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Philippe Ariño. C’est un nom. Un visage, une silhouette flamboyante incontournable du monde intellectuel français. Classe, vocabulaire abondant, il n’a certes pas la notoriété d’un Onfray ou d’une Badinter mais on retient son apparition mémorable dans une émission de télévision sur le thème de la religion aux côtés d’un Père, sur direct 8 : il affichait des positions iconoclastes, inattendues de la part d’un intellectuel de la communauté LGBT(Lesbienne, Gay, Bi, trans). Car dans le fond, est-on habitué à entendre un homosexuel assumé dire avec force : Dieu est amour ? Son surnom fut le Zemmour gay. D’autres l’appellent le Michel Droit homo ou le fils caché de Christophe Barbier.

Philippe Ariño. Prolixe, homo, catho, aux lointaines origines espagnoles. Aborde des sujets variés : le couple homo, l’homophobie au travail, Mylene Farmer et les homos, la dichotomie Noir/blanc, Dieu…certains le détestent quand d’autres le vénèrent. Laissons-les dans leur obstination à prendre tout au premier degré : un intellectuel n’est pas un guide, un maître, tout ce qu’il dit n’est pas bon à prendre OU rejeter. D’ailleurs ce n’est pas forcément rassurant de suivre au mot près un intellectuel : les intellectuels calvinistes blancs et posés qui conceptualisèrent l’idéologie de l’Apartheid dans les années 1910 prêchaient au début dans le veld désertique leurs élucubrations sur la pureté raciale blanche. Hélas des millions de blancs aigris les suivirent, on connaît la suite, il fallut alors qu’une sorte de Saint, Mandela, cesse cette folie.

Tout cela pour dire qu’il y a du bon et du mauvais chez Ariño. Comme chez les autres. Quand il dit qu’il est libre, on sait qu’en général c’est une tactique pour assumer un vote à droite. Il n’est pas le premier à le faire, ni le dernier. A l’heure d’ailleurs où les Gallo, Bruckner, Gluskmann et autre Finkielkraut se taisent (comme on les comprend), il est bon de voir qu’un jeune prince de la pensée française gambade avec insolence sur le champs d’une Droite en ruines…sa présence est rassurante car même si on n’approuve pas ses idées à tout prix, on aime sur ce blog la pluralité des opinions, des styles, des gens. Cette pluralité est bienvenue également dans le monde intellectuel LGBT. Tous les gays courent-ils forcément après le mariage ? L’adoption ? La souffrance gay doit-elle être résumée au suicide des ados ? C’est donc un bonheur, et un honneur, pour nous de publier les réponses de cet incroyable personnage à nos questions posées le 5 mai, que nous avons voulues atypiques plus que jamais…

 

Par_Franck_Levey

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Franck Levey

Philippe Ariño, avez-vous un Destin ?

 Ni destin ni hasard ! (rire). Ces deux notions me paraissent absurdes, et ont été créées par les êtres humains qui voulaient se priver ou priver les autres de liberté. Or, tout Homme est fondamentalement libre et aimé (au moins par Jésus). Et moi, je suis libre. Alors, je n’ai pas de « destin » : je suis juste porteur d’un « rêve de Dieu sur moi », qu’Il soumet jour après jour à ma liberté. Ce n’est pas un plan, un chemin tracé d’avance, un statut élitiste qui me coupe des autres. Le Salut n’existe qu’en partage. Chaque être humain est baigné par ce rêve divin projeté personnellement sur lui (spécialement par le baptême), et qui rend libre. Chaque être humain est guidé par ce désir exigeant et aimant de Dieu, posé sur lui. Même toi, Luc !

 Vos rapports avec la télévision ?

 Très proches pendant l’enfance et l’adolescence. Limite incestueux ! Je connaissais Télé 7 Jours par cœur ! (rire) et comme j’étais le « désigné volontaire » de ma famille pour enregistrer les émissions de télé intéressantes, les dessins animés, et les films, j’ai même été surnommé « Monsieur Magnétoscope » un jour par ma mère ! Mais à 18 ans, en quittant le domicile familial pour mes études, j’ai délaissé la télé. De 1998 à 2011, je peux dire que j’ai vraiment vécu une époque de sevrage. Mais je n’irais pas jusqu’à dire hypocritement, comme le font beaucoup de gens bobos tout fiers d’annoncer qu’ils ne regardent plus la « télé-poubelle » alors qu’ils sont perpétuellement connectés à Internet, que la rupture a été totale et spectaculaire. Car Internet (avec ses replay et ses réseaux sociaux) est devenu la nouvelle télé de substitution de la société toute entière. Une télé parallèle.

