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Joyet

 

...Je dois vous faire une confidence. Savez-vous que je pense que ce blog serait bien incomplet si je n'avais pas eu d'entretien avec Bernard Joyet ? Le chanteur, jouisseur des mots, homme de scène, homme de goût a accepté cet entretien que je vous laisse savourer...

J'ai envie d'introduire cet entretien par cette expression simple, un peu facile, je l'admets : Joyet ou la joie des mots. C'est une façon d'entrer dans le vif du  sujet : entre les mots et vous, est-ce une jubilation permanente ?

 C'est une véritable histoire d'amour. Les mots jouent avec moi plus que je ne joue avec eux... Dès lors que l'on laisse la place à notre imagination, les mots les plus simples sont des véhicules incroyables...  je ne sais pas s''ils  " savent de nous ce que nous ignorons d'eux" comme a dit René Char, mais je crois qu'ils nous parlent bien au delà de leur sens si on les mélange un peu... j'aime cette cuisine artisanale...


N'avez-vous pas peur de tomber dans le même piège que Léo Ferré, que les mots passent devant les musiques ?


Cela n'est nullement un souci pour moi, je n'impose aucune hiérarchie entre les mots et la musique. J'écris des histoires avec de la musique autour. Je n'ai aucune autre prétention. Qu'on dise que ce n'est pas de la chanson, ne me contrarie pas ; d'ailleurs ces histoires sont parfois assez longues et sans refrain... peut-être qu'on peut les situer entre le roman trop court et la chanson trop longue...
Je constate que souvent les journalistes posent des questions déjà bien orientées du genre "quelle sorte de musique faites-vous", et non "que racontez vous et comment ?", comme si les paroles n'avaient aucune importance. Et j'ai même lu des débats de spécialistes de "chanson" qui ne parlent que du style musical. C'est dommage...

 La scène pour vous, qu'est-ce ?

Une ère de jeu et d'échanges pour l'enfant qui reste en moi, que je partage avec des amis de passage (des anciens et des nouveaux)... et avec une grande artiste, Nathalie Miravette.

Les années passant, quel est le souvenir positif le plus marquant à ce jour de votre carrière ? Le plus...amer ?

Encore une fois la hiérarchie et moi... Je ne saurai pas établir un ordre quelconque. J'ai l'impression que chaque fois que je monte sur scène, qu'elle soit très grande ou toute petite, une nouvelle vie commence, que c'est à la fois la première et peut-être la dernière. La chaleur du public ne s'oublie pas, et je garde en mémoire un bon nombre de "moments inoubliables"...Il est parfois des moments particulièrement touchants, comme  ce témoignage d'un gamin de dix-huit ans et son père, venus m'attendre à l'hôtel le lendemain d'un spectacle, pour me dire : "on ne se parlait plus depuis des mois, on vous a vu hier soir, on a discuté toute la nuit, on voulait vous remercier"...Quand on a des souvenirs comme ça, il ne reste pas de place pour un souvenir "amer"...

Vous avez écrit pour la chanteuse Juliette sur son mythique album l'Assassin sans Couteaux : comment cela s'est fait ? Parce qu'elle, c'est vous et vous c'est elle ?

J'ai débuté au sein d'un duo musical humoristique, en 1985. L'Eclusane à Toulouse fut la première salle à nous accueillir en province. Juliette était parmi les spectateurs, et depuis nous sommes liés d'une indéfectible amitié. Les choses se sont faites assez naturellement : un jour elle m'a offert la possibilité de lui écrire quelques chansons. Notre collaboration s'est poursuivie sur l'album "Le festin de Juliette"... Elle m'a souvent invitée en première partie de son spectacle, et nous nous sommes parfois offert quelques duos éphémères... Nous partageons aussi les mêmes colères et parfois quelques bons crus...

