il y a des couplets clairement définis, une chute et un riff qui, comme chante Véronique Pestel dans « La parole de l’autre », est là pour ne pas qu’on s’ennuie), car je déteste souvent les chansons poétiques où on ne bitte rien… à quelques exceptions près. Du coup, je ne sais pas si certaines de mes chansons collent à l’actualité (sauf quand j’affirme que j’ai la glotte sèche, c’est rarement inexact) ; cependant, en associant différents types de colères, d’amusements, de styles, et en les ravaudant pour faire un récital aussi cohérent et surprenant que possible, j’essaye que le résultat soit le plus stimulant, le moins ennuyeux et le plus plaisant possible.


Après le livre, peut-on espérer un album du genre Bertrand Ferrier chante ses plus beaux succès ? N'est-ce pas frustrant pour vous d'avoir autant de chansons mais rien enregistré sur disque à ce jour ?


Deux questions en une, donc deux réponses, tant pis pour vous.
D’une part, vous murmurez que j’ai commis un grand nombre de chansons, et j’avoue, j’avoue tout : j’ai écrit et chanté plusieurs centaines de chansons. Beaucoup ont fait l’objet d’enregistrements en concert de qualité, disons, artisanale, mais souvent révélatrice de la réalité de ma vie de chanteur sévissant fréquemment dans le brouhaha et l’indifférence. Pour les curieux, j’en ai recensé quelques dizaines ici. Si vous le permettez, je voudrais juste expliquer pourquoi il y en a autant. Quand je chantais beaucoup, un petit groupe de foufous revenait m’entendre très régulièrement. Même si d’aucuns me conseillaient, entre autre (c’est formidable, le nombre conseils que l’on peut recevoir, surtout si, bref), de répéter le même récital pour qu’il soit parfaitement au point, je ne voulais pas imposer aux généreux habitués les mêmes rengaines hebdomadaires. Alors, je changeais l’ordre et j’ajoutais des inédits. D’où la multiplicité des chansons. D’autre part, vous suggérez que je suis frustré de ne pas produire un disque gardant trace du travail, des chansons, du vécu. Dans de bonnes conditions, ce serait sans doute rigolo, évidemment ; mais, hic et nunc, j’avoue n’avoir pas les moyens de produire un projet un peu digne.


Alors, où en êtes-vous côté projets, concerts etc ?


Côté chansons – comme quelques-uns, je crois –, j’attends que l’on m’appelle en faisant semblant que je n’attends rien. En attendant sans attendre, donc, je créerai un récital autour des chansons religieuses de Brassens, Barrier, Debronckart, Leprest, Polo, Tekielski et alii avec un bassiste-hautboïste le 21 juin à 19 h, dans une salle du huitième arrondissement parisien.


Il y a une question à laquelle on n'échappe pas ici : votre plat préféré ?


Je vous dirais bien « la vengeance », parce que ça peut se manger froid et faire du bien par où ça passe… mais je ne suis pas rancunier, j’ai plutôt de la mémoire. Pour le reste, en famille, je crois que j’aime bien le clafoutis aux griottes chaud et pas assez cuit (avant de siroter une mirabelle en jouant à la belote avec un partenaire et des adversaires décents). Entre amis, je rêve toujours de manger une sa-lade en partageant, en terrasse mais sans suffoquer sous la fumée des clopeurs, une bouteille de rosé bien agréable, et pas que parce qu’il est bien frais ! Alors, j’ai bon ?

Entretien réalisé par L.M et associés.

http://www.bertrandferrier.fr