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avec Maïk Darah

 

 

 

 

 

 

Et les médias en général ?

 Je n’ai pas coupé avec eux. Et plus ça va, plus j’y reviens, d’ailleurs : récemment, je me suis passionné pour « The Voice » ; et j’apprécie de plus en plus les débats politiques à la télé. Ça peut faire un peu cliché de le dire, mais tant pis, je crois que c’est vrai : les médias sont le miroir de notre société. Et comme j’essaie d’aimer les gens, je ne vois pas les médias d’un mauvais œil. J’essaie de regarder un maximum de choses (quand mon emploi du temps me le permet), des émissions de variété, des gros navets, des jeux, mais aussi des documentaires. Je me suis même mis à écouter les émissions de radio ! Et j’ai fait 2 ans de radio en tant que chroniqueur à Radio Paris Plurielle.

 En fin de compte, j’aime les médias dans la mesure où ils nous parlent beaucoup du réel, des gens, de notre société, mais qu’ils ne se substitueront jamais à eux. Ils sont prescripteurs de mode, façonnent les pensées, et dirigent même notre pays parfois bien plus efficacement que nos dirigeants. Mais ils restent juste des lunettes du Réel, des loupes ; ils ne se substitueront jamais au Réel, même si certains cherchent à nous faire croire le contraire. Ils ne nous privent pas de notre liberté, de notre sens critique, n’ont pas le pouvoir d’agir à notre place. C’est pourquoi nous n’avons pas à en avoir peur. Ils sont l’exact reflet de notre liberté. Et de surcroît, quand on commence à y mettre un pied (ce que j’ai fait avec succès sur Direct 8 en mai 2011 à l’émission « Dieu Merci !), on découvre qu’ils offrent une manière de se donner à grande échelle, et donc, quand on se donne bien, ils sont de puissants instruments de paix. Un peu comme la multiplication des pains ! Quand j’entends cette haine sociale croissante vis à vis des médias, je me dis qu’il y a de plus de plus d’esprits faibles et irresponsables qui se plaignent de leur propre idolâtrie, de leur propre naïveté, et de leur mauvaise utilisation de ce qui n’est au fond qu’un pauvre spectre de rien du tout.

 

 Qu'évoque pour vous la place de l'homme blanc dans la société française ? (vous ne vous y attendiez pas à celle-là...)

 Tu l’as dit ! (rire) La place de l’homme blanc… et bien elle me semble inappropriée : elle est à la fois excessivement importante dans le monde des images et des objets, et pas assez dans les cœurs. J’entends de plus en plus de mépris social vis à vis des Blancs… qui seraient, du fait de leur couleur de peau, les bourgeois ou les riches à abattre, les méchants occidentaux colonialistes, les tapettes, les cruels dirigeants, les acteurs superficiels et dépravés des médias, etc. L’homme blanc subit en ce moment le sort funeste et iconoclaste des idoles : on le porte aux nues et on le réifie, pour mieux casser en deux les vrais Blancs, les dé-réaliser, leur ôter leur passé, leurs aspérités, leur profondeur, leurs défauts et leurs qualités, leurs traditions, leur identité, leurs croyances, leur terre, leur couleur de peau, leur humanité. Et le pire, c’est que cette haine déteint sur lui. L’Occidental blanc s’est de plus en plus en horreur. Et on sait que lorsque quelqu’un se nie et s’idolâtre ainsi – parce qu’au fond il veut cacher aux yeux des autres sa haine inavouée de lui-même et ses faiblesses –, il se prépare ensuite à idolâtrer/rejeter la différence des « étrangers » qui l’entourent. La « blancomania » médiatique actuelle me fait peur, car elle dessert socialement aussi bien les Noirs, les Métisses, les Maghrébins, les Asiatiques, etc., que les Blancs réels.