Il y a quelque chose que je ne m'explique pas, peut-être cela n'a pas d'importance pour vous, mais vous êtes pour beaucoup d'amateurs de chanson (dont moi), une valeur sûre, vous êtes passé chez Drucker chanter l'un de vos titres les plus drôles (le Gérontophile), vous chantez régulièrement ici et là, France, Belgique, les gens qui viennent vous voir sur scène vous aiment, on peut le dire, et on a le sentiment, hélas, que dans la plupart des médias, y compris culturels, vous êtes scandaleusement absent, du moins pas assez présent, comment l'expliquez-vous ? [cette question est importante pour moi car il est pénible d'entendre, de lire  les journaleux toujours évoquer Brel ou Brassens quand il s'agit de chanson, bref des morts ]


Je ne peux pas répondre à la place de ces "médias", mais on peut constater qu'il y une "face cachée"... J'y habite... Je suis loin d'être le seul, et d'autres bien plus illustres à commencer par Juliette, dont nous parlions précédemment (et bien d'autres),  n'apparaissent qu'épisodiquement, à l'occasion de la sortie d'un album, grâce à la "promotion", mais ne font pas partie de la programmation affublée comme par hasard d'un nom anglais : "play-list". La censure  supposée abolie a été remplacée par l'ignorance. Pour nous connaître il faut posséder le don de curiosité ; ce don n'est pas souhaité dans la grande machine politico-financière qui nous écrase. D'ailleurs les journalistes un peu trop curieux sont volontiers mis à l'écart... on a encore pu le constater récemment dans certaines radios dites de "service public", où le service et le public ne sont pas le souci principal... En ce qui me concerne, je vis sans médiatisation depuis toujours, je ne m'en porte pas mal. Je ne suis pas du tout contre le fait d'être "matraqué" demain dans les radios, mais je ne vais pas raccourcir mes chansons, ni chercher à suivre une mode... Autrement dit, il faudra me prendre comme je suis... Mais il faut noter que certains résistants font leur boulot, au risque de le perdre, ils sont de moins en moins nombreux, mais il faut parler d'eux comme ils parlent de nous...

182669Bernard_Joyet_La_Marseillaise_le_5_septembre_2010

Peut-être je me trompe mais je ne décèle aucune influence chez vous. C'est très rare, c'est très fort, même. Que ce soit dans les nouvelles ou les anciennes  générations, on ressent clairement des influences, voire des patchwork, sans forcément que cela soit mauvais, bien au contraire. Je me trompe ou vous êtes vraiment parvenu à vous affranchir d'influences particulières ?


Qu'on le veuille ou non, on ne peut échapper aux influences... on est toujours le fruit de sa propre culture, son passé, son environnement. Quand j'étais gamin je n'avais pas accès à la musique, ni aux livres. J'ai été plus influencé par mes lectures scolaires que par des chanteurs. J'ai une culture "Lagarde et Michard" ! Par la suite, j'ai bien-sûr entendu des chanteurs, comme tout le monde, plus attiré par ceux qui "racontaient des choses", que par la musique de danse chantée... Je cherche ma façon de dire ce qui a été dit mille fois, dans la langue que je connais un peu, en respectant quelques contraintes que je me donne pour y trouver une certaine cohérence. Je cherche beaucoup. Je crois trouver de temps en temps, alors je partage.

Que redoutez-vous ?
La bêtise humaine, les experts.

Qu'espérez-vous ?
Qu'elle recule un peu, qu'ils se taisent beaucoup.

Quels sont les artistes, les personnalités que vous appréciez, quelque soit leur domaine ?
C'est variable  selon les jours. Voici les noms qui me viennent à l'instant :  la lumière du Caravage, celle de Turner,  le verbe de Richepin, celui de Brassens, le Cyrano de Rostand, les fulgurances de Leprest, celles de Pascal Mathieu, Olympe de Gouges, Louise Michel, Pierre-Gilles de Gennes, Jean-Villard Gilles...

Des projets ?
Mes projets se résument en un mot : continuer...

Une question à laquelle les artistes n'échappent jamais depuis l'existence de ce blog, à chaque interview (et ils sont nombreux) : votre plat préféré ?
Un petit plateau de fruits de mer...

Merci infiniment !


LUC MELMONT

http://www.zanzibart.com/bernardjoyet - http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Joyet