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Clémence Savelli : le cœur comme une bombe, une bombe magnifique

 

Le parcours de la chanteuse Clémence Savelli laisse songeur. Elle a commencé vers 2004, 2005. Nous sommes en 2016. Le monde de la chanson, le monde musical a été chamboulé, fracturé : finis les top 50, finis les charts, finis les 'tubes', finies les chansons fédératrices, quasi mort le cd, apogée du streaming et de ses miettes. Le spectacle vivant : en crise, festivals qui ferment, salles qui cessent de valoriser la chanson, même à Paris. Puis les chanteurs rive gauche qui se meurent ou cessent peu à peu de chanter, puis le public qui se renouvelle peu, puis les gens dans leur ensemble qui ne sortent plus comme avant mais préfèrent 'liker' sur facebook les artistes plutôt que de bouger leurs fesses, les mélomanes à deux balles qui nous emm...avec le vinyl ou le revival de la cassette audio. Et moi comme un abruti qui enviais les Parisiens pour leurs facilités culturelles...mais les échos qui me parviennent sont peu optimistes. Et ailleurs c'est pas mieux...

 

Et Clémence Savelli... est toujours là, presque au-dessus de la mêlée, une artiste au-dessus de ces problèmes mentionnés plus haut, au-dessus de malentendus peut-être. Car disons le clairement, ici sur ce blog, que n'ai-je pas reçu de messages ennuyés, agacés, parfois agressifs, parfois perplexes, qui ne comprenaient point mon enthousiasme pour cette chanteuse trop rare à mon goût. J'ai souvent mis en valeur plus certains artistes que d'autres sur ce blog pour des raisons personnelles, de goût, d'envie.

 

Mais enfin il faudra être honnête : avec son nouvel album, Le cœur comme une bombe, si Clémence Savelli ne convaincra pas davantage ceux qui haussent les épaules en l'écoutant, et qui se cramponnent à leurs nostalgies, leurs 'les chanteurs d'autrefois c'était quand même mieux', elle confirme son ancrage dans la variété francophone. Elle n'a certainement pas à rougir à côté d'une Barbara ou d'une Véronique Sanson. Il faudra se faire à l'idée, tant pis pour les esprits chagrins. Sa voix a gagné en émotion, la musique derrière est peut-être moins parfaite 'musicalement', moins 'léchée' que sur les albums précédents un brin sophistiqués au niveau des mélodies. Mais c'est un album entier, une vague d'émotions, les larmes montent facilement sur 'Mise au Jean', 'Mon tour d'amour'. L'accordéon, le bandonéon sont bienvenus sur des titres qui ont des allures de chansons intemporelles, aux airs et paroles entêtantes (1,2,3,4 me voilà...). L'album d'une femme qui, sur les photos du livret, paraît épanouie sans pour autant être sereine. Une femme qui chante, qui semble avoir développé avec le public une relation quasi-fusionnelle sur scène, comme on en voit rarement dans la chanson.

 Il faut écouter ce nouvel album, en parler, le transmettre. Cela me fait penser qu'en 2016, les parents ne mettent plus de musique dans l'autoradio lorsqu'ils partent en vacances avec leurs enfants. Les parents conduisent, les enfants derrière jouent sur tablette ou smartphone. Pour avoir la paix ? Sans doute. Mais parler, transmettre, faire écouter, inciter à l'écoute, c'est important et ça se perd. Et on frémit à l'idée que Clémence Savelli, comme quelques autres, passe à côté de tout un public qui pourrait l'aimer mais a perdu le goût de la curiosité, de l'écoute, du partage. Drôle d'époque.

 

Clémence Savelli

Le cœur comme une Bombe

http://clemencesavelli.com/

L.M

 N.B : Ce blog peu à peu aura de moins en moins d'articles pour x causes. C'est la raison pour laquelle cet article sera mis en valeur le plus longtemps possible quand les gens se connecteront sur le site Culture et Chanson. Avec l'espoir au demeurant que des confrères journalistes, sensés êtres professionnels, oseront jeter un coup d'oeil et peut-être un coup d'oreille à l'artiste chroniquée comme les autres artistes analysés, interviewés dans ce blog au passage. Parce que franchement on rêverait de voir Sophie Delassein s'intéresser un petit peu plus à des artistes de cette trempe plutôt que de nous pondre un ouvrage sans intérêt réel sur Pierre Perret. On rêverait de lire le point de vue de Bertrand Dicale, d'écouter ce qu'en pensent Didier Varrod, Gilles Medioni ou encore Valérie Lehoux. Leur cécité (relative?) sur la vitalité (digne d'un chien aux abois) de la chanson francophone actuelle laisse songeur... 

Clémence Savelli - Mon tour d'amour

Crédit photo : Voyageurs Créateurs