 

Après l'analyse « Mylène Farmer et les homos », à quand Dalida, Barbara, Anne Sylvestre, Hervé Vilard, Jann Halexander (que vous compariez à la radio à Deneuve bourgeoise frustrée), Guidoni et les homos ? Ou alors « Jean-Marie Bigard et les homos » ? 

 

MDR ! Non, Jann Halexander, pour moi, c’est la Mylène Farmer métisse ! (rire). Tu sais, toutes les personnalités que tu cites, et leur rapport au désir homosexuel, je les ai déjà étudiés dans monDictionnaire des Codes homosexuels sur le site L’Araignée du Désert. Mais bon, si tu me poses la question, c’est que tu n’as pas encore découvert ma caverne d’Ali Baba ;-) Et même moi, je n’ai pas fini de l’explorer ! Je n’aurai pas assez de ma vie terrestre ! (n.b : je n'ai pas tout lu, en effet, tellement c'est une mine)

Frigide_Barjot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

avec Frigide Barjot

 

Vous êtes parmi les rares personnalités homosexuelles médiatiques qui assument d'être croyants, ne pensez-vous pas qu'Henri de Portzamparc avec son roman « Témoignage d'un homo, catho, aristo » a ouvert la voie ?Pour moi, on n’est réellement croyant que quand on est pratiquant et qu’on aime non seulement Dieu mais aussi l’Église-Institution, le Pape, et la foule (défaillante, fragile, parfois infidèle et hypocrite) des chrétiens en chemin avec Jésus. Sans l’amour de l’Église, notre foi est désincarnée et pas si humaniste que ce qu’on croit. Avec tout le respect que je dois à Henri de Portzamparc, que je connais personnellement, je ne pense pas que sa biographie ait ouvert la voie du dialogue entre communauté homosexuelle et Église : plutôt le contraire. Et aux vues des propos anti-Pape qu’il a encore tenus dernièrement à la toute récente émission Le Jour du Seigneur sur France 2 consacrée pour une part à l’association Devenir Un En christ (Henri baptise le Pape de « Benoît XIII et 3 », dit que « ses propos sont une abomination », affirme que « l’Église n’est pas moderne et qu’Elle ne sait pas s’adapter aux réalités de notre monde »), j’ai l’impression qu’il n’est toujours pas sorti de l’idéologie « beaucoup homo-un peu catho » défendant aveuglément la « vérité » de l’identité homo et la beauté de l’amour homosexuel. Je ne me reconnais donc absolument pas dans ce qu’il dit sur l’homosexualité et sur l’Église. Il ne suffit pas de se dire ouvertement « croyants » pour être des jumeaux en actes. Personnellement, j’aime le Pape, et l’Église incarnée. Je l’aime dans son entier, avec ses casseroles mais aussi ses richesses. Et cet amour éclaire d’une toute autre façon ma manière de voir le désir homosexuel, et de vivre avec. Il implique concrètement un engagement d’amour exigeant et libre pour l’Église.

 Où en êtes-vous avec Dieu à ce jour ?(Attends deux secondes : je Lui demande…) Et bien à ce jour, je n’ai pas du tout à me plaindre ! J’ai l’impression, depuis deux ans, de me rapprocher de ce que j’ai toujours rêvé de vivre. Et avec Lui, je prends mon pieds 77 fois 7 fois plus que lorsque je couchais par amour avec des mecs (et pourtant, Il sait combien je prenais mon pieds avec les différents garçons avec qui je suis sortis !)

 

 Étonnez-moi, Benoît, euh pardon Philippe Ariño : peut-on être homo et de gauche ?Bien sûr ! La preuve : j’ai toujours été de tendance gauche, politiquement. Et c’est d’ailleurs pour ça que je vais voter Sarkozy demain (dimanche 6 mai 2012) ! (rire) Pour moi, la gauche, c’est celle qui fait ce qu’elle dit. Elle est dans le partage concret, la richesse partagée, le réalisme, la défense des valeurs, la foi, l’amour de la Nation ; pas dans la démagogie, la pauvreté, les bonnes intentions non-suivies des actes, et la haine du pouvoir et de la Nation. Actuellement, en France, contrairement à ce qu’on nous dit, Sarkozy est plus de la gauche que j’aime qu’Hollande, qui à mon avis fait partie de la droite bourgeoise que j’exècre, et qui se fait honteusement appelée « la gauche » pour s’acheter une bonne conscience.

