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Un très beau texte sur la condition d'artiste, sur la liberté d'aller ici et là de l'artiste, de ceux et celles qui l'écoutent, par le chanteur Dd le malfrat, auteur compositeur interprète. Dd le malfrat, dit André Drouet, le bandit de la chanson, qui compte à son actif plus de 1.000 prestations musicales, tourne actuellement avec son récital performance "Soli itinérants".

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Quid de la création et de la diffusion de la musique en France ?

Considérations sur la création musicale et la chanson.

Motslodies sans flonflons ! Un point de vue intra artistique… 

Pour tenter de définir un espace artistique, une vue de "l'artiste", je préfère les chemins de traverse aux raccourcis !  Je n’ai pas de préférence de style, je suis ouvert à la diversité, à la richesse de ce patrimoine mondial qui s’auto alimente et qui n’en finit jamais de réinventer dans le partage du sens, comme dans l’opposition des sens... Et sans rentrer dans des querelles d’Experts auto proclamés, il n’y a pas la Grande Musique, les Variétés, la Chanson, le Folklorique, l’Ethnique, le Blues, le Jazz et le Rock’n’roll… (Liste forcément non exhaustive). Il y a, la Musique… Ce champ infini de variations à explorer, ce chemin magique qui nous mène à l’autre, (l’autre artiste, l’autre public, l'autre programmateur) ; ce véritable espace de liberté où l’on peut rêver, comprendre, construire, échafauder, se consoler, aimer, ou crier… Se laissant bercer de sérendipité. 

Produire et diffuser les ahanements amphigouriques de la Grosse Caisse Enregistreuse, ce n’est que du BigBuzz pour du BigBiz, de la gestion de public bien endoctriné, bien ordonné… Du sectarisme individualisé pour des publics dont les goûts et les couleurs sont rationalisés… La liberté réside dans le recul que l’on peut porter à l’offre, la curiosité dont on peut faire preuve… Que l'on soit producteur, programmateur, artiste ou public... Une certaine conscience de l’esgourde, si je puis dire ! Une démarche volontariste dans la découverte qui ne vient pas toute seule… Il existe aujourd’hui un site et un logiciel pour apprendre à reconnaître les sons des instruments et la spatialisation de ceux-ci !... C’est dire le déficit d’apprentissage, d’appréhension  pour qui n’est pas mélomane, ou qui tout simplement a subi un environnement fermé à la compréhension, à l’approche de la musique… L’abrutissement des feuilles de chou de « nos chères têtes blondes » se fait par le nivèlement culturel par le bas…Et l’on pourrait, à ce propos, facilement regretter que nous n’ayons pas plus développé une éducation auditive et culturelle  dès le plus jeune âge… Heureusement, que l’auto-éducation existe ! Et que la musique est partout disponible... Encore faut-il faire preuve de curiosité. Avoir envie ! 

En fait, je n’aime pas ce qui est facile, suranné, trop emprunté… J’aime la chanson ! La chanson  parce qu’elle peut être blues, pop, rock, rap, celte, slave, orientale, slamée, française, à texte, de qualité, populaire, du monde… Parce qu’elle permet la poésie, le texte, l’histoire, le souvenir, la perspective… Parce qu’elle peut être populaire, sans être populiste, érotique sans être vulgaire ; politiquement incorrecte et bien mise sur elle, transcendantale et onirique, sans dogmes ni églises… Parce que "la chanson de qualité" ne vous fait pas payer sa bonne facture,  contrario du bizness mondial qui vend des savonnettes comme des armes, des armes comme des disques… (Un skeud pour un scud !). Des disques Fast-recording, à consommer dans un drive-in, comme s’il s’agissait d’œuvres impérissables ! Alors oui, j’aime tous ces genres, et même les autres ; j’aime leurs points d’accroche, leurs exécutions parallèles, simultanées, leurs vibrants partages… Cette grosse veine d’irrigation que les genres éclairés nourrissent  pour que l’imagination perdure, que l’Homme s’interroge, trouve du repos, de l’énergie et, finalement, s’épanouisse… 

Que nous disent d'autre les perlées de la sueur du Blues, que l'on retrouve dans toutes ces déclinaisons musicales actuelles ?! Et puis, si dans les années 60 c'était une révolution d'insérer des arrangements cordes sur de la musique pop... Ce n'est plus le cas aujourd'hui ! Les possibilités sont multiples. Faire juste gaffe à la facilité technique et à l'emprunt facile !... 