Cholet 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu'évoque pour vous Cholet ?Mes parents que j’aime. Mes frères et sœurs. Mes amis d’enfance. Gillou Bourdouleix (avec son p’tit accordéon^^). Une ville que j’aime parce que c’est là où j’ai grandi de zéro à 18 ans, où j’ai de très bons souvenirs et des moins bons. J’y ai passé toute ma scolarité. C’est un condensé d’humanité, Cholet ! Pas besoin de courir le monde ! Tout y est ! Et puis nous les Choletais, on sait ce que c’est que les persécutions à cause de notre foi, on sait ce que c’est que de se battre pour nos idées. Cholet, je le rappelle, c’est la capitale de la Vendée militaire. Nous sommes les héritiers d’un peuple qui a vécu un véritable génocide pendant les guerres de Vendée, génocide qui est très peu dénoncé encore aujourd’hui alors qu’il a touché des croyants catholiques pauvres et justes. C’est un scandale, ce qui s’est passé là-bas. Foi de ventre-à-choux ! 

 Quand deviendrez-vous parisianiste, bon sang ?Lol ! Faudrait savoir ! Quand je suis à Paris, on me reproche d’être un bouzeux des Mauges (enfin… pas tant que ça, car je suis un grand amoureux de Paris ^^ ; j’ai de plus en plus de mal à en partir ; et je ne donne pas une image désastreuse de la Province) ; et quand je suis à Cholet, on me traite de parigot qui daigne faire exceptionnellement le déplacement vers la Province ! (rire) « On dirait qu’ça t’gêne de marcher dans la boue ! » bis… 

Où en êtes-vous avec la Femme dans tout ça ?MDR ! Mal, mais j’me soigne (rire).

 Vos projets ?Ils sont nombreux. On fait de plus en plus appel à moi pour des conférences, des émissions de radio, des interventions en milieu scolaire, des témoignages… C’est ma grande joie. Et plus, ça marche du tonnerre ! (car les gens ignorent tout de l’homosexualité, à commencer par les personnes homos elles-mêmes !) C’est un carton à chaque fois ! À tel point que l’année prochaine, je mets mon boulot de prof d’espagnol entre parenthèses, et je prends une année de disponibilité pour évangéliser avec mon amie Frigide Barjot. On va sillonner la France pour expliquer aux gens que vraiment Jésus les aime tels qu’ils sont, car on les a privés de cette incroyable Bonne Nouvelle. Sinon, pour les autres projets de « ouf », j’en ai 3 gros : un livre-entretien que j’écris à 4 mains avec Frigide Barjot (sur Église et homosexualité) ; un autre livre, cette fois plus philosophique, avec le dramaturge et psychanalyste Joseph Agostini et le journaliste Jérôme Cohen (ce sera un regard croisé sur l’homosexualité, entre le psychanalyste et le penseur) ; et aussi un projet de documentaire sur l’homophobie avec le journaliste de France 3 Jean-Marc Peulot. Sinon, je me rends bientôt en conférence à Lille (dans une semaine), à Lyon (dans deux semaines), puis Toulon (c’est pire que la tournée de Lorie, c’t’affaire !). Et enfin,  je continue de mettre régulièrement en ligne les codes de mon DICO ON LINE du site de l’Araignée du Désert, ce qui me demande un énorme boulot d’écriture, sur le site de mon livre. 

Un mot pour ceux et celles qui vous aiment ?Aimez l’Église-Institution, les prêtres, et le Pape Benoît XVI. C’est le meilleur moyen pour ne pas vivre un humanisme désincarné et désenchanté, pour parler et agir juste, pour connaître la vraie joie qui ne s’éteint jamais.

  Votre plat préféré ? Le Corps du Christ.

 Merci! C’est Lui en moi. ;-)

L.M

 
Dieu merci ! - L'Eglise est-elle homophobe ? du 20/05/2011

Philippe Ariño : http://www.araigneedudesert.fr/