Et c'est dans les jeunes générations que l'on voit bien que le patrimoine musical est re-digéré, pour, (à part les mièvreries préfabriquées), instaurer une certaine liberté de création, de ton, de prospective... S'approprier les frontières musicales pour s'en nourrir, pour mieux les enfoncer, pour mieux les sublimer : une démarche salutaire ! Le fondement même de la musique contemporaine.

Et, quoi qu'en disent la pseudo intelligentsia conformiste comme l'intelligentsia élitiste, une forme certaine de respect. Même si certains utilisent ce leitmotiv pour excuser leurs facilités très empruntées, tirant plutôt vers le bas nos feuilles de chou et sa grosse caisse neurologique, flattant par là même nos petites fainéantises latentes... Ou, malheureusement, parfois, récurrentes ! Heureusement, le gros des nouvelles générations d'artistes sont ouvertes  et constructives... Désinhibées, désinvoltes, débordantes, déconcertantes !...  Je me retrouve bien dans ces états d'esprit. 

Je vais mettre les esgourdes dans le plat, si j’ose dire…Tant pis si je passe pour un prétentieux mal dégrossi ! J'aime à n'en jamais finir d'apprendre, d'ingérer pour mieux digérer mes références, mes influences ; afin de pouvoir regarder mes modestes travaux dans la glace et les restituer sur scène au mieux de mes tripes de vie. Je hais la démagogie qui se la joue modeste pour mieux se la péter aux miroirs aux alouettes des Petits Cafurons Spectaculaires… Ce jeu, élaboré, des fausses modesties assez répandues de nos jours qui consistent à porter de fallacieux respects, d'égal à égal ; en se prenant d'exister par ce qui est, indéniablement, l’autre, un autre… Si on y regarde de plus près, c’est plutôt l’expression d’une récupération négationniste d'illustres artistes connus ou inconnus... Au lieu de simplement s'alimenter, avec l'honnêteté requise, du plancton sans cesse renouvelé que nous livrent à jamais les marées de créations de nos aînés ; l'on brode plus facilement sur des inventions réinventées, des trouvailles synonymes, des emprunts déguisés que l'on s'attribue sans coup férir, d'autant plus facilement que le talent est rare et le travail difficile... D’aucuns qui se croient obligés de nous faire subir leurs réadaptations mièvres et intéressées, feraient mieux de s’abstenir… 

Encore vomir ? C'est la Gerbe d'Or, alors...  Pensons à eux, ils ne le mériteront jamais assez !... Eux, malheureux producteurs surbookés, programmateurs déprogrammés qui ne vont quasi jamais aux concerts, les piles de cédés dont on écoute que les premières secondes autour d'un drink managérial, les plans arrangés à l’avance, la sélection artistique par le clonage de carnets d’adresses… Et la « Profession », mère maquerelle qui pleure sur ses artistes rares ; et, dans le même temps, pilonne de fait l’émergence de l’essentiel des nouveaux talents. Il faut avoir conscience que rationnaliser la diffusion musicale est un bizness plan : Qu’il fallait, pour rencontrer son public, à un artiste déjà connu, effectuer la « Tournée » Parisienne et 200 dates en France ; en province, comme on disait alors… Aujourd’hui son tour manager et sa maison de disques lui feront faire 40 dates,  en comptant Paris et les 17 Zéniths et autres salles de capacités équivalentes que compte l’Hexagone… C’est un mieux disant culturel pour le public comme pour les Artistes, claironnent-ils, égrenant litanie de leurs certitudes ; faisant tut-tut pouêt-pouêt à tue-tête et à tout va… At the top of one’s voice ! Mais c’est surtout pour une rentabilité accrue : autant de spectateurs pour moins de dates, il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour discerner limpidement où sont leurs intérêts ! 

Et l’artiste doit, lui, faire le spectacle : il doit chanter, danser, faire le show… Se donner à fond comme un coureur de fond qui déclenchera automatiquement un flux d’endomorphine. D’aucuns, railleurs, diraient « faire le clown » (sic) ! A tel point que certains de ces artistes connus nous la jouent remember et font des tournées acoustiques pour rencontrer, dans des jauges plus modestes, le public, en vrai, qui n’attendait que ça !...  A la télévision, c’est idem : la mièvrerie mise à part, il y a des publics pour voir des artistes en vrai ! Et je n’ai rien contre celles et ceux qui aiment le mièvre, le bonbon doré, le sucre d’orge sans l’anis !... Je ne dis pas qu’on ne peut pas apprécier un concert dans un grand festival, dans une grande salle, je pense simplement que je n’irais pas à ces grand-messes pour la même chose : j’irais pour y faire la fête, pour danser, me saouler de la foule, en transe de décibels et de lumières devant ces nains artistes que les écrans géants passent à la loupe grossissante… Mais si, en tant que spectateur-auditeur, je veux écouter, (et non pas entendre), de la musique orchestrée, des paroles recherchées, de la poésie scénographiée ; si je recherche un ratio qualité-proximité-sincérité-émotion, j’irai dans un Café Musiques, un Cabaret, un Théâtre ou une Salle de concerts de petite ou moyenne capacité… En tant qu’artiste vous pouvez vous sentir floué de ces flux et reflux enluminés de gloire médiatique ; mais, même si cela est dur d’être constamment sur le fil du rasoir, lors d’un spectacle d’une proximité à l’échelle du corps, du cœur et des oreilles ; vous ne tomberez jamais dans la facilité d’un show blasé, où tout est réglé au millimètre, où vous n’aurez jamais plus le tract d’une scène, d’un public, puisque acquis quasi à l’avance…

Que rateriez-vous sinon ? ces angoisses d’abordages de scènes improbables, ces jets de partages aux étoiles filantes, ces vagues d’émotions sensitives et sensibles, et votre sincérité mise à nue devant ce public qui vous rend tout au centuple !... Si la liberté artistique c’est d’assumer des choix dans le respect des Anciens et du public ; oui, je choisirai cette vie-là, même si la part d’ombres du spectacle vivant est la matière noire de la mise en lumière médiatique. 

Bien sûr, l'acte de création reste impudique même à vouloir s'exprimer protégé... Qu'il livre nos secrets, nos passions et nos regrets, en pâture à des écoutes attentives et critiques, ou à des interprétations faciles ou disproportionnées... Souvent à un mépris affiché. Et, finalement qu'il faut l'accepter sans se taire...Même si c´est pénible de devoir choisir, ou que l'on choisisse pour vous, un emplacement dans les cassetins médias spectaculaires, qui, forcément, vous restreindront, ou vous enlumineront de paillettes dénominatives... 

Heureusement, l'underground life, procure avec quelques ténacités ténues dans la diversification à la marge, quelques lucides libertés de positionnement et des apparitions dans des cases improbables... Une certaine liberté de ton, d’action, d’expression !... 

Je suis donc résolument contre le racisme musical. L'ostracisme mercantile de la civilisation des loisirs est ce qu'il est : moi, je ne suis qu’un homme, tout au plus un honnête malfrat… Mes références me tiennent en respect ! Ce sont mes consciences de cœur… Si je fais mine de bouger une oreille vers la facilité, elles me flinguent ! D'où, également, une propension à niveler par le haut les quelques écrits et compositions que j'ai pu commettre, quitte à détruire systématiquement la plupart de mon travail et à produire peu... Cela est valable pour la scène et il est vrai que l'on chérit ces endroits où le public averti est de "proximité"... 

J'attendrai donc patiemment, 6 pieds sous terre, que Télérama me déterre, à la recherche de l'âme perdue du poète disparu...

 André DROUET.

 

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Un texte de l'artiste

 

Le tango de la lucidita

 

Nos amants,

Nos amours,

Mis à mort

Pour toujours.

Nos enfants, & leurs mères,

Comme nos sœurs & nos frères,

Mis à mort

Sans remords.

 

Et si, aujourd’hui encore,

Encore, et encore …

Malgré les guerres d’Europe,

On entend toujours le son des bottes     

Qui martèlent nos mémoires à jamais

C’est parce que tout en prônant la paix,

Les mêmes vendent les armes de sang

Qui ceinturent de dynamite nos enfants

 

Malgré tous les chemins des Dames,

Les ruines des Babylones,

Les Hommes éxécutés

Et les livres brûlés  

Nos enfants et leurs pères,

Nos amours et nos frères,

Ne seront jamais morts

Dans le souvenir de nos cœurs, et de nos corps.

 

Il nous reste à tenir, debout,

Ne pas se laisser faire,

Des médiatiques chimères

Qui nous cinglent les joues.

Faisons d’elles table rase,                         

Avant qu’elles nous mettent en cage.

Et tout en gardant la face,

Sil le faut, user d’un « coup de Jarnac »

 

Nos amants,

Nos amours,

Mis à mort

Pour toujours.

Nos enfants, & leurs mères,

Comme nos sœurs & nos frères,

Mis à mort

Sans remords.

Nos amants…

Nos amours…

Mis à mort…

Pour toujours… Pour toujours… Pour toujours…

 André Drouet 

http://www.labellemadouna